Belgique

Agressions sexuelles : des "capotes de verre" contre le GHB, vraie solution ou fausse bonne idée ?

Certains bars montpelliérains proposent des "capotes de verres"pour protéger les consommations de leurs clients.

© Getty Images

05 nov. 2021 à 16:46Temps de lecture3 min
Par Estelle De Houck

Le mouvement #Balancetonbar semble faire tache d’huile. Après la Belgique, les mêmes témoignages d’agressions au GHB (connue comme "la drogue du violeur") circulent à l’étranger. Au Royaume-Uni, notamment, mais aussi en France. À Montpellier, plusieurs bars vont jusqu’à proposer des capuchons pour protéger le verre de leurs clients. Mais est-ce que ça règle vraiment le problème ?

Le GHB, nouveau fléau des soirées montpelliéraines

"Le GHB, nouveau fléau des soirées montpelliéraines", titre l’association générale des étudiants Montpelliérains. A la fin de sa communication alertant sur l’utilisation de "drogue du viol" dans les milieux estudiantins, l’association ajoute : "L’AGEM et son réseau se mobilisent pour répondre à cette problématique et envisagent l’achat de ‘capotes de verre’distribuées aux étudiants et étudiantes."

L’AGEM n’est pas la seule à songer à ces capuchons, certains bars montpelliérains le proposent eux aussi.

"Les capotes de verre"

"Des capotes de verre", ce serait donc ça la solution ?

Mais cela ne reviendrait-il pas à responsabiliser les victimes ? Au sein de l’Asbl O’YES – active dans le domaine de l’éducation et de la promotion de la santé -, on y a pourtant réfléchi.

"Il y a deux semaines, nous avons envisagé de faire ces ‘capotes de verre’. On a donc sondé nos volontaires pour savoir si ils ou elles utiliseraient cela. Et on a eu des avis mitigés : certains et certaines le veulent absolument, mais d’autres ont pointé du doigt que cela revenait à responsabiliser les victimes", expliquent Lola Dubrunfaut et Valérie-Anne Duyck, chargées de communication dans l’ASBL.


►►► À lire aussi : "Balance ton bar" a recueilli plus de 200 témoignages


L’idée n’est pas exclue et est même en cours de réflexion. Mais plutôt que de tout miser sur ce capuchon, l’association insiste sur l’importance d’un "double travail". Première partie du travail : sensibiliser les jeunes pour ne plus que ce genre de choses arrivent. Et malheureusement, la seconde : envisager des solutions tels que les couvercles, puisque ces agressions existent.

Si tout le monde avait accès à cette éducation, il y aurait beaucoup moins de problèmes, beaucoup moins d’agressions

Mais c’est surtout sur le premier versant qu’insiste l’ASBL. Comme l’expliquent Lola Dubrunfaut et Valérie-Anne Duyck, l’éducation sexuelle et la sensibilisation jouent un rôle primordial dans la prévention des agressions.

"Si tout le monde avait accès à cette éducation, il y aurait beaucoup moins de problèmes, beaucoup moins d’agressions. Les gens réfléchiraient à leurs limites et apprendraient à verbaliser."

Et c’est dans ce souci d’éducation que l’ASBL a lancé "Moules Frites", une "chaîne digitale belge entièrement consacrée à la santé sexuelle". Objectif : informer un maximum de jeunes.

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Des capotes de verre à l’éducation sexuelle

L’ASBL O’YES est justement missionnée dans le supérieur et, de façon limitée, dans le secondaire, pour donner des cours d’EVRAS – autrement dit d’éducation à la vie relationnelle, affective et sexuelle.

Or, si l’EVRAS fait partie des missions obligatoires de l’enseignement depuis 2012, elle "est encore loin d’être généralisée dans les établissements scolaires, et les difficultés abondent sur le terrain", peut-on lire sur son site internet.

A l’heure actuelle, il est dit dans la loi qu’il faut faire de l’EVRAS dans les écoles, mais il n’est pas précisé ni la durée, ni les acteurs, ni les programmes

"A l’heure actuelle, il est dit dans la loi qu’il faut faire de l’EVRAS dans les écoles, mais il n’est pas précisé ni la durée, ni les acteurs, ni les programmes", confirment Lola Dubrunfaut et Valérie-Anne Duyck.

"De nombreuses associations militent aujourd’hui pour une meilleure définition de la mise en œuvre de l’EVRAS en milieu scolaire. Elles demandent une clarification des valeurs, missions et référentiels de l’EVRAS dans le décret ‘Missions’de l’enseignement obligatoire en Fédération Wallonie-Bruxelles", détaille le site de l’EVRAS.


►►► À lire aussi : La Wallonie veut généraliser l’éducation sexuelle et affective à toutes les écoles


Cet apprentissage étant laissé à l’appréciation des directions d’écoles, il est donc variable et inégal selon les établissements scolaires.

"Il est important pour nous que tous les jeunes aient des cours d’EVRAS à l’école, dès la première maternelle. Si tous les jeunes Belges avaient accès au même contenu, à la même sensibilisation, il y aurait beaucoup moins de problèmes tels qu’on les connaît", concluent les chargées de communication au sein de l’ASBL O’YES.​​​​​

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