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Accord "pétrole contre reconstruction", ou comment Chine et Irak entretiennent une relation "en béton"

Des ouvriers travaillent sur le chantier de construction d’une école, dans le cadre de l’accord "pétrole contre construction" entre l’Irak et la Chine, dans le quartier de Sumer de la ville de Nasiriyah, dans la province de Dhi Qar, au sud de l’Irak, le 2

© AFP/BELGA/ Getty

22 août 2022 à 12:46Temps de lecture3 min
Par AFP, mis en ligne par K.D.

Riche en pétrole mais pauvre en infrastructures, l’Irak devient l’une des places fortes de la Chine, faisant même tanguer la position privilégiée des Occidentaux dans le pays en construisant à tour de bras, au risque de piéger Bagdad dans la dette. Présente en Irak depuis longtemps, la Chine y a récemment diversifié ses projets alors que bondissaient ses propres besoins énergétiques.

La Chine n’en est qu’à ses débuts

Après 40 ans de guerres, l’Irak a "un besoin pressant d’investissements étrangers, en particulier dans le domaine des infrastructures énergétiques", relève John Calabrese du Middle East Institute à Washington.

La Chine s’est engouffrée dans la brèche : elle est devenue le premier importateur de brut irakien et capte désormais 44% des 800.000 barils de pétrole exportés chaque jour par Bagdad, selon Muzhar Saleh, conseiller du Premier ministre. Dans le sud de l’Irak, le chinois Petrochina exploite le champ pétrolier de Halfaya aux côtés du français TotalEnergies et du malaisien Petronas. Et "la Chine n’en est qu’à ses débuts", insistait récemment son ambassadeur Cui Wei alors que les échanges commerciaux ont dépassé les 30 milliards de dollars en 2020, selon l’ambassade de Chine.

Ces échanges incarnent "l’ambition chinoise d’exposer son potentiel, de lustrer son image et de s’ancrer solidement dans un pays dominé par l’Occident, en particulier les Etats-Unis", souligne John Calabrese.

Ouvrier travaillant sur le chantier de construction d’une école, dans le cadre de l’accord "pétrole contre construction" entre l’Irak et la Chine, dans le quartier de Sumer de la ville de Nasiriyah, dans la province de Dhi Qar, au sud de l’Irak, le 20 jui
Ouvrier travaillant sur le chantier de construction d’une école, dans le cadre de l’accord "pétrole contre construction" entre l’Irak et la Chine, dans le quartier de Sumer de la ville de Nasiriyah, dans la province de Dhi Qar, au sud de l’Irak, le 20 jui AFP

"La Ceinture et la Route"

L’Irak est l’un des partenaires de Pékin dans son méga projet "la Ceinture et la Route" qui vise à développer les infrastructures terrestres et maritimes pour mieux relier la Chine à l’Asie, l’Europe et l’Afrique. Mais les Occidentaux voient dans cette initiative un outil d’influence de la Chine sur les pays pauvres. Ils lui reprochent notamment de les inciter au surendettement, soupçonnent des pratiques de corruption et dénoncent le non-respect des droits humains.

Un porte-parole du ministère chinois des Affaires étrangères assure à l’AFP que "la Chine a activement participé à la reconstruction de l’économie irakienne". Bagdad, poursuit-il, est un "partenaire important" dans "la Ceinture et la Route".

Au sein de ce méga projet développé dans 21 pays arabes pour des milliards de dollars, l’Irak est resté "le troisième partenaire le plus important" de la Chine dans le domaine de l’énergie entre 2013 et 2022, note Christoph Nedopil du Centre pour la finance verte et le développement de l’université Fudan à Shanghai.

La Chine a activement participé à la reconstruction de l’économie irakienne

Des superviseurs discutent sur le chantier de construction d’une école, dans le cadre de l’accord "pétrole contre construction" entre l’Irak et la Chine, dans le quartier de Sumer de la ville de Nasiriyah, dans la province de Dhi Qar, au sud de l’Irak, le
Des superviseurs discutent sur le chantier de construction d’une école, dans le cadre de l’accord "pétrole contre construction" entre l’Irak et la Chine, dans le quartier de Sumer de la ville de Nasiriyah, dans la province de Dhi Qar, au sud de l’Irak, le AFP

Besoin pressant d’investissements étrangers

Pour profiter de la manne de la construction d’infrastructures, la Chine a signé en 2019 avec l’Irak un accord éloquemment baptisé "Pétrole contre construction". A Nassiriya (sud), par exemple, le groupe Power China construit une école. C’est l’une des deux entreprises chinoises sélectionnées par Bagdad – avec Sinotech - pour construire en deux ans un millier d’écoles. A terme, 8000 écoles et un aéroport doivent voir le jour.

La plupart de ces sous-traitants ne sont pas très connus

Les projets de "Pétrole contre construction" sont payés par l’Irak grâce à la vente à la Chine de 100.000 barils de pétrole par jour. Les revenus qui en découlent doivent impérativement servir à financer des projets élaborés avec des entreprises chinoises.

Les compagnies chinoises doivent, en échange, employer des entreprises irakiennes qui "fournissent main-d’œuvre et matières premières", explique Haider Majid, porte-parole du secrétariat du Premier ministre irakien. Mais Yesar Al-Maleki, chercheur au Middle East Economic Survey, met en garde : "la plupart de ces sous-traitants ne sont pas très connus". Et d’évoquer "des rumeurs sur leurs liens avec la politique et donc des risques de corruption". Le risque, poursuit-il, est que les Irakiens "abusent" de "Pétrole contre construction" pour des "projets inutiles". "Ils se retrouveraient endettés, comme de nombreux pays africains", dit-il.

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