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Afrique du Sud: le jeu du chat et de la souris entre Jacob Zuma et la justice

Les partisans de Jacob Zuma manifestaient en octobre devant la cour de Justice de Pietermaritzburg.
06 févr. 2020 à 09:232 min
Par Valérie Hirsch

Le mandat d’arrêt décerné mardi est un coup de semonce lancé par la justice sud-africaine, lassée des tactiques dilatoires de Jacob Zuma pour échapper aux poursuites dans le cadre d’une affaire de corruption impliquant la société française Thales. Si l’ex-président, âgé de 77 ans, ne se présente pas au tribunal de Pietermaritzburg, le 6 mai, il risque d’être arrêté, même si cette menace paraît plus symbolique que réelle. Zuma a répliqué, mercredi, en publiant sur Twitter une photo où on le voit en train de viser avec un fusil de chasse. C’est le dernier épisode d’une bataille judiciaire qui dure depuis quinze ans.

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Zuma est jugé pour corruption, blanchiment d’argent et fraude. Il aurait accepté, il y a deux décennies, le versement d’un pot-de-vin annuel de 30.600 euros (au cours actuel) du groupe d’électronique Thales, qui cherchait à éviter des poursuites pour corruption dans le cadre d’un contrat de vente à l’armée sud-africaine. En 2005, Shabir Shaik, un conseiller de Zuma, avait été condamné à quinze ans de prison dans le cadre de cette affaire (il a été libéré trois ans plus tard). Alors vice-président du pays, Zuma avait été inculpé la même année. Une inculpation annulée en avril 2009, un mois avant son intronisation comme chef d’État, puis finalement réinstaurée en 2016. Mardi, l’avocat de l’ex-président a plaidé la maladie pour expliquer l’absence de son client à l’audience : il serait soigné à Cuba. Un médecin militaire lui a donné un congé médical jusqu’au 30 avril. Mais le juge a estimé que le certificat, bâclé et altéré, était irrecevable. Il a donc sommé Zuma de venir s’expliquer le 6 mai.

L’ombre des frères Gupta

"La justice n’a aucune compassion à l’égard d’une personne âgée", a protesté son avocat Dan Mansa. La Ligue des jeunes de l’ANC et deux branches régionales de l’ANC ont dénoncé la décision du juge, qui menacerait "la stabilité du pays". L’ex-numéro un, qui affirme être victime de persécutions politiques, garde de nombreux partisans. Son fils Duduzane a ainsi été vivement acclamé à son arrivée aux cérémonies d’anniversaire de l’ANC, en janvier. Cet homme d’affaires de 36 ans est pourtant l’un des grands bénéficiaires du réseau de corruption mis en place par les frères Gupta, sous la présidence de son père.


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Depuis août 2018, les révélations se sont multipliées devant la commission d’enquête sur la "capture de l’État", présidée par le juge Zondo. Mardi, l’ex-président de la compagnie aérienne SAA, Vuyisile Kona, a ainsi affirmé que Duduzane était aux côtés de Tony Gupta en 2012, quand ce dernier lui a offert 100.000 rands (8800 euros) pour l’encourager à donner un contrat de consultance à McKinsey (la firme d’audit américaine s’est excusée, par la suite, de son implication dans la "capture de l’État").

Lors de son unique apparition devant la commission en juillet 2019, Zuma avait déclaré être victime d’un complot ourdi, depuis trente ans, par des agences de renseignement étrangères. Il devait être interrogé à nouveau en novembre. Mais depuis lors, son état de santé l’empêcherait de comparaître. Pourtant, le 27 décembre, lors d’une apparition publique filmée, Zuma avait confié qu’il était en parfaite forme. Son procès, démarré en octobre, semble avoir bien peu de chances d’aboutir.