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Adoleschiante : Un livre d'humour et de tendresse grinçante !

adoleschiante
20 juin 2020 à 05:303 min
Par Jacques Schraûwen

Avec ce livre vécu, imaginé et dessiné au féminin, on entre dans le monde fantastique d’un âge que  nous avons toutes et tous connu, la "merveilleuse" adolescence !

adoleschiante
adoleschiante Delcourt

Comme héroïne : Laura. Une jeune fille comme les autres, au bord de l’enfance, et sans cesse en conflit avec sa mère. Une ado d’aujourd’hui, qui a des expressions bien à elle, comme cette phrase qu’elle assène à sa mère : " tu es toujours sur mes côtes, je ne suis pas la Thaïlande " !

Cela dit, c’est aussi un livre choral, un livre qui met en scène plusieurs personnes, qui forment un groupe humain qui se révèle être le vrai héros de ce ivre. Il y a d’abord et avant tout, bien entendu, l’adolescente Laura, mais il y a aussi sa mère, son père, ses petits frères jumeaux, ses copines, sa grand-mère. Le thème central, c’est l’adolescence, mais vue et vécue à travers trois portraits sans cesse croisés : Laura, sa mère, et le reste de sa famille.

adoleschiante
adoleschiante Delcourt

Plantons le décor, si vous voulez bien… Nous suivons dans ce livre la vie de cette famille, tout au long de quatre saisons. Laura va devoir passer son bac. Sa mère, elle, a arrêté de travailler au moment de la naissance des jumeaux. Le père a un boulot qui l’oblige à être parfois absent. Et ce sont des tranches de vie qui nous sont racontées, des moments dans l’existence de Laura, des instants pris sur le vif, qui prennent parfois quelques cases, parfois quelques pages. Tranches de vie quotidiennes, de l’automne à l’été, des routines de tous les jours aux ennuis des vacances, des obligations dues à la vie commune aux envies de révolte, de la colère à la tendresse, de la cruauté aux gestes d’amour.

adoleschiante
adoleschiante Delcourt

C’est également un livre très féminin. D’abord parce que le projecteur y est mis sur Laura et sa maman, de bout en bout. Ensuite, parce que les autrices sont deux femmes. Et toutes les deux, la scénariste Marie Donzelli et la dessinatrice Mademoiselle Caroline, ont incontestablement puisé dans leurs propres expériences pour nous conduire dans les pas de Laura et de sa mère. Ce sont, je le disais, des tranches de vie au travers desquelles, d’ailleurs, tout le monde va pouvoir reconnaître sa propre adolescence ou celle d’une proche… Des tranches de vie qui ratissent large dans ce qu’est le quotidien de tout un chacun, de toute une chacune. On parle de l’acné, du linge sale, des livres, des vieux films en noir et blanc, du téléphone, de la virtualité, de l’amitié, de la cigarette, de la révolte. Pourtant, même s’il s’agit de nous rappeler que tous ces personnages de papier ne sont que nos propres reflets, même si le propos, en filigrane, nous dit qu’on ne se définit finalement qu’en fonction des autres, n’allez pas croire que c’est un livre sérieux ! C’est un livre marrant, énervant parfois, un livre grinçant, un livre observateur, avec un dessin fluide, avec une couleur et des décors particulièrement bien traités, avec un texte qui parvient à rendre compte des différents langages qui se côtoient de nos jours dans les familles, dans les écoles, dans les rues. Le dessin est souple, il va à l’essentiel, aux attitudes, aux mouvements, aux regards. Il est sans manichéisme : Laura est une gamine filiforme, sa mère est ronde. Et c’est l’humour, oui, qui est vraiment le fil conducteur de ce livre, un humour ravageur qui naît d’une belle osmose entre le graphisme et le texte. Avec cette réplique, par exemple… Laura demande à sa mère : " tu me passes la mayo ? ". Sa mère lui répond : " il ne manque pas quelque chose à ta phrase ? " et Laura corrige : " tu me passes la mayoNNAISE ? "

adoleschiante
adoleschiante Delcourt

Il y a aussi une petite phrase que la mère dit à sa fille : " un jour je ferai une bd sur toi ".

Et voilà, c’est fait, la bd existe, elle nous raconte le quotidien d’une adolescence, son inconsciente et cruelle méchanceté, parfois, mais ses émois, aussi, et ses sourires. Et même sir les parents de Laura pensent à la vendre sur Ebay, arrêtés simplement par l’idée que ce ne serait pas rentable, ce qui sous-tend tout ce livre, c’est le lien qui unit tous les membres de cette famille : l’amour et la tolérance. Et j’aime ces livres qui, sans avoir l’air d’y toucher, réussissent à mettre le lecteur en face de lui-même, en face de ce qu’il fut, en face de ce qu’il vit…

C’est un livre très contemporain, par son thème comme par son traitement littéraire et graphique, un livre moderne pour les ados et leur parents…

 

Jacques Schraûwen

Adoleschiante (dessin : Mademoiselle Caroline – scénario : Marie Donzelli – éditeur : Delcourt – 255 pages – date de parution : 24 juin 2020)

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