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Chroniques

À Versailles : face à l’histoire

Les coulisses du pouvoir

Par Bertrand Henne

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10 mars 2022 à 07:373 min
Par Bertrand Henne

Le Premier ministre Alexander De Croo est à Versailles. Avec les autres leaders européens ils vont tenter de répondre d’une seule voix à la crise causée par la guerre en Ukraine. Des murs qui jusqu’ici semblaient inamovibles pourraient tomber. L’Europe et la Belgique semblent condamnées à n’avancer qu’au bord du gouffre.

Laboratoire

Dans cette confédération d’États qu’est l’Europe (que certains voudraient fédérale) on retrouve un mode de fonctionnement typique du fédéralisme belge (que certains voudraient voir devenir confédéral). Une situation en miroir qui a souvent fait dire à des observateurs que la Belgique était le laboratoire de l’Union. Elle pratique un fédéralisme très poussé, avec plusieurs langues etc.

L’analyse est très certainement superficielle. Mais on retrouve au moins en effet (au grand dam de nombreux citoyens) que la Belgique comme l’Union sont faites de blocages, de compromis illisibles, de lignes rouges, et de tabous qui ont tendance à s’accumuler pour finalement gripper tout le système et le rendre peu désirable.

Ces murs décisionnels ne sont souvent franchis que grâce ou à cause d’un choc externe. Ou parce que les différents acteurs sont au bord du gouffre et pourraient collectivement tout perdre. En Belgique on connaît bien ça dans les dernières formations de gouvernement. Il a fallu le Covid pour former une union nationale, soutenir les pouvoirs spéciaux. Il a fallu la dégradation des notes des marchés pour former un gouvernement en 2011.

Shock effect

Pour l’Europe aussi, les chocs externes ont souvent eu des effets accélérateurs. C’est très visible avec la dernière crise du Covid. On mesure assez peu l’avancée qu’a constitué l’achat groupé de vaccins, sans lequel chaque pays se serait rué dans des négociations bilatérales, faisant monter les prix et ne permettant pas aux pays plus pauvres de suivre. Le covid a aussi eu pour effet de mutualiser une partie de la dette, dossier tabou par excellence. Autre choc externe salvateur le Brexit à permis une unité des membres qui n’était pas du tout acquise.

Alors bien sûr on devrait faire aussi la liste de tous les blocages et les dogmes, notamment en matière de fiscalité et d’ouverture de marchés qui restent puissants. Mais le constat vaut toujours, pour la Belgique comme pour l’Union, les chocs externes ont souvent été des accélérateurs de l’histoire.

Dogmes

Alexander De Croo, le Premier ministre belge semble prêt à faire tomber des dogmes. Alexander De Croo, faut-il rappeler libéral, juge qu’il faut introduire des plafonds sur les prix de gros du Gaz. Il va même plus loin et propose une forme de nationalisation du marché où les États négocieraient eux-mêmes des contrats pour éviter que la concurrence entre privés ne fasse monter trop les prix. Parfois, reconnaît-il, il faut admettre que le marché est hors de contrôle. D’autres voix libérales, au sein même de la commission, allaient encore plus loin et évoquaient une régulation de la demande, c’est-à-dire imposer aux entreprises et aux particuliers des rationnements, des plafonds de consommation.

Parmi les autres murs qui pourraient tomber lors de ce sommet, une accélération majeure vers une économie moins dépendante des énergies fossiles, une nouvelle mutualisation des dettes (même si l’Allemagne et les Pays-Bas y sont réticents pour l’instant), le serpent de mer de la défense européenne, la répartition des réfugiés. À Versailles, le désaccord profond entre l’Europe occidentale et les pays illibéraux (Pologne, Hongrie…) pourrait tout d’un coup être surmonté par l’ennemi commun que représente Vladimir Poutine.

Si ces murs tombent en Europe ce sera autour de la Belgique la semaine prochaine de tenter de faire tomber les siens. Autour de l’énergie bien sûr, de la question nucléaire et des renouvelables. Quelque chose me dit que ce sera peut-être plus compliqué Rue de la loi qu’à Versailles. Car chez nous malgré la hauteur de vue affichée par Alexander De Croo les rancœurs et les égos sont tenaces côté francophone et ne semblent pas encore s’être tous mis au niveau de l’histoire.

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