Affaire Patrick Poivre D'Arvor : huit femmes l'accusent de violences sexuelles dans Libération

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09 nov. 2021 à 19:50 - mise à jour 09 nov. 2021 à 20:33Temps de lecture3 min
Par Estelle De Houck, Nathalie Massart et Adeline Percept

Viols, agressions sexuelles, harcèlement. Huit femmes prennent la parole et accusent Patrick Poivre D’Arvor dans le quotidien français Libération. Elles avaient déjà été entendues par la justice en février 2021, mais le dossier avait été classé sans suite. Cette fois, sept d’entre elles s’expriment à visage découvert pour raconter un même mode opératoire.

"Tout ceci est uniquement de l’anonymat, toujours de l’anonymat", lançait PPDA sur Quotidien le 3 mars 2021. "Jamais une personne qui ose venir, les yeux dans les yeux, me dire que non là ce n’était pas bien, etc."

Qu’à cela ne tienne : huit femmes ont décidé de prendre le journaliste de 74 ans au mot

"Qu’à cela ne tienne : huit femmes ont décidé de prendre le journaliste de 74 ans au mot", peut-on lire dans Libération... et ont donc décidé de témoigner à visage découvert.

Elles sont huit journalistes, autrices ou encore scénaristes. Elles ont toutes gravité dans l’environnement professionnel de l’ancienne star du JT de TF1. A côté de Stéphanie Khayat, Cécile Delarue, Hélène Devynck, Cécile Thimoreau, Muriel Reus, Aude Darlet ou encore Emmanuelle Dancourt, seule "Chloé" a choisi de garder l’anonymat.


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"En une poignée de secondes, sa langue était dans ma bouche, une de ses mains dans mon soutien-gorge, les doigts de l’autre dans mon sexe. La porte était ouverte. Dans les bureaux tout à côté, il y avait ses deux secrétaires et la rédactrice en chef", se souvient "Chloé" dans le dossier de Libération.

Si elle décide de rester anonyme, c’est parce que "Poivre est encore influent et je ne peux pas me mettre en danger."

Un mode opératoire

Ces témoignages décrivent un même modus operandi, agression après agression. Les victimes sont invitées à assister au 20 heures et sont ensuite conviées dans le bureau de PPDA. 

"Le policier chargé de l’enquête le note dans son rapport final : l’ancienne star du 20 heures y est décrite comme 'un prédateur sexuel abusant de sa notoriété et usant d’un mode opératoire similaire dans l’approche de ses victimes et dans la brutalité de ses actes, commis sans la moindre tentative de séduction, ni la moindre considération envers les femmes qui osaient refuser ses avances'", rappelle Libération dans son dossier.

L’omerta

PPDA a toujours nié ces accusations, qui n’avaient d’ailleurs trouvé que peu d’écho dans la presse. "C’était impossible d’aller le dénoncer. Comme le dit l’une d’entre elles, c’était un suicide professionnel garanti", analyse Jérôme Lefilliâtre, grand reporter chez Libération.

"Certaines d’entre elles ont essayé d’avertir la hiérarchie : elles le disent, elles le racontent. Mais évidemment il n’y a pas eu de sanctions derrière."

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Prescription et insuffisance de preuves

Au regard de la justice française, PPDA reste innocent. Les plaintes pour viol, agressions sexuelles et harcèlement déposées en début d’année n’ont pas abouti. 23 femmes ont été entendues par les enquêteurs, dont 11 pour faits de viols.

Mais en France la prescription est de 20 ans. Seule une agression sexuelle supposée - celle de Florence Porcel - n'était pas prescrite, mais elle n'a pu être caractérisée ou prouvée. L’enquête a donc été classée sans suite.

Cela ne veut pas dire que ces femmes disent faux

"Cela ne veut pas dire que ces femmes disent faux. Cela veut dire que légalement, la justice ne peut pas poursuivre les faits qui sont dénoncés", ajoute Jérôme Lefilliâtre.

Suite à cette publication, le dossier risquerait pourtant bien d’être rouvert. Florence Porcel, l’une des plaignantes devrait porter plainte pour des faits non prescrits dans les prochaines semaines.


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L’espoir de ces femmes, qui se sont exprimées à visage découvert, c’est de mettre la lumière sur des obstacles sociaux et judiciaires qui garantissent une certaine impunité en France.

Chaque année, 115.000 agressions sexuelles ont lieu en France, 20.000 plaintes sont déposées. Mais au bout du compte, il y a seulement 1000 condamnations en justice.

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