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Afghanistan : les talibans ont commencé à entrer dans Kaboul mais ont ordre d’attendre. C'est un jour de "grand basculement"

Afghanistan : les talibans ont commencé à entrer dans Kaboul mais ont ordre d’attendre. C'est un jour de "grand basculement"
15 août 2021 à 07:49 - mise à jour 15 août 2021 à 13:404 min
Par RTBF avec agences

Après des semaines d’avancées, les Talibans sont en train de rentrer dans la capitale, Kaboul mais ont reçu l’ordre de ne pas utiliser la violence et d’attendre.

Selon l’agence de presse Reuters, les talibans ordonnent aux combattants d’éviter la violence à Kaboul et de laisser les personnes partir si elles le souhaitent. Ils demandent également aux femmes de se mettre à l’abri, selon un responsable taliban depuis Doha, cité par Reuters.

Dans un premier temps, les talibans ont reçu l’ordre de rester aux portes de Kaboul et de ne pas entrer dans la capitale de l’Afghanistan. "L’Émirat islamique ordonne à toutes ses forces d’attendre aux portes de Kaboul, de ne pas essayer d’entrer dans la ville", a affirmé sur twitter Zabihullah Mujahid, un porte-parole des talibans. Puis des combattants insurgés ont été aperçus par des habitants en banlieue : "il y a des combattants talibans armés dans notre quartier, mais il n’y a pas de combats", a déclaré un habitant d’une banlieue située à l’est de la capitale en matinée.

Aucune vie, propriété et dignité ne sera ciblée et les vies des citoyens de Kaboul ne seront pas mises en péril.

La capitale afghane Kaboul était ce dimanche matin encore la seule grande ville toujours contrôlée par le gouvernement. Trois sources gouvernementales ont assuré à l’AP que les talibans étaient dans les districts de Kalakan, Qarabagh et Paghman. Les militants ont par la suite assuré que la capitale ne serait pas saisie de force. "Aucune vie, propriété et dignité ne sera ciblée et les vies des citoyens de Kaboul ne seront pas mises en péril", ont affirmé les insurgés, cités par l’AP.


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Le cabinet du président afghan Ashraf Ghani, a fait savoir en matinée, dans un message posté sur Twitter que des tirs "sporadiques" étaient observés dans Kaboul mais que la capitale n’était pas attaquée, assurant que la situation était "sous contrôle". "Les forces de sécurité et défense du pays œuvrent ensemble avec les partenaires internationaux pour garantir la sécurité de la ville", selon ce message cité par la BBC.

Depuis l’annonce du retrait des troupes américaines d’Afghanistan, les talibans ont gagné rapidement du terrain. Kaboul était jusqu’alors la dernière grande ville qui n’était pas tombée. Les talibans ont lancé leur offensive en mai à la faveur du début du retrait final des troupes américaines et étrangères, qui doit être achevé d’ici le 31 août. En à peine dix jours, les talibans ont pris le contrôle de la très grande majeure du pays et étaient arrivés ce week-end aux portes de Kaboul.

Une vitesse "sidérante"

La grande vitesse de cette prise de territoire sidère aujourd’hui, dit Nicolas Gosset, chercheur sur l’Asie centrale à l’Institut royal supérieur de défense.

"On est au-delà de la fulgurance !" commente le chercheur. "Il y a une sidération aussi bien dans le chef des chancelleries occidentales, des Etats-Unis eux-mêmes, en contraste avec ce qu’imaginaient les rapports de l’administration américaine, les communications des services de renseignements américains sur la planification stratégique. On parlait encore il y a quelques semaines d’une chute de Kaboul dans plusieurs mois ! Et 3 jours plus tard, Kaboul tombe".

Selon cet expert, les talibans ont pu vouloir jouer la montre : constatant que les Etats-Unis renvoyaient 5000 militaires vers Kaboul pour évacuer leurs ressortissants, les talibans ont pu vouloir entrer dans la capitale rapidement pour éviter que ces soldats américains ne livrent une éventuelle offensive.

Un jour de "grand basculement" et de "faillite"

Nicolas Gosset ne mâche pas ses mots pour commenter l’impact et la signification de cette reprise de Kaboul.

"Ce qu’on est en train de vivre, c’est la faillite complète de la politique conduite par les Etats-Unis et l’alliance militaire otanienne depuis deux décennies. Une faillite à la fois militaire, politique et morale : il faut imaginer la peur aujourd’hui dans Kaboul ! Ce sont 6 millions d’habitants qui voient arriver les talibans en ville, en sachant très bien que cela va modifier immédiatement et profondément leurs existences. Ce qu’on est en train de vivre ressemble dramatiquement à la chute de Saigon en 1975. C’est un sauve-qui-peut".

Aujourd’hui va donc marquer le retour d’un Etat taliban en Afghanistan, 20 ans après la fin de l’Etat taliban combattu au lendemain du 11 septembre 2001 par les Etats-Unis, le symbole est lourd.


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Un Etat taliban vis-à-vis duquel les autres Etats vont devoir à présent se positionner.

"On peut gloser à présent sur la capacité internationale à discuter avec ce régime, le ségréguer, le domestiquer… Et le positionnement des Etats dépendra dans une large mesure de la manière dont les talibans vont se conduire dans la réinstauration de leur pouvoir politique dans les semaines qui viennent" analyse Nicolas Gosset.

Mais ce qui s’observe n’est pas rassurant, commente le chercheur.

"Ce qui se passe maintenant laisse craindre le pire. Le type de régime remis en place est peu différent du pouvoir répressif et extrémiste présent jusqu’en 2001. Les femmes sont à nouveau tout à fait exclues de l’espace publique. Il y a des écoles à nouveau interdites aux filles. La radio ne diffuse que des chants religieux, on assiste à l’épuration de personnes qui ont servi les gouvernements précédents ou la communauté internationale. Donc on semble être face à un gouvernement qui est d’abord dans le règlement de compte et la réinstauration d’une répression chariatique assez proche de ce qu’on avait rencontré avant 2001."

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