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Afghanistan : des négociations historiques s'ouvrent à Doha entre Afghans et Talibans

Afghanistan : Négociations de paix historiques

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12 sept. 2020 à 06:49 - mise à jour 12 sept. 2020 à 08:39Temps de lecture4 min
Par AFP

Le gouvernement afghan et les talibans entament ce samedi à Doha des négociations de paix historiques en présence du secrétaire d’Etat américain Mike Pompeo, des discussions qui s’annoncent laborieuses en raison des profondes divergences entre les deux belligérants.

Ces pourparlers ont été retardés de six mois en raison de désaccords profonds sur un échange de prisonniers controversé entre rebelles et gouvernement. Ils interviennent au lendemain du 19e anniversaire des attentats du 11 septembre 2011, qui ont entraîné l’intervention internationale menée par les Etats-Unis ayant chassé les talibans du pouvoir en Afghanistan.

Pompeo à la manœuvre

Le secrétaire d’Etat américain Mike Pompeo a exhorté ce samedi le gouvernement afghan et les talibans participant aux pourparlers de paix interafghans à "saisir l’occasion" de faire la paix pour les générations futures.

"Nous allons sans aucun doute relever de nombreux défis dans les pourparlers dans les prochains jours, semaines et mois. N’oubliez pas que vous agissez non seulement pour cette génération d’Afghans mais aussi pour les générations futures, pour vos enfants et vos petits-enfants", a déclaré Mike Pompeo lors de la cérémonie d’ouverture des pourparlers.

Les deux camps doivent trouver un moyen "de faire aller le pays de l’avant pour réduire les violences et accéder aux demandes des Afghans : un pays réconcilié avec un gouvernement qui reflète une nation qui n’est pas en guerre", a déclaré Mike Pompeo, à la veille des pourparlers.

Le secrétaire général du Conseil de l'Atlantique Nord, Jens Stoltenberg, a salué ce samedi le début des pourparlers interafghans à Doha comme une "opportunité historique". 

"L'Otan est aux côtés de l'Afghanistan pour préserver les acquis et faire en sorte que le pays ne devienne plus jamais un refuge pour les terroristes", a-t-il déclaré sur son compte twitter.

Un règlement rapide peu probable

Le secrétaire d’Etat doit participer à l’ouverture des négociations et est attendu plus tard ce samedi à Chypre.

Le président américain Donald Trump, dont la réélection en novembre est incertaine, est lui déterminé à mettre fin coûte que coûte à la plus longue guerre de l’histoire des Etats-Unis.

Mais un règlement rapide du conflit semble peu probable et la durée des négociations n’est pas connue.

Objectifs inconciliables

Les talibans ont réitéré leur volonté d’instaurer un système dans lequel la loi serait dictée par un islam rigoriste et ne reconnaissent pas le gouvernement de Kaboul, qualifié de "marionnette" de Washington.

Le gouvernement du président Ashraf Ghani insiste de son côté pour maintenir la jeune République et sa Constitution, qui a consacré de nombreux droits, notamment pour les minorités religieuses et les femmes qui seraient les grandes perdantes d’un retour aux pratiques en vigueur sous le joug des talibans.


►►► Lire aussi : Afghanistan : nouvel accord, vers l’ouverture de pourparlers avec les talibans ?


La question de l’échange de prisonniers (quelque 5000 talibans contre un millier de membres des forces afghanes) prévu par un accord historique entre les talibans et les Etats-Unis conclus en février à Doha avait constitué un premier obstacle, retardant les négociations.

Après hésitation, les autorités afghanes ont fini par relâcher les 400 derniers insurgés et plusieurs pays, dont la France et l’Australie, avaient protesté contre leur libération.

L’émissaire des Etats-Unis pour l’Afghanistan, Zalmay Khalilzad, a justifié ce vendredi depuis Doha ces libérations, affirmant que c’était "une décision afghane difficile mais nécessaire […] pour ouvrir les négociations".

Ma barbe est aujourd’hui blanche comme neige

Le conflit afghan a tué des dizaines de milliers de personnes, dont 2400 soldats américains, poussé des millions d’autres à fuir, et coûté plus de mille milliards de dollars à Washington.

"Ma barbe était noire quand la guerre a commencé, elle est aujourd’hui blanche comme neige, nous sommes toujours en guerre […] et je ne pense pas que cela changera bientôt", affirme Obaidullah, un habitant de Kaboul âgé de 50 ans.

"Je suis sceptique quant à ces négociations car les deux camps veulent appliquer leur agenda complet", ajoute ce fonctionnaire retraité.

Craintes des Afghans

Beaucoup d’Afghans craignent le retour au pouvoir – partiel ou total – des talibans, qui accueillaient le réseau jihadiste Al-Qaïda avant le 11 septembre 2001.

Les talibans sont toutefois en position de force depuis la signature de l’accord avec les Etats-Unis qui prévoit un retrait des troupes américaines et la tenue de ce dialogue interafghan.


►►► Lire aussi : quand l’Afghanistan, en guerre depuis 1979, se met à rêver de la paix


Le Qatar s’est discrètement efforcé de mener une médiation, compliquée par la poursuite des violences en Afghanistan et la pandémie de Covid-19. Le négociateur en chef qatari, Mutlaq al-Qahtani, a toutefois mis en avant jeudi le "pouvoir de la diplomatie".

En 2013, les talibans avaient installé un bureau politique à Doha sur invitation du Qatar. Puis, ces insurgés avaient hissé leur drapeau au-dessus du bureau, provoquant la colère de Kaboul.

Vendredi, deux drapeaux afghans ont été amenés à l’hôtel luxueux qui accueille les négociations tandis que des talibans enturbannés faisaient la queue avec journalistes et traiteurs pour effectuer un test de dépistage du coronavirus.

Début des négociations

A l’ouverture des négociations ce samedi, le négociateur du gouvernement afghan aux pourparlers de paix historiques à Doha a remercié les talibans pour leur "volonté de négocier" à l’ouverture samedi de ces négociations.

"Je peux vous dire avec confiance aujourd’hui que notre pays se souviendra de ce jour comme de celui de la fin de la guerre et des souffrances de notre peuple", a déclaré Abdullah Abdullah, un ancien ministre afghan.

Il a également appelé à un cessez-le-feu "humanitaire" avec les talibans, à l’ouverture ce samedi à Doha de pourparlers de paix historiques.

"Nous devons mettre fin à la violence et convenir d’un cessez-le-feu le plus rapidement possible. Nous voulons un cessez-le-feu humanitaire", a déclaré Abdullah Abdullah, un ancien ministre qui préside le Haut Conseil pour la réconciliation nationale.

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