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Agriculture : quelles solutions pour résister à la sécheresse et aux conditions météo extrêmes ?

Le champ, couvert d’engrais vert est déjà en fleurs, une autre conséquence de la sécheresse

© S. Vandreck

Dans une parcelle de son exploitation à Grez-Doiceau, Géraud Dumont de Chassart a semé au début juillet un mélange de radis, lin, pois fourrager, de niger, de vesces et de phacélie… Un engrais vert, appelé aussi couvert végétal, qui va enrichir le sol mais aussi y maintenir un certain taux d’humidité. "Ces couverts végétaux travaillent à notre place. Ils permettent d’augmenter la porosité et d’infiltrer plus d’eau en cas de précipitations et surtout de fortes précipitations. Comme on travaille moins le sol, l’eau s’évapore également moins", explique l’agriculteur. Moins travailler le sol et davantage le couvrir pour lui conserver un meilleur taux d’humidité, ce sont des principes de l’agriculture de conservation. Mais cet été, les conditions de chaleur et de sécheresse sont telles que le semis réalisé ne remplira pas son rôle à 100%. "On est capables de limiter l’évaporation, mais quand il n’y a pas d’eau, il n’y a pas d’eau… On est un mois et une semaine après le semis, et il fait déjà ses fleurs et ses premières gousses, constate le cultivateur. On devrait avoir ce résultat-là en principe en novembre. La biomasse est faible alors qu’on attend plus tard quelque chose de cinq à six fois plus important".

Couvrir le sol de paillage et de couvert végétal permet de limiter l’évaporation
Couvrir le sol de paillage et de couvert végétal permet de limiter l’évaporation S. Vandreck

De plus en plus d’agriculteurs en demande

Géraud Dumont de Chassart et son père sont parmi les premiers à avoir implanté ces techniques agricoles, déjà répandues en France, soumise depuis plus longtemps à des phénomènes de sécheresse. Leurs essais sont supervisés par Greenotec, une asbl qui promeut les techniques de conservation des sols. Confrontés aux changements climatiques, les agriculteurs sont d’ailleurs de plus en plus nombreux à avoir recours à leurs conseils. "Nous comptons quelque 300 membres, confirme François Dessart, agronome. Mais c’est clair qu’ils sont de plus en plus nombreux à nous contacter, presque tous les jours, pour trouver des solutions face à des problématiques diverses. Là, pour le moment, c’est la sécheresse". Des solutions comme le couvert végétal. "On a des solutions, mais on n’a pas toutes les solutions", s’empresse d’ajouter le représentant de l’asbl. Les expérimentations sont nombreuses dans les terres agricoles de ses membres, comme ici à Grez-Doiceau. "Il faut apprendre à gérer ces techniques, parce qu’à chaque solution, il y a un nouveau problème aussi, témoigne Géraud Dumont de Chassart. Mais ce qui est important pour nous, c’est que cela permet de tamponner les effets des extrêmes".

Racines et transpiration

Elaborer des modèles qui intègrent les plantes qui résistent le mieux aux conditions extrêmes et des méthodes de traitement du sol adaptées, tout en gardant un certain rendement, c’est l’objet des recherches menées au sein de la faculté de bio ingénieurs de l’UCLouvain. Guillaume Lobet, professeur de biologie végétale, a analysé le développement racinaire de certaines plantes avec ses étudiants. "Certaines racines, comme celles des courges, se développent très vite et très profondément. Et dans les conditions de sécheresse qu’on connaît maintenant, ce sont les plantes qui ont le développement racinaire le plus profond qui vont résister le mieux", déduit-il. Cela se vérifie sur les champs, où les betteraves, qui peuvent s’enraciner très profondément, se portent mieux cette année que les pommes de terre, à l’enracinement plus superficiel. L’enracinement n’est cela dit pas la seule stratégie de la plante pour résister à la sécheresse. "Cela se passe aussi au niveau de ses parties aériennes, note Xavier Draye, un autre professeur de biologie végétale. Une plante peut réduire sa transpiration pour consommer un peu moins d’eau, en essayant de ne pas trop perdre en termes de production".

Guillaume Lobet analyse le développement racinaire de certaines espèces
Guillaume Lobet analyse le développement racinaire de certaines espèces S. Vandreck

Ne pas mettre tous ses œufs dans le même panier

Planter ou semer des plantes moins gourmandes en eau et friandes de chaleur, comme le sorgho, le blé dur ou le tournesol, aura été une bonne idée cette année, mais ces cultures résistent mal aux étés pluvieux comme celui de 2021. Comme pour les placements en banque, pour limiter les risques, les cultivateurs ont donc tout intérêt à ne pas mettre leurs œufs dans le même panier et ne pas tout miser sur les variétés à haut rendement. "La diversité permet de faire face aux risques, précise Guillaume Lobet. On parle non seulement de diversité d’espèces cultivées, mais aussi celle des approches qu’on va avoir. C’est donc important d’aller vers de l’amélioration végétale, de regarder quelles variétés existantes on peut employer, d’aller vers différents systèmes de culture. Une diversité de solutions sera de toute façon plus bénéfique". La plante qui résiste à la pluie comme à la sécheresse, tout en ayant un haut rendement, n’a pas encore été trouvée.

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