Agressions sexuelles : qu’est-ce que le GHB ? Et pourquoi ce n’est pas la seule "drogue du viol" ?

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21 nov. 2021 à 06:00 - mise à jour 22 nov. 2021 à 06:18Temps de lecture5 min
Par Estelle De Houck

"Drogue du viol", cette expression vous dit quelque chose ? C'est le sobriquet choisi pour désigner le GHB, ce stupéfiant qui a fait récemment parler de lui dans l’actualité avec le mouvement #Balancetonbar. Ce serait cette substance qui plongerait les victimes de viol dans un état d’inconscience. Mais finalement, qu’est-ce que le GHB ? Et est-ce vraiment la "drogue du viol" ?

Derrière les lettres G, H et B se cache "Gamma-Hydroxy-Butyrate". Il s’agit d’une substance initialement utilisée dans le domaine médical, principalement en tant qu’anesthésiant. Mais parfois aussi comme sédatif ou comme traitement des troubles du sommeil.


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Comme l’explique Matthieu Méan, coordinateur de 1re ligne chez Modus Vivendi (une association visant la réduction des risques des usagers de drogue), il s’agit en fait d’"un dépresseur du système nerveux central". Autrement dit, le GHB ralentit l’activité cérébrale et détend son consommateur.

BHB versus GBL

Précisons toutefois que, selon Matthieu Méan, le GHB est difficilement trouvable sur le marché noir. Les consommateurs se tourneraient donc plutôt vers le GBL, le précurseur du Gamma-Hydroxy-Butyrate, que le foie transforme en GHB. Ou que les consommateurs transforment préalablement à l’aide d’opérations chimiques.

Pourquoi se tourner vers le GBL ? Car le GHB est considéré comme un stupéfiant, il est donc interdit. A l’inverse, le GBL est produit chimique utilisé comme solvant dans l’industrie. Il est donc plus simple de s’en procurer.

Consommation personnelle

Contrairement aux idées reçues, le GHB n’a pas que la réputation désinhibante qui le poursuit. "A dose normale, le GHB a un effet euphorisant, désinhibant et aphrodisiaque similaire à celui de l’alcool, d’où sa consommation récréative, notamment en milieu festif ainsi que lors de la pratique du chemsex", explique Michael Hogge de l’ASBL Eurotox (l’Observatoire socio-épidémiologique Alcool-drogues en Wallonie et à Bruxelles), dans une note demandée par la ministre wallonne de la santé Christie Morreale, suite à une question parlementaire.


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Toujours selon l’observatoire, il ne s’agirait pas d’une drogue répandue en Belgique. "Selon l’enquête de santé menée chez les jeunes (enquête HBSC), la consommation de GHB est anecdotique chez les jeunes scolarisés dans l’enseignement secondaire supérieur (3ème année et plus) en Wallonie, puisque moins de 1% des élèves ont déclaré en avoir déjà consommé au moins une fois dans leur vie." Même chose dans le milieu étudiant.

Quant aux usagers de drogue, le constat est similaire. "La consommation de ce produit reste également peu répandue chez les personnes habituées à consommer des substances illicites. En outre, elle montre que son usage est le plus souvent expérimental ou occasionnel", précise la note.

Eurotox - Tableau de bord de l’usage de drogues et ses conséquences socio-sanitaires en Wallonie, disponible sur le site Internet d’Eurotox

"Drogue du viol" ?

Depuis des témoignages d’agressions sexuelles dans les années 80-90, la substance a hérité de ce surnom de "drogue du viol". Il est vrai qu’en tant que substance inodore, incolore et insipide, le Gamma-Hydroxy-Butyrate sous forme liquide se glisse aisément dans le verre d’une victime.

Mais surtout, combiné avec de l’alcool, ce stupéfiant entraîne une action hypnotique. "La combinaison des effets hypnotiques-désinhibants de cette substance en font une substance potentiellement dangereuse et explique cette singulière appellation de 'drogue du viol', cette substance étant parfois utilisée pour faciliter le viol (ou le vol ; on parle de manière générale de soumission chimique)."

On a presque plus de chance de tuer que d’arriver à une soumission chimique

Il est vrai, ce phénomène existe. Mais pourtant, comme l’explique Matthieu Méan, il ne serait pas si facile de droguer une personne au moyen de GHB.

En effet, les dosages de ce stupéfiants doivent être extrêmement précis, au millilitre près. "C’est très compliqué à doser. Et pour droguer quelqu’un à son insu, on a presque plus de chance de le tuer que d’arriver à une soumission chimique."


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"Les gens qui consomment le GHB ne le mélangent pas à l’alcool. Ils vérifient leur dosage. Et c’est pour que les gens puissent bien le doser que l’on distribue des pipettes, etc."

Comme l’explique Antoine Boucher, chargé de communication chez Infordrogue, "on parle de drogue du viol, mais c’est une utilisation très marginale du GHB. Les drogues sont consommées pour soi parce qu’on a un besoin."

Chiffres ?

Le problème, c’est que cette consommation non-intentionnelle – contrairement à son pendant intentionnel - est difficilement documentée. En effet, "nous avons tous naturellement du GHB dans le corps", explique Matthieu Méan. Dès lors, les délais sont très courts pour faire des examens.

"Si on fait une analyse de sang d’urgence, on ne va donc rien trouver sauf si elle est faite dans l’heure.Quant aux analyses d’urine, elles doivent être réalisées dans les 12 heures.

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L’alcool, premier psychotrope utilisé en cas d’agression

"Quelque part, quand on ne trouve pas de trace, on présuppose que c’est du GHB", regrette Catherine Van Huyck, directrice de Modus Vivendi. En effet, à force de répéter que le GHB est la drogue du viol, on finit par oublier qu’il n’est pas tout seul.

D’autres substances peuvent en effet être utilisées dans le but d’une soumission chimique. "Les cas avérés qui arrivent aux urgences sont davantage liés aux benzodiazépines. Ce sont des somnifères, donc des drogues légales, que l’on peut trouver sous ordonnance", explique Matthieu Méan.


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Dans sa note, Michael Hogge rappelle d’ailleurs que "les produits psychotropes les plus souvent impliqués dans les agressions sexuelles sont de loin l’alcool et les médicaments tranquillisants/sédatifs."

Être bourré, c’est légal et socialement admis

En effet, l’alcool serait même le premier psychotrope utilisé en cas d’agression. "En termes de soumission chimique, le plus facile et le plus courant, c’est l’alcool. C’est une drogue légale et fortement consommée. C’est beaucoup plus facile de juste payer des verres, d’ajouter des shoots à plusieurs bières", ajoute Matthieu Méan. "Être bourré, c’est légal et socialement admis

Le GHB ne serait donc pas l’unique "drogue du viol". Il serait d’ailleurs dangereux de le penser. "Parfois on donne un faux sentiment de sécurité en axant tout sur le GHB, alors qu’il y a plein de produits différents qui sont utilisés", conclut Catherine Van Huyck.

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