A-t-on sous-estimé le rôle des enfants et des écoles dans la propagation du coronavirus ?

A-t-on sous-estimé le rôle des enfants et des écoles dans la propagation du virus? 

© Sally Anscombe - Getty Images

09 déc. 2020 à 15:25 - mise à jour 09 déc. 2020 à 15:25Temps de lecture3 min
Par Daphné Van Ossel

On s’était habitués à entendre que les “enfants ne sont pas moteurs de l’épidémie de coronavirus”. Et puis, ce lundi 7 décembre, lors de sa désormais traditionnelle conférence, Yves Van Laethem, porte-parole interfédéral COVID-19, signalant des chiffres en augmentation chez les enfants (+46% chez les 0-9 ans, +10% chez les ados), a appelé à la vigilance dans les écoles : “En quantité absolue, ce n’est pas très édifiant, mais cela est quand même à noter. Il ne faut donc pas baisser la garde dans les écoles.”

Le lendemain, c’est le Docteur Thomas Orban, président de la Société Scientifique de Médecine Générale, qui déclare dans l’Echo qu’il reçoit de plus en plus d’enfants malades et qu’il pense “que l’on minimise le rôle des écoles dans la transmission."

Les enfants ne sont pas le "driver" de l’actuelle augmentation

Alors qu’en est-il ? Ce matin, la question a été posée lors de la traditionnelle conférence du centre de crise. Yves Van Laethem s’est voulu rassurant. En substance : les enfants peuvent évidemment transmettre la maladie mais ils sont moins contaminateurs que les adultes. “Différentes études l’ont montré, explique-t-il, et aujourd’hui encore, le Lancet publie une étude menée en Angleterre durant la fin de la première vague, qui montre que les transmissions dans les écoles se passaient essentiellement entre adultes ou des adultes vers les enfants, beaucoup plus que des enfants vers les adultes, et ça conforte cette notion que s’ils peuvent être transmetteurs, ils le sont moins que des adultes.

Pour Yves Van Laethem, le retour à l’école d’environ 2 millions d’élèves, soit entre 10 et 15 pourcents de la population, peut évidemment avoir un impact sur les chiffres, mais les enfants ne sont pas “le driver de l’actuelle augmentation, comme plusieurs études internationales l’ont montré”.

On est en confinement partout, sauf dans les écoles. C’est un des endroits où le virus peut circuler.

Marius Gilbert, épidémiologiste à l’ULB, abonde : “les écoles ont rouvert le 16 novembre, s’il y avait eu un lien, on aurait pu voir une réaugmentation des cas et des hospitalisations plus tôt. De même, il y a eu une baisse de cas pendant les vacances de Toussaint, mais cela coïncidait aussi avec toutes une série de nouvelles mesures mises en place pour lutter contre l’épidémie. Cela dit, on ne peut évidemment pas dire non plus que l’école ne joue aucun rôle.

Il y a des cas de transmission dans les écoles, aucun expert ne le nie, poursuit le Professeur Dimitri Van der Linden, porte-parole de la Task Force pédiatrique et infectiologue aux Cliniques universitaires Saint-Luc, qui rappelle le contexte dans lequel on se trouve : “pour le moment, on est en confinement, presque partout, sauf dans les écoles et les hôpitaux (et plus récemment les commerces, ndlr). C’est de ce fait évidemment un des endroits où le virus peut circuler.” Parce que, bien sûr, qui dit école, dit contacts entre personnes, et mobilité aussi.

Le professeur fait par ailleurs aussi référence à l’étude parue dans le Lancet : “Elle montre qu’il y a peu d’épidémies dans les écoles mais qu’elles augmentent en fonction de la circulation virale dans la communauté, qu’il y a une corrélation forte entre les deux. Il est donc important de contrôler la transmission dans la communauté pour protéger le système éducatif. Une étude de la KULeuven et de Sciensano arrive d’ailleurs à la même conclusion.

Pour Marius Gilbert, la difficulté c’est de savoir si les écoles sont le réceptacle de la transmission qui se passe en dehors des écoles ou si les écoles sont la source de contamination vers l’extérieur.

On manque encore d’information sur leur rôle dans la transmission du virus

Il faut bien avouer qu’on manque encore de données importantes. On sait que les jeunes enfants sont moins susceptibles à l’infection (peut-être grâce à une immunité croisée, des anticorps développés face à d’autres virus), et qu’ils sont souvent moins malades, asymptomatiques. On sait aussi que leur susceptibilité augmente graduellement avec l’âge (d’où la mise en place de l’enseignement hybride à partir de la 3e secondaire). Mais quel est précisément leur rôle dans la transmission du virus ? Des études ont (enfin) été lancées sur ce thème, notamment en Belgique, afin de pouvoir remonter le fil des cas présents en milieu scolaire.


►►►A lire aussi : Coronavirus : les Belges se déplacent à nouveau et les courbes se "stabilisent" au lieu de diminuer


En attendant les résultats, Yves Van Laethem appelle ce mercredi encore une fois à la prudence : “Les contacts rapprochés entre les générations, et particulièrement entre les petits enfants et les personnes âgées doivent être évités au maximum. Au niveau des écoles, il faut s’assurer que toutes les mesures pour diminuer les transmissions soient prises de manière que cet impact soit réduit au maximum.”

 

Extrait du point presse du centre de crise du 09/12/2020 à ce propos

Point presse covid-19 du 09/12/2020 : a-t-on sous-estimé le rôle des enfants dans la transmission du virus ?

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