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Accord interprofessionnel 2021-2022 : "les patrons ont refusé de discuter, ils ont fait en sorte que la négociation soit bloquée", accuse Paul Magnette

30 avr. 2021 à 07:36Temps de lecture4 min
Par P.V.

Les négociations entre patrons et syndicats sur l’accord professionnel 2021-2022 peuvent-elles sortir de l’impasse ? A la veille d’un 1er mai virtuel, coronavirus oblige, la tension est présente entre les acteurs sociaux. D’un côté, les syndicats réclament une hausse des salaires qui irait au-delà des 0,4% de marge salariale, calculée par le Conseil central de l’économie ; de l’autre, les patrons estiment que ces revendications ne sont pas réalistes.

Pire : la question a fini par s’immiscer au sein de la coalition gouvernementale au fédéral. Sur Twitter, le président de l’Open VLD Egbert Lachaert a demandé des "attentes réalistes" de la part des syndicats, ce à quoi le ministre de l’Economie Pierre-Yves Dermagne (PS) a répondu qu’il fallait être "cohérent". Ce vendredi matin, le président du PS, Paul Magnette, a tenu à recadrer les choses. "Il ne faut pas dire qu’il y a un problème de gouvernement, estimait-il au micro de Matin Première. C’est un dossier difficile, mais on le savait depuis la mise en place du gouvernement."


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Selon lui, les discussions se font dans le cadre de l’accord de gouvernement, notamment autour de la loi de 1996 et de l’augmentation du salaire minimum et des bas salaires. Le reste concerne les partenaires sociaux entre eux. "Quand le dialogue se passe bien, tant mieux, et le gouvernement ne doit pas s’en mêler, rappelle Paul Magnette. Quand une des parties, ici les patrons, refuse de négocier, ça ramène le dossier sur la table du gouvernement et ça crée un certain nombre de tensions."

Comment expliquer à ceux qui ont continué à travailler pendant la crise qu’il n’y a pas de marge pour eux, mais que le patron peut s’augmenter ?

Paul Magnette semblait particulièrement remonté contre le patronat ce vendredi matin. Car si les socialistes ont accepté de ne pas revenir sur la loi de 1996 (tout en créant de la marge "avec des circulaires", précise Paul Magnette), le gouvernement a un plan fondé sur trois points : un accord sur l’enveloppe bien-être, avec une augmentation des basses pensions et des basses allocations sociales, sur la marge salariale de 0,4% et l’octroi de primes corona, et une réflexion sur l’augmentation des salaires minimum et la question des fins de salaires. "Les patrons ont dit 'pas de prime corona et on ne discute pas des salaires minimum', affirme-t-il. Ils ont fait en sorte que cette négociation soit bloquée."


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Face à ce refus, les socialistes évoquent une mesure-massue : toucher aux dividendes des patrons, si on ne peut pas augmenter les salaires. "C’est prévu dans la loi de 1996, elle prévoit dans un article 14 que le gouvernement peut bloquer les salaires des patrons", précise Paul Magnette. De là à l’appliquer ? "C’est une manière de dire : nous préférons un accord, lance le président du PS. Si les patrons font en sorte que ce n’est pas possible, on proposera le blocage des dividendes." Le ton est donné.

Et le président du PS de dénoncer ce qu’il voit comme une injustice : "Comment expliquer aux hommes et aux femmes qui ont continué à travailler pendant toute la crise corona qu’il n’y a pas de marge pour eux, mais que le patron peut s’augmenter et que l’on peut continuer à distribuer des dividendes aux actionnaires ? C’est inacceptable."

On ne cherche pas à créer un climat social difficile

Attaquer les employeurs et les actionnaires, est-ce que ce n’est pas attaquer ce qui fait tourner l’économie ? "La meilleure manière de la faire tourner, c’est d’augmenter les salaires, et les bas salaires en particulier", rétorque Paul Magnette. Quand vous augmentez les bas salaires, vous faites rentrer des cotisations sociales, ça fait rentrer des impôts, ça soutient la demande intérieure et ça fait vivre les petits indépendants."

Et s’il n’y a pas d’accord entre libéraux et socialistes sur ce dossier ? "Ce sera la liberté de négociation, note le chef du PS. Ce n’est pas la guerre sociale, mais ça veut dire que dans toutes les entreprises, tous les secteurs, les travailleurs pourront demander des augmentations, et que donc il y aura des négociations et des pressions." Mais Paul Magnette refuse d’y voir la responsabilité du gouvernement : "On ne cherche pas à créer un climat social difficile, ce sont les patrons qui ont refusé de discuter de primes corona." Selon lui, ces derniers ont voulu réduire ces primes à 250 euros maximum, et uniquement dans les entreprises qui ont fait 30% de bénéfices en plus. "C’est une provocation !", s’exclame le président socialiste.


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A la Chambre, les socialistes ont toutefois reçu une petite pique de la part de Raoul Hedebouw, le chef de groupe PTB. Il leur reproche de ne défendre les droits des travailleurs que "sur Twitter" et de s’effacer à la Chambre, sous prétexte de trouver un accord avec les libéraux. "Raoul Hedebouw fait son boulot d’opposition, répond Paul Magnette en souriant. Un jour peut-être il se retroussera les manches et il saura ce que c’est de se battre avec la droite."

Se battre avec la droite, sur tous les sujets, est-ce le quotidien de la Vivaldi pour les années à venir ? "Sur la relance, il y a un consensus et c’est une excellente chose, précise Paul Magnette, saluant notamment le travail de Thomas Dermine, le secrétaire d’État pour la Relance (PS). C’est la preuve qu’on peut s’entendre sur des grandes priorités." S’entendre avec le patronat aussi ? "J’appelle les employeurs à revenir autour de la table, à accepter de négocier", affirme le patron des socialistes.

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