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Economie

Agriculture : Pourquoi des alternatives naturelles aux produits chimiques ne dominent pas (encore) le marché

17 août 2020 à 07:49 - mise à jour 17 août 2020 à 09:46Temps de lecture4 min
Par Maxime Paquay

Inutile de croire que les orages de ce week-end ont changé la donne, les agriculteurs vivent bien une énième vague de chaleur. Dont les épisodes sont amenés à se répéter dans les années à venir. Et parmi les conséquences les plus évidentes pour les exploitants : une production en forte baisse. La Fugea appelle à des budgets de recherche pour créer des alternatives aux modèles agricoles actuels. Certaines existent déjà. Pourquoi ne sont-elles pas encore dominantes ? Illustration avec Fytofend, basée à Namur.

"La répétition des épisodes de chaleur est quelque chose que nous observons", nous dit Raffael Buonatesta, cofondateur et dirigeant de Fytofend, une spin-off de l’Université de Namur. "Cela signifie qu’en plus du manque d’eau, des maladies considérées comme mineures jusqu’à présent, prennent de plus en plus d’importance – l’alternariose, par exemple".

Moins d’eau, plus de maladies, plus de ravageurs

"Comme ces maladies étaient relativement mineures jusqu’ici, il y a moins de produits homologués sur le marché et donc moins de solutions de protection pour les agriculteurs. Mais il y a aussi plus d’insectes ravageurs, étant donné que la chaleur ralentit leur cycle de reproduction. Or", souligne le bioingénieur de formation, "on sait que les insecticides sont parmi les produits de protection des plantes, parmi les plus problématiques au niveau toxicologique".

Un ensemble de problèmes donc, tant pour les producteurs dont les rendements chutent à cause du manque d’eau, des nouvelles maladies et des nouveaux insectes, que pour les opérateurs confrontés à de nouveaux produits potentiellement problématiques.

Biocontrôle, l’alternative au chimique

La FUGEA, fédération agricole, vient d’ailleurs de réclamer des "budgets conséquents" pour soutenir la recherche d’innovations et d’alternatives pour permettre de faire évoluer les modèles agricoles. C’est bien dans cette logique que s’inscrit Fytofend. L’entreprise est active depuis une bonne dizaine d’années dans la recherche, la production et la mise sur le marché de produits d’origine naturelle pour la protection des plantes – notamment à base de pectine.

"Nous avons mis au point un stimulateur de défense des plantes qui, à l’inverse de produits chimiques classiques, ne tue pas, ne cible pas un pathogène en particulier, mais renforce l’immunité générale des plantes cultivées", avance Raffael Buonatesta. Une forme de produits de "biocontrôle", à la croisée des chemins entre agronomie et biotechnologies – destiné à être une alternative ou un complément aux produits chimiques "traditionnels". Les marchés leaders en 2020 ? Le marché vigne, surtout en France, Italie, Espagne et Suisse.

Avantages indirects

Avec, assure le dirigeant, "un package d’avantages qui font que le marché est en forte croissance : absence de résidus, pas de dégâts sur les vers de terre, des effets positifs sur le rendement, entre autres". Sur papier, cela a l’air simple. Et malgré les années de recherche nécessaires à l’aboutissement du produit (breveté) et de procédures contraignantes de mise sur le marché, la question émerge : pourquoi ces produits de biocontrôle ne sont-ils pas ultra-dominants sur le marché ?

Limite commerciale

Raffael Buonatesta pointe une première limite, commerciale : "Notre produit est préventif. L’analogie avec les vaccins tient la route : on n’attend pas de contracter une maladie pour prendre un vaccin. Mais le défi est donc de convaincre l’agriculteur de traiter la plante tant qu’elle est encore saine. Ça reste plus facile aujourd’hui d’appliquer un produit chimique quand on observe un symptôme". Changer les pratiques, cela reste difficile, surtout dans un contexte économique compliqué pour de nombreuses exploitations, analysait encore la Fugea il y a quelques jours.

Mais les mentalités évoluent, assure le patron de Fytofend. Et la réglementation européenne aussi, qui est à l’origine d’un retrait, chaque année, des molécules chimiques les plus toxiques. "Le nombre de molécules chimiques sur le marché est en diminution drastique. Mais cela veut aussi dire que le nombre de produits utilisés par les agriculteurs est en baisse, ce qui engendre un phénomène de résistance de la part des plantes".

Un contexte favorable aux produits naturels ?

Cet écrémage progressif, en cours, des molécules chimiques les plus problématiques est plutôt favorable aux produits naturels Mais en ce qui concerne la mise sur le marché par contre, Raffael Buonatesta estime que le règlement européen de mise sur le marché des produits phytopharmaceutiques a été conçu et élaboré avant tout pour les produits chimiques.

"Il ne correspond pas à la réalité des produits biologiques. Notre substance active est composée notamment de pectine. Une substance naturelle que l’on trouve dans tous les végétaux sur terre. C’est un biopolymère présent partout. Et pourtant le règlement européen nous demande les mêmes études – longues et coûteuses que pour les produits chimiques, pour démontrer la détérioration de notre substance active dans l’environnement, l’impact sur les sols, etc. pour une molécule dont on sait tous pertinemment bien qu’elle fait partie de l’environnement. Avec un peu de bon sens, ces études pourraient, face à notre style de produits, être si pas éliminées, au moins facilitées grandement".

Si les règles de mise sur le marché devenaient être un peu moins contraignantes, les parts de marché des produits de biocontrôle pourraient atteindre les 25% en 2025 et… 75% en 2030. Une ambition qui en dit long sur les mouvements à l’œuvre sur ce marché.

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