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À relire : "Tragic City Blues ", un polar sur fond de précarité

09 févr. 2022 à 13:17Temps de lecture2 min
Par Marcel Leroy

Marcel Leroy nous invite à lire ou relire un roman culte. On parle d’un roman de Didier Daeninckx, " Tragic City Blues". Un polar bref, réaliste, accrocheur. Sorti en 1987, il a décroché le prix Mystère de la critique.

L’histoire

Tragic City Blues est le récit d’une enquête, dans les années 80, centrée sur la bio d’une chanteuse à la mode, et d’une mort mystérieuse .

Un type qui écrit des romans refusés par les éditeurs survit en travaillant à la commande. En échange de la promesse de la publication d’un premier roman, il retrace la vie de Bianca B. Depuis son premier hit " Danse, oublie ", elle est célèbre.

L’écrivain désenchanté étudie la documentation qu’il a reçue. Bizarrement, la chanteuse vit toujours à Longrupt. Une ville de l’Est désertée par la sidérurgie, et par ses habitants. Ne demeurent que les plus fragiles. Bianca, qu’il veut rencontrer, reste en retrait. Pour avancer dans son récit, le narrateur se rend chez Prima Piovani.

C’est la jeune femme qui a signé les chansons du premier 45 tours de Bianca. Les mélodies du succès. Prima sera ensuite sauvagement assassinée. Qui a intérêt à l’éliminer ? Balancé en courtes séquences, le récit s’ouvre avec l’autopsie du corps de Prima. Avec Bianca, ces amies d’enfance ont fait partie d’un groupe de rock. Elles tournaient entre la Belgique, le Luxembourg et la France. Et Prima est devenue une star avec " Danse, oublie ", signée par Prima.
 

Didier Daeninckx est un auteur engagé

 

Il vise la marchandisation de la culture, la mise à mort des régions abandonnées par l’économie, parle des gens sans avenir face à la précarité. Ce roman vibre comme un air de blues. Le tempo est celui de Canned Heat : " On the road again ". Avec des collages d’images et de dialogues qui s’apparentent au style documentaire, avec ses héros et ses losers.

Longrupt est une ville imaginaire. Daeninckx a effectué un long repérage à Villerupt, en Meurthe-et-Moselle. En exergue du roman, il remercie les habitants de leur accueil. Les descriptions usent de mots qui cognent dur. Daeninckx a réussi à écrire la chanson " Danse, oublie ". Elle a tout ce qu’il faut pour forcer l’attention.

Daeninckx se montre poète quand il écrit ces lignes que je cite…

" Plus tard, après les écoles, un chemin de terre lentement tracé par la hâte coupait au plus court ".

Lentement tracé par la hâte !

Tout le bouquin est de cette trempe !

 

Né en 1949, Daeninckx publie sans relâche, des romans, scénarios de BD, de films, poèmes, essais…

Il a été imprimeur puis journaliste local avant de devenir un écrivain tout-terrain engagé à gauche toute. Cet anarchiste libertaire est antiraciste, antimilitariste, anticolonialiste, anticonformiste. Il cherche le débat, même sous haute tension. Ses romans interrogent l’histoire et la société. Avec ses livres il veut jeter des passerelles de fiction entre deux réalités. La vraie et celle des apparences…

" Meurtres pour mémoire ", dans la Série Noire, le révèle, en 1984. Quatre ans plus tard, " La mort n’oublie personne " confirme sa popularité. " Tragic City Blues " s’insère entre ces deux livres clés. Depuis l’œuvre a été saluée par une série de prix.

En 2012, il reçoit le Goncourt de la Nouvelle avec " L’espoir en contrebande ".

Lire Daeninckx, c’est écouter du blues en regardant la ville…

D’où peut-être, ce titre, " Tragic City Blues ".

 

 

"Tragic City Blues" de Didier Daeninckx

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