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À une semaine des élections législatives en Italie : l’extrême droite emmenée par Giorgia Meloni aux portes du pouvoir ?

18 sept. 2022 à 06:33 - mise à jour 18 sept. 2022 à 12:53Temps de lecture4 min
Par Valérie Dupont

Dans une semaine, l’Italie sera appelée aux urnes. Ces élections pourraient marquer un tournant dans l’histoire politique du pays. Pour la première fois depuis la naissance de la République en 1948, un parti d’extrême droite pourrait devenir la première formation politique du pays. 

A Pistoia, petite ville de nonante mille âmes, le marché est encore une institution. C’est le rendez-vous hebdomadaire pour beaucoup d’habitants de cette province située au nord de Florence. L’occasion aussi pour les militants du Parti démocrate de tenter d’inverser la vapeur, et de convaincre les électeurs de voter pour la gauche.

Antonella Cotti est une élue locale, à chaque passant, elle tend un tract électoral et récite son petit discours. "C’est un moment important pour notre démocratie" dit-elle à une femme qui semble intéressée, "Je ne veux pas dire que Giorgia Meloni est une fasciste, mais je pense que Giorgia Meloni transmet des principes et des pensées qui contrastent avec notre société inclusive, sans oublier le rôle réducteur qu’elle veut donner aux femmes."

Les gens maintenant votent avec leurs tripes, pour celui qui hurle le plus et qui parle à coups de slogans.

La gauche fait campagne sur la défense des valeurs démocratiques et la protection des droits civils. "Nous sommes dans une phase où la désaffection envers la politique est très importante, les gens maintenant votent avec leurs tripes, pour celui qui hurle le plus et qui parle à coups de slogans" admet Antonella. "Nous sommes souvent accusés d’être le parti des bourgeois et des intellectuels, ceux qui vivent dans les centres historiques des villes, alors que les habitants des périphéries se sont tournés vers la droite, ou mieux, nous ceux de la gauche, avons abandonné les périphéries !"

Le bastion de la gauche

Comme toute la Toscane, Pistoia a toujours voté à gauche depuis la fin du fascisme. Mais dernièrement, la ville a élu un maire d’extrême droite. Et les habitants pensent que cette fois aussi la droite pourrait l’emporter dans leur province.

"Ce sera une lutte serrée, au dernier bulletin, mais on peut le dire, pour les gens, les ouvriers, les employés, les pensionnés, rien n’a été fait pour eux", dit cet homme venu acheter des fruits. "Cela suffit d’aider toutes les personnes qui viennent en Italie. Moi je ne veux pas passer pour un raciste mais tous ceux qui arrivent ici, on leur donne tout, alors que nous, les Italiens, on doit faire des sacrifices", dit un autre.

Si les sondages se confirment, toute la botte ou presque pourrait virer aux couleurs de la droite et de l’extrême droite, les vraies poches de résistance pourraient se trouver en Toscane et Emilie Romane, les bastions historiques de la gauche italienne. Pour tenter de gagner dans ces régions, le Parti démocrate et les autres partis de gauche essaient de convaincre les indécis.

"Nous devons convaincre et ramener aux urnes tous ceux qui ne votent plus, l’abstentionnisme a été très fort aux dernières élections, et nous devons parler avec ceux-là, ceux qui ne votent plus", explique Pierluigi Galigani, le secrétaire provincial du parti démocrate à Pistoia. "Pour les convaincre nous devons repartir de nos valeurs de gauche, le travail, le social, et surtout écouter leurs problèmes."

Une Italie bleu marine

En 2018, les résultats des élections avaient clairement divisé l’Italie en trois. Le Nord à la droite menée par Matteo Salvini, le Sud aux anti-systèmes du Mouvement 5 Etoiles qui avaient raflé plus de 30% des votes, et le centre à la gauche qui avait réussi à préserver ses bastions. Le scénario annoncé par les instituts de sondages, qui ne peuvent plus relâcher aucune prévision depuis le 10 septembre, s’annonce bien différent. La coalition de droite et d’extrême droite pourrait arriver largement en tête, emmenée cette fois par la formation de Giorgia Meloni, Fratelli d’Italia.

Mais pour s’assurer une forte stabilité au parlement, la présidente de ce parti ultra-conservateur et souverainiste ne ménage pas ses efforts, chaque soir ou presque, elle parle dans une ville différente. Même dans les régions qui sont déjà des terrains conquis, comme l’Ombrie. Depuis septante ans, cette petite région du centre de l’Italie était la troisième citadelle de la gauche mais en 2019, Fratelli d’Italia et La ligue ont réussi l’exploit de s’en emparer. Cette fois encore, l’extrême droite est donnée grande gagnante dans les sondages.

Francesco Zaffini est un sénateur de Fratelli d’Italia, il explique cette victoire grâce à leur cohérence politique. "Nous défendons la famille, la patrie, nous parlons des intérêts nationaux, nous voulons défendre nos entreprises, et surtout nous promettons de toujours mettre en premier lieu l’intérêt national."

Alors oui nous pouvons retourner un peu en arrière pour que finalement les Italiens se réapproprient de leurs droits, de nos droits fondamentaux

Dans la foule les thèmes porteurs restent la sécurité et l’immigration, mais les personnes présentes refusent de se considérer comme des électeurs d’extrême droite. "En ce moment il faut plus de règles. Alors oui nous pouvons retourner un peu en arrière pour que finalement les Italiens se réapproprient de leurs droits, de nos droits fondamentaux", explique cette dame qui attend le discours de Giorgia Meloni. "C’est cela être d’extrême droite ?", demande une autre, "ramener un peu d’ordre ? Car en ce moment il me semble que l’ordre a disparu, que nous sommes en déclin sur ce point !"

Personne ici n’estime que l’Italie risque de se retrouver isolée sur la scène européenne en cas de victoire de Giorgia Meloni et de Matteo Salvini. "Elle n’a pas besoin que l’Europe lui donne la permission de gouverner, si les Italiens la choisissent, l’Europe devra l’accepter" affirme cette autre militante. Le 25 septembre, les partis de droite espèrent l’emporter haut la main pour changer, disent-ils, le destin de l’Italie.

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