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Affaire Pegasus : la police israélienne aurait espionné des manifestants et des anciens employés du gouvernement

Affaire Pegasus : la police israélienne aurait espionné des manifestants et des anciens employés du gouvernement
23 janv. 2022 à 11:04 - mise à jour 23 janv. 2022 à 14:403 min
Par Lavinia Rotili

Il y a quelques mois, on vous parlait d’un logiciel espion, Pegasus. Produit par l’entreprise israélienne NSO, ce logiciel avait servi à espionner plusieurs personnalités politiques, journalistes ou activistes. Emmanuel Macron ou Charles Michel se trouvaient dans la liste des cibles potentielles, par exemple. Nombre de pays, comme le Maroc, ont nié s’en être servis. D’autres, comme la Pologne, ont admis l’avoir acheté. Aujourd’hui, c’est la police israélienne qui est dans le viseur : elle aurait utilisé Pegasus pour espionner des opposants politiques ou des anciens employés du gouvernement. Sans aucun mandat judiciaire préalable.

Ce mardi 18 janvier, nos confrères du Guardian, citant les infos du média israélien Calcalis, faisaient le point sur l’affaire. La police israélienne, qui nie les accusations en bloc, aurait intercepté les conversations de citoyens sans disposer d’aucun mandat. Pourtant, un autre quotidien, Haaretz, fait lui aussi état des liens entre le groupe NSO et la police israélienne : le média affirme avoir vu de ses propres yeux une facture de 2,7 millions de shekels (l’équivalent de plus ou moins 762 millions d’euros) “apparemment pour une version de base du programme”, affirme le Guardian.

L’affaire durerait depuis belle lurette : selon les médias israéliens, le logiciel aurait été acheté en 2013 et aurait été utilisé à partir de 2015.

Plusieurs personnalités dans le viseur

Parmi les personnalités ciblées, des anciens employés du gouvernement, les organisateurs de manifestations politiques opposées à l’ex Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu (notamment le mouvement "Drapeau Noir") ou encore des maires. Il semble également que le logiciel ait été utilisé dans le cadre d’une enquête de corruption visant un maire : les preuves ainsi récoltées auraient été ensuite "blanchies pour dissimuler la manière dont elles auraient été obtenues", poursuit le Guardian.

Or les faits posent plusieurs problèmes : d’une part, on touche, encore une fois, au cœur de l’affaire Pegasus, à savoir le fait d’espionner des citoyens. D’un autre côté, la question est encore plus délicate en Israël, du moment où le groupe NSO avait affirmé qu’il n’allait pas "opérer sur des numéros de téléphone israéliens et américains", rappelle le Guardian.

Mais tout est une question de nuances : le quotidien britannique apprend à bonne source qu’en réalité, cette restriction concernant les numéros israéliens vaut uniquement lorsque le logiciel est vendu à un pays étranger. S’il est exploité par la police israélienne, "il peut être en mesure de cibler des téléphones israéliens", poursuivent nos confrères britanniques.

Quelles garanties pour les Israéliens ?

"Le rapport en question ne cite pas ses sources, mais affirme que l’ordre d’utiliser le logiciel a été donné par des officiers et que l’opération a été menée par des spécialistes au sein de la police", résume le Guardian.

Et, poursuit le quotidien, l’enjeu est de taille, puisqu’il s’agit de la première fois que la promesse de respecter la vie privée des citoyens israéliens est rompue. Plus grave encore, pointent nos confrères, selon les lois israéliennes, seuls les renseignements (pas la police, donc) peuvent infiltrer un téléphone portable sans mandat judiciaire (suivant tout de même une procédure d’approbation). Et ce, uniquement dans le but d’empêcher des attaques terroristes.

"Selon les médias israéliens, les forces de l’ordre se seraient servies du logiciel en profitant d’un vide juridique concernant l’utilisation de ce genre de plateformes", souligne le Guardian.

A ce stade, la police dément tout usage non conforme du logiciel et le ministre de la sécurité publique promet que des vérifications seront effectuées. Le groupe NSO, qui produit et vend le logiciel Pegasus, s’en lave les mains : grosso modo, se défendent-ils, ils se limitent à vendre le logiciel ; ce que les clients en font par la suite, ce n’est pas leur affaire.

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