RTBFPasser au contenu

Le + grand musée

A visiter : Connaissez-vous l'histoire de la mode masculine ?

A visiter : Connaissez-vous l'histoire de la mode masculine ?
12 févr. 2021 à 10:496 min
Par Christian Rousseau

Le Musée Mode et dentelles de la Ville de Bruxelles conserve des milliers de pièces de dentelle réalisées entre le 16e et le 20e siècle. Exportée dans toute l’Europe, jalousée, imitée mais jamais égalée, la dentelle a constitué une source de richesse incomparable pour Bruxelles et sa région.

La Chambre des dentelles permet de se faire une idée de la complexité de ce savoir-faire tout à fait particulier, fleuron de l’économie locale durant des siècles. Mais en ce moment, dans les mêmes locaux, se tient une exposition temporaire consacrée à la mode masculine.

Bien plus qu’une simple juxtaposition de vêtements de différentes époques, l’expo Masculinities interroge en réalité la façon dont " l’habit fait le genre " – ou ne le fait plus nécessairement depuis que des créateurs de mode se sont lancés à l’assaut de l’éternelle citadelle masculiniste…

© Tous droits réservés

Sous l’Ancien régime, l’homme de la haute bourgeoisie et de la noblesse rivalise d’élégance et de sophistication avec la femme.

 

Il n’hésite pas à se couvrir de dentelle et il n’encourt aucune critique s’il consacre son temps, son énergie et ses revenus à son aspect extérieur. Avec la Révolution française, la situation change radicalement et la culotte disparaît pratiquement de la garde-robe masculine.

Ce fut sans doute l'une des rares fois dans l'histoire où une mode venue d'en bas s'impose aux couches supérieures de la société. Ce changement peut s’expliquer par le fait qu’on entre alors dans une période de relative austérité morale. En tout cas, des années 1820 à la première Guerre mondiale, le noir triomphe dans la garde-robe masculine et cela durera jusque dans les années 1950. John Carl Fugel, psychologue britannique des années 1930 parlera à cet égard de la " Grande renonciation masculine ".

En réalité une renonciation toute relative car la coquetterie masculine se refugie alors dans les accessoires (canne, chapeau, montre de gousset, bijou discret,…) et les détails, parfois colorés mais pas trop, tels que cravate, lavallière, pochette, chaussures, etc… Les matières constituent également un bon moyen de se différencier discrètement. Pour beaucoup d’hommes, contraints à une mode uniforme assez déprimante, il s’agit des rares moyens d’exprimer sa différence sociale et ses convictions politiques ou religieuses.

Au 19 ème siècle arrive le confort

Le costume moderne arrive vers la fin du 19e siècle et malgré une apparence générale stable, de très nombreuses variations se développeront dans les coupes, les styles, les tissus, le boutonnage, le nombre des fentes, la dimension des revers, ou encore le cintrage…

Cependant graduellement, la recherche du confort gagne du terrain sur les conventions stéréotypées sauf dans les milieux professionnels où le costume strict restera longtemps l’uniforme obligatoire.

Les hommes ont peut-être été beaucoup plus que les femmes astreints à un dress code contraignant qui leur enjoignait d’imiter pour ne pas être exclu.

Les années 60 : une révolution culturelle

Arnel Dela Gente

Dans les années 1960, éclate une véritable révolution culturelle. La jeunesse n’en peut plus des idées vieillottes et des comportements surannés et décide de flanquer au fossé les conventions d’un autre âge. Dans le domaine de la mode masculine, cette mutation se marque par le rejet de l’éternel complet veston aux teintes ternes.

Mais la " Mecque " de ce nouvel évangile de la tendance est à Londres, et plus précisément dans une petite rue du nom de Carnaby Street…

Pour les créateurs, les sources d’inspirations sont évidemment multiples mais le cinéma y prendra une large part. Certains films mythiques donneront résolument le ton, comme L’Equipée sauvage avec Marlon Brando en 1953 ou encore Querelle du cinéaste allemand Fassbinder en 1982 qui inspirera directement Jean-Paul Gaultier pour sa silhouette du marin.

L’un des enjeux est l’estompement des frontières entre les genres. Bien que le mélange des genres ait toujours existé d’une manière ou d’une autre, il commence après la première Guerre mondiale dans certains milieux progressistes, artistiques ou homosexuels. La mode dite unisexe, elle, commencera à faire son chemin après la seconde Guerre mondiale. Pendant longtemps, le port de vêtements spécifiques du sexe opposé a été formellement interdit, souvent, d’ailleurs, pour des raisons religieuses.

Mais petit-à-petit cette ségrégation symbolique a été transgressée, notamment en Occident et par des femmes dont la situation sociale leur permettait à peu près tout. Par contre, l’inverse, c’est-à-dire l’appropriation par l’homme de vêtements féminins, a toujours du mal à passer la rampe. Aujourd’hui, en effet, le port de la jupe ou de la robe pour un homme reste toujours comme un tabou ultime malgré les efforts des créateurs de mode pour tenter de le faire voler en éclat…

Dans certains cas, pourtant, le port de la robe est accepté. La toge du juge, la robe de l’avocat, la soutane du curé en sont les exemples les plus acceptés, le kilt du supporter de club de foot écossais en est un autre… Dans les soirées branchées, la jupe peut également être tendance mais rien de tout cela n’augure d’une réelle percée de la jupe pour homme dans la mode de tous les jours.

La mode a souvent eu une longueur d’avance sur les mutations sociologiques de fond. Alors que l’on se met à traquer systématiquement les stéréotypes de genre dans les moindres recoins, les créateurs ont proposé depuis belle lurette des collections non-genrées, c’est-à-dire indifféremment destinées aux hommes, aux femmes ; et aux autres…

Et la dentelle dans tout ça ?

Longtemps, la dentelle de Bruxelles a été acclamée dans toute l’Europe comme le summum du luxe. Aujourd’hui, le Musée Mode et dentelles de la Ville de Bruxelles offre un aperçu édifiant de la complexité de cette technique tout à fait exceptionnelle.

Toujours jalousée, souvent imitée mais jamais égalée, la dentelle de Bruxelles a constitué pendant près de 4 siècles une source de richesse incomparable jusqu’à ce que la mécanisation ait raison de cette production prestigieuse… prestigieuse, oui, mais terriblement coûteuse. Aujourd’hui, le Musée mode et dentelle de la ville de Bruxelles, conserve, entretien et expose la quintessence de ce savoir-faire exceptionnel, témoin d’une époque glorieuse entre toutes.

Les dentelles se distinguent par leurs techniques, leurs matières, leurs motifs, leurs couleurs, caractéristiques qui servent parfois à les désigner (la blonde, la rosaline, le gros point, etc.). Le plus souvent toutefois, c’est le lieu de production original qui les identifie, c’est ainsi qu’on distingue la dentelle de Bruxelles de celles de Malines, Valenciennes, Bruges, etc….

 

Trois techniques ont été développées.

 

  • La dentelle à fils continus : même nombre de fuseaux du début à la fin de l’ouvrage : les motifs et le fond sont réalisés avec les mêmes fils ;
  • La dentelle à fils coupés : on ajoute des fuseaux pour les besoins des motifs qu’on retire ensuite ;
  • La dentelle à pièces rapportées : le projet initial est divisé et les motifs sont réalisés séparément sur un coussin rond, puis assemblés. Permet la confection de grandes pièces.

 

Le coussin est en quelque sorte le " métier " de la dentellière. Le coussin carré est utilisé pour la dentelle aux fuseaux à fils continus et à fils coupés. Fixe, incliné pour faciliter le travail et garder les fils tendus. Tiroir à l’arrière pour recevoir la bande de dentelle déjà fabriquée. Les épingles fixent temporairement les fils et maintiennent l’ouvrage sur le patron placé verticalement

 

Le coussin rond est réservé pour la dentelle à pièces rapportées. Tourné au fur et à mesure du travail. La dentellière enfonce les épingles jusqu’à la tête pour ne pas gêner le mouvement des fuseaux. Un mouchoir troué en son centre délimite l’ouvrage, empêche les fils de s’accrocher et protège la partie déjà réalisée

 

C’est un dessinateur professionnel, parfois de renom, qui initie le projet de la dentelle et fixe les variations de blanc, du plus transparent au plus soutenu. Ce dessin est interprété et reporté sur un calque par un patronneur qui le divise en autant de motifs nécessaires à sa réalisation. Les motifs sont ensuite reportés sur un patron ‒ piqueté pour la dentelle aux fuseaux – utilisé par la dentellière. Traditionnellement en lin blanc, fibre végétale produite en Flandres et en Italie (Vénétie), la dentelle est progressivement réalisée en coton à partir de 1830.

 

On a aujourd’hui un peu de peine à se figurer ce que le secteur de la dentelle a pu représenter pour l’économie de nos régions. Au milieu du 18e siècle par exemple, Bruxelles comptait 200 marchands de dentelles, dont un certain nombre de femmes, et plus de 9.000 ouvrières, c’est-à-dire près d’un cinquième de la population de la ville. Mais produire n’est pas tout, encore faut-il vendre et dans ce domaine les marchands bruxellois étaient semble-t-il particulièrement doués….

 

Avec la mécanisation, la dentelle de Bruxelles décline. Les conditions de vie des ouvrières se dégradent à mesure que la concurrence du tulle mécanique, puis de la dentelle mécanisée, croît. En 1846, Bruxelles ne compte plus que 4.000 dentellières. La qualité des dentelles mécaniques va croissant et finira par supplanter le fait-main. Ainsi, la dentelle de Bruxelles disparaît à l’aube du 20e siècle.

 

 

En pratique

Musée Mode & Dentelle

Rue de la Violette 12
1000 Bruxelles
Tel. : +32 2 213 44 50
Mail: musea@brucity.be

L’exposition temporaire Masculinities est visible jusqu’au 13 juin 2021 – La Chambre des dentelles est permanente.

Sur le même sujet

25 oct. 2021 à 07:57
6 min
28 avr. 2021 à 05:33
4 min

Articles recommandés pour vous