RTBFPasser au contenu
Rechercher

A-t-on le droit de taxer la prostitution? Relisez le chat

A-t-on le droit de taxer la prostitution? Chat avec Q. Deltour (Espace P)
30 janv. 2013 à 15:29 - mise à jour 31 janv. 2013 à 13:41Temps de lecture3 min
Par Julien Vlassenbroeck

Un procès-verbal de la police a constaté un cas de "proxénétisme" dans le chef des autorités de la commune de Schaerbeek. Un règlement communal, voté lors du conseil communal du 30 mai 2012. La taxe est fixée à 8200 euros par an et par salon de prostitution en vitrine. Une enquête a été ouverte par le parquet de Bruxelles.

"Une taxe injuste et dangereuse"

Cet épisode relance le débat sur le statut de la prostitution en Belgique. Au regard de ce dernier, a-t-on le droit de taxer spécifiquement les lieux de prostitution?

Pas vraiment selon Quentin Deltour qui parle de "taxe injuste et dangereuse. Si le but est de dissuader la prostitution, qu'on ne se leurre pas : elle ne dissuade personne. Les personnes qui ont fait le choix de se prostituer ont rarement une alternative sous le pied. La taxe ne fait donc que radicaliser les conditions de travail. La passe a un prix. Chaque taxe, c'est autant de clients en plus à faire. Il est normal que la profession soit taxée, et elle l'est déjà. Mais la tenue d'un bar ne doit pas faire localement l'objet d'une SUR-taxe. Avez-vous déjà vu un boucher taxé au mètre de façade, quand à côté le boulanger n'est pas taxé ? ".

Comme l'a fait remarquer un internaute, "si on taxe la prostitution, alors il faut que les prostituées bénéficient d'une manière ou d'une autre de plus de protection de la part des pouvoirs publics. Une protection sociale, économique, sanitaire etc.". Ce qui n'est pas le cas actuellement. "Nous réclamons cela depuis 25 ans qu'Espace P existe. Mais un certain puritanisme s'y oppose", explique pour sa part notre invité. 

Aux personnes qui avancent l'argument selon lequel la prostitution est contraire à la loi, il répond : "La prostitution n'est pas illicite. Elle n'est simplement pas "légalisée", c'est à dire qu'aucun texte ne l'organise spécifiquement. Mais pour ce qui est de percevoir les taxes et les impôts, l'Etat a tout moyen de considérer l'activité comme une profession et ne s'en prive pas. Seuls les droits ne suivent pas. Rien que des obligations"

"Elles ont un statut par défaut. La profession n'est pas reconnue en tant que telle mais d'autres professions subissent le même sort. Sauf que celle ci existe depuis des millénaires et que les autorités n'osent pas donner des droits aux personnes prostituées qui paient leurs impôts. C'est encore moralement trop dangereux du point de vue politique", précise-t-il. 

"Les nuisances ne se taxent pas, elles se négocient"

Quant à savoir si les nuisances suscitées par cette pratique, argument évoqué par le bourgmestre de Schaerbeek, justifient cette nouvelle taxe, il répond : "Les nuisances ne se taxent pas, elles se négocient. On fait des tables rondes pour trouver des modus vivendi et il y en a, c'est possible. Lorsqu'il y a une volonté politique de le faire. Taxer les bars et les serveuses ne réduira nullement les nuisances. Au contraire : il faudra plus de clients pour payer les taxes"

Le problème, selon Quentin Deltour, est que l'interdiction de la prostitution "séduit beaucoup de monde". Une "absurdité" car "si vous interdisez, vous n'avez solutionné aucune des causes qui poussent des milliers de personnes, hommes et femmes, à se prostituer. L'interdiction pose juste un voile. Mais l'activité continue à l'abri des trop grandes visibilités. Ce phénomène se vérifie partout où on interdit la prostitution : elle continue mais elle est plus en proie aux gangs, aux mafias, à la traites, aux proxénètes"

Au final, n'y aurait-il pas un peu trop d'hypocrisie dans le débat comme le signale Jean-Jacques Richard avec ce commentaire : "Pour moi, il y a une grande hypocrisie de la part de certains politiciens et autres qui utilisent leurs services et qui dans leur vie publique les combattent"

 

C. Biourge

Relisez le chat en cliquant ci-dessous. 

 

 

Loading...

Sur le même sujet

Suisse: "drive-in" du sexe, pour mieux contrôler la prostitution

Un "Eros center" à Schaerbeek: la demande de permis déposée

Regions

Articles recommandés pour vous