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A Verviers, la majorité veut éteindre la polémique suscitée par la venue du rappeur Medine

A Verviers, la majorité veut éteindre la polémique suscitée par la venue du rappeur Medine
12 mai 2022 à 20:033 min
Par François Braibant

"Il serait bon que tout le monde considère désormais la polémique comme close" écrit le collège dans son communiqué. "La question de l’interdiction du concert de Medine à Verviers n’a jamais été envisagée, sauf par quelques membres de l’opposition" poursuit le communiqué de la Ville.

Medine vient, mais ce n’est pas la bourgmestre qui signe son contrat

Medine se produira donc bien sur la scène du festival Libertad. "Il n’est pas opportun de censurer un artiste" confie Muriel Targnion, mais "le Collège déléguera au C.R.V.I. la signature du contrat avec l’artiste et les obligations qui en découlent". C’est une manière pour la majorité communale de se distancier des mots polémiques du rappeur sans se faire accuser de brider la liberté d’expression.

Cette position est en réalité très proche de celle que nous exposait Muriel Targnion en début de semaine : "Il [Medine] peut se produire à Verviers, mais pas dans une organisation de la Ville. Il faut trouver une solution, mais la Ville ne peut pas être porteuse d’un tel message." La solution trouvée est donc que Medine se produit bien à Libertad – les engagements étaient déjà pris – mais que ce n’est pas la bourgmestre qui signe le contrat.

Le communiqué du collège défend la liberté d’expression "y compris la liberté d’expression artistique". Il nuance un peu plus loin : "La liberté d’expression n’est toutefois ni totale, ni illimitée. Dans des conditions extrêmement strictes, elle peut être – et elle est – encadrée par la loi. […]"

Les mots de Medine, le malaise du collège

Le collège montre ensuite son malaise : "LIBERTAD [est] un festival gratuit, au cœur d’une ville multiculturelle, et fédérant de multiples intervenants publics, dont la Ville de Verviers. Il ne s’agit pas d’un " simple " festival parmi d’autres. Ni d’un concert privé. Il s’agit d’un événement qui se veut porteur de sens, et d’engagement en faveur des valeurs d’égalité, d’antiracisme, de solidarité et de citoyenneté. […]

MEDINE est un artiste aux multiples polémiques. C’est un fait. Et c’est la résultante d’une pensée élaborée et assumée, d’un artiste engagé, tant sur scène que dans divers réseaux de terrain. MEDINE, c’est une certaine lecture de la laïcité. C’est une certaine approche des dynamiques entre groupes sociaux. Et c’est une certaine conception de la place que peut encore avoir, en 2022, un mot comme " pédéraste ". En l’espèce, il n’est pas certain que la cause défendue (qui est pourtant essentielle) ait beaucoup progressé à l’issue du festival. Et c’est regrettable."

Manifestation en soutien à Medine

En début d’après-midi, à l’appel des jeunes de la FGTB, une trentaine de manifestants sont venus montrer sur la place du marché leur soutien à la venue du rappeur. "On est venus pour souligner que pour nous c’est primordial que Medine puisse participer au festival Libertad" explique le permanent des jeunes FGTB Quentin Courtois. "Pour moi, il défend des valeurs humanistes, des valeurs de débat, des valeurs antiracistes et qui amènent une lecture antifasciste. Une de ses phrases dit : 'je préfère être critiqué pour ce que je dis que me taire'. "

Quand nous lui demandons son sentiment par rapport à la phrase de Medine sur les "laïcards", il répond que l’extrême droite française utilise la laïcité pour véhiculer son racisme. Quant au vers "pédérastes de pétainistes", il admet qu’en effet "c’est gênant", Il "condamne bien sûr le mot pédéraste", mais "encore une fois, il faut remettre ça dans son contexte. C’est un texte qui est clamé de manière très virulente contre l’extrême droite. Insulter l’extrême droite est une bonne idée". Quentin Courtois reconnaît cependant qu’utiliser le terme "pédéraste" n’en est pas une.

Le président de la maison de la laïcité réagit

De son côté, André Lepas, le président de la maison de la laïcité de Verviers, a réagi. Pour lui, il est insupportable d'entendre Medine parler de "crucifier les laïcards". "Ce sont des propos de haine, ce sont des propos de violence, ce sont des propos de menaces. Je ne veux pas que les laïcs soient pointés du doigt de manière aussi violente. Je trouve que Verviers se serait bien passée de cette polémique parce qu'avant tout, moi je défends la liberté d'expression. Ce chanteur peut venir dans un cadre privé bien sûr, il peut chanter ce qu'il a envie, y compris sa chanson qui perturbe les laïcs, mais il doit en assumer les conséquences. C'est-à-dire que si quelqu'un dépose plainte pour incitation à la haine, il devra en subir les conséquences, et les organisateurs aussi."

Lisez ci-dessous en pièce jointe le communiqué du Collège : 

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