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COP26

Accords, déclarations, "bla bla bla", déceptions : retour sur deux semaines de COP26

Accords, déclarations, "bla bla bla", déceptions : retour sur deux semaines de COP26
12 nov. 2021 à 15:289 min
Par Adeline Louvigny

A l’aube d’une nouvelle déclaration de la Conférence des Nations Unies pour le Climat, en son dernier jour, petit rembobinage pour comprendre les moments clés de cette COP26, qui a officiellement démarré ce 1er novembre 2021.

Jour 1, l’ouverture

 

  • Le Premier ministre Boris Johnson a été très véhément dans son discours, en paraphrasant Greta Thunberg : "Toutes les promesses ne seraient que du blablabla" en cas d’échec. Ce qui ne l’a pas empêché de rejoindre en jet privé la capitale londonienne, deux jours plus tard, afin d’assister à un dîner dans un club réservé aux hommes, en compagnie d’un climatosceptique assumé. Face à la polémique, le cabinet du Prime Minister a évoqué des questions de sécurité.

 

  • La Première ministre de Barbade, elle, a rappelé que pour une série de pays particulièrement vulnérables au changement climatique, un réchauffement de plus de 2°C signifiait une "condamnation à mort". ""1.5°C, c’est ce dont on a besoin pour survivre. 2°C, est une condamnation à mort pour les habitants d’Antigua-et-Barbuda, des Maldives, des îles dominicaines et Fidji, du Kenya et du Mozambique".

 

  • L’Inde, troisième plus gros émetteur de gaz à effet de serre, surprend tout le monde en annonçant une neutralité carbone en 2070. "L’Inde aime se fixer des objectifs en dessous de ce qu’elle est capable de faire afin de mieux les dépasser. Si le pays tient toutes ses autres promesses, alors il pourrait bien atteindre la neutralité carbone avant 2070" a déclaré le Premier ministre indien.

 

  • La Belgique, elle, n’a (encore une fois) pas d’accord climatique commun entre Fédéral et Régions. La Flandre est toujours en discussion pour élaborer le sien.

Jour 2, deux accords

Deux accords pour ce deuxième jour de COP26 : l’un sur les émissions de méthane, l’autre sur la déforestation.

  • Le CO2 reste le principal responsable du réchauffement climatique, car il reste longtemps dans l’atmosphère et est relâché dans l’atmosphère dans de grandes quantités, mais le méthane a un "pouvoir réchauffant" (en terme scientifique, un forçage radiatif) bien plus élevé, ce qui en fait le second responsable de l’augmentation des températures. S’il se dégrade au bout d’une dizaine d’années, les quantités de ce gaz à effet de serre ne cessent d’augmenter, en grande partie à cause de l’élevage. Réduire significativement le méthane aura donc un impact relativement rapide (dix ans) sur le réchauffement climatique. Le G20, lors de son sommet à Rome le week-end précédant la COP, avait déjà reconnu qu’une réduction de méthane était une "contribution significative" à l’effort climatique, en tout cas dans le court terme. Le 2 novembre, ce sont 105 États qui ont rejoint un "pacte global pour le méthane", où ils se sont engagés à réduire ses émissions de 30% d’ici 2030. L’ensemble des signataires représentent près de la moitié des émissions mondiales de méthane.

 


►►► Quand la planète brûle : tour du monde interactif des gros incendies de forêt qui ont marqué 2021


Jour 3, promesses financières

  • Au-delà des pays, ce sont aussi les acteurs financiers de ce monde qui doivent faire des efforts climatiques, en tant que fiers représentants d’une économie capitaliste de croissance. Ce 3 novembre, 450 d’entre eux ont promis d’atteindre la neutralité carbone (soit autant d’émissions de CO2 que ce que la planète peut en absorber) d’ici 2050. Les institutions signataires, rassemblées sous la "Glasgow Financial Alliance for Net Zero" (GFanz), s’engagent à "faire leur juste part dans une réduction des émissions de moitié au cours de cette décennie", et à réviser leurs objectifs tous les cinq ans. Une promesse qui laisse les ONG sur leur faim. "Plus de 130.000 milliards de dollars [d’actifs], et pas une seule règle pour empêcher qu’un seul dollar soit investi dans l’expansion des énergies fossiles", a ainsi souligné mercredi Lucie Pinson, directrice de Reclaim Finance.

 

  • En parallèle, les grands pollueurs terriens se crêpent mutuellement le chignon : alors que Biden critiquait deux jours avant la Chine et la Russie ("sa toundra brûle) de ne pas être présentes à la COP, leurs chefs d’État respectifs ont répliqué en rappelant que les États-Unis avaient aussi leur lot d’incendies dévastateur, et que "les actes parlent plus que les mots" (dans un message écrit laconique de la diplomatie chinoise).
Greta Thunberg le 3 novembre
COP26 – Protestations

Jour 4, haro sur le fossile

  • Le charbon est le combustible fossile qui émet le plus de CO2 par kWh produit (plus du double que le gaz naturel). C’est l’énergie qui doit en conséquence disparaître le plus vite possible des mix énergétiques nationaux. Ce 4 novembre, une quarantaine de pays se sont engagés à sortir du charbon, d’ici 2030 pour les grandes puissances économiques, et 2040 pour les États plus pauvres. Parmi eux, des gros consommateurs de charbon comme le Canada ou la Pologne, le plus gros producteur européen derrière l’Allemagne. Mais il manque quand même les plus gros producteurs mondiaux : États-Unis, Chine, Inde et Australie.

 

  • Mais les États-Unis se sont quand même engagés, aux côtés de 18 autres pays, à mettre un terme aux financements des énergies fossiles à l’étranger d’ici fin 2022. Un engagement déjà annoncé lors du sommet du G20 quelques jours avant. Selon l’Agence Internationale de l’Energie (AIE), pour pouvoir préserver l’objectif idéal de l’accord de Paris d’un réchauffement contenu à +1,5°C par rapport à l’ère préindustrielle, il faudrait immédiatement cesser tout financement de nouveaux projets dans les énergies fossiles.

►►► Un pas vers la fin du charbon : la COP26 engrange des engagements sur les énergies fossiles


 

Jour 5 et 6, la rue dénonce

Après plusieurs jours de grandes déclarations, c’est le temps des manifestations.

 

Jour 7 et 8, à mi-chemin

  • Beaucoup de paroles, alors que de nombreux observateurs soulignent le décalage entre les déclarations, et les efforts à encore fournir pour réellement limiter le réchauffement à 1.5°C. Boris Johnson appelle à plus d’ambition, pendant que les pays les plus vulnérables sont déçus de la tournure de cette COP. "Cette première semaine est une déception, la plupart de nos préoccupations ne sont pas en train d’être prises en compte réellement", dénonce lors d’un entretien avec l’AFP Ahmadou Sebory Touré, qui préside le Groupe77 + Chine rassemblant 134 pays en développement ou émergents.

 

 

Des manifestants australiens dénoncent la politique pro-charbon de leur pays, à Sydney, le 6 novembre
Des manifestants australiens dénoncent la politique pro-charbon de leur pays, à Sydney, le 6 novembre Getty Images

Jour 9, efforts insuffisants

  • L’ONU estime dans un rapport que les nouveaux engagements annoncés par les pays durant cette COP ne sont pas suffisants : le réchauffement atteindrait 2.7°C, et 2.1°C si les promesses de neutralité carbone sont tenues (mais ces engagements sont relativement flous).

 

  • C’est au tour de l’organisation Climate Action Tracker, qui analyse les engagements pris pour le climat, de sortir un rapport où est mis en évidence l’écart entre les promesses, et les actions. Pour eux, les objectifs de neutralité carbone annoncés donnent de faux espoirs quand on les confronte à la réalité du dérèglement du climat résultant de “l’inaction des gouvernements”. Malgré toutes les promesses, les émissions mondiales de gaz à effet de serre seront deux fois plus élevées que nécessaire pour ne pas dépasser 1,5° C en 2030. Autre conclusion mise en avant par le consortium : le ralentissement des objectifs à court terme n’a permis de réduire l’écart des émissions que de 15% à 17% en 2020.

 

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Jour 10, premier essai

  • Le mercredi 10 novembre sort la première version de la déclaration finale. Cette version préliminaire veut "des réductions rapides, fortes et soutenues" des émissions de GES et appelle les pays à "réviser et renforcer" leurs contributions nationales (NDC), soit les engagements pris initialement à Paris pour ne pas dépasser le seuil des 1.5°C.

 

  • Une trentaine de pays et une douzaine de constructeurs automobiles se sont engagés à travailler à la fin de la commercialisation de voitures et camionnettes neuves thermiques au plus tard en 2040.

Jour 11, surprise !

  • La Chine et les États-Unis annoncent un "accord surprise", une déclaration conjointe des deux plus gros émetteurs de CO2 pour "renforcer l’action climatique". "Ce document contient des déclarations fortes sur les études alarmantes des scientifiques, la réduction des émissions de carbone et le besoin urgent d’accélérer les actions pour y parvenir", a déclaré l’envoyé spécial américain John Kerry aux journalistes. "Nous pouvons tous nous engager sur la voie d’un développement vert, à faibles émissions de carbone et durable", a déclaré de son côté le président chinois Xi Jinping. Les réactions à cette annonce furent assez mitigées.

 

Jour 12, the final countdown

Dernier jour de cette COP26, où est censé sortir la déclaration finale.

  • Une deuxième version du brouillon de cette déclaration est sortie en matinée, avec déjà une reformulation plus édulcorée de l’extrait concernant les financements des énergies fossiles. Les "parties" sont invitées à limiter les financements "inefficaces" aux énergies fossiles, et non plus à "accélérer la sortie du charbon et des financements aux énergies fossiles", comme dans la première version du texte. "En ce moment, l’empreinte des lobbys des énergies fossiles est toujours sur le texte et ce n’est pas l’accord décisif que les gens espéraient pour Glasgow", a réagi l’ONG Greenpeace à la lecture de ce nouveau "draft".
Des manifestants portant des masques de Joe Biden et Boris Johnson, à l’entrée de la COP26, ce 12 novembre
COP26 – Protests

Journal télévisé du 12/11/21

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