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A quelles taxes automobiles sera-t-on mangé?

L'Audi e-tron, fabriquée à Bruxelles, bientôt taxée en Wallonie ?
28 oct. 2019 à 10:56 - mise à jour 28 oct. 2019 à 10:562 min
Par Jean-Christophe Willems

Il y a quelques jours, un article de L'Avenir attirait mon attention. Il faut dire que qu'on y évoquait un sujet sensible qui refait surface régulièrement : la fiscalité automobile.

Depuis la régionalisation de cette matière, on sait que que la Flandre a complètement abandonné l'ancien système basé sur les chevaux fiscaux mais Bruxelles et Wallonie ont maintenu cette formule désuète. C'est-à-dire que jusqu'à une éventuelle future réforme, on calcule le montant de la taxe de mise en circulation (la TMC) et de la taxe de circulation annuelle en fonction de la cylindrée ou la puissance du moteur.

Pas question donc de tenir compte, comme en Flandre, de la norme européenne, du type de carburant et des rejets de CO2. En Wallonie et à Bruxelles, vous avez un gros moteur ou beaucoup de puissance : vous payez ! Même si votre nouvelle voiture est équipée de tous les systèmes de dépollution.

Une nouvelle idée qui entretient la confusion

Seuls véhicules qui peuvent encore échapper aux grosses taxes, les voitures électriques disposent d'une dérogation et ne sont soumises qu'aux plus petits montants. Mais le futur système de taxation, du moins au sud du pays, risque de chambouler la donne. Le ministre Henry propose de faire entrer dans le calcul deux nouvelles données : la masse et le rapport poids/puissance du véhicule. Ce qui signifie que les voitures électriques et hybrides seraient fortement pénalisées.

On estime en effet que près d'un tiers de la masse d'un véhicule électrique n'est dû qu'aux batteries. Même si leurs capacités augmentent continuellement, la technologie actuelle montre toujours ses limites. Pour un modèle existant en essence et en électrique, le surpoids pour cette dernière version est au bas mot de 200 kg. C'est aussi le cas pour les voitures hybrides rechargeables puisqu'elles cumulent deux types de moteurs, dont un nécessitant aussi des batteries. Alors qu'on exige des constructeurs qu'ils "verdurisent" leur parc de véhicule, en proposant toujours plus de voitures électriques, voici que la Région wallonne risque de taxer ce type d'engin.

Un très mauvais signal... pour l'instant

Même si la production d'un véhicule électrique est évidemment source de pollution, son utilisation est la plus propre, quoi qu'on en dise. Il n'y a aucun rejet polluant émanant du moteur. Bien sur, on peut évoquer les particules fines issues des freins ou des pneus ainsi que la pollution émise pour la production d'électricité (et encore, elle peut être "verte" également), mais on ne trouvera pas un gramme de CO2, ni le moindre atome d'oxyde d'azote. Et en zone urbaine, où sont concentrées les émissions nocives, c'est le plus important pour la santé des habitants.

Alors, il faudrait qu'on nous explique quel est le signal que veut donner la région. Plusieurs modèles de réforme de la taxation automobile ont été présentés l'an dernier par des experts de l'ULB et l'ULG. Aucun ne prévoit une baisse des recettes fiscales, on pouvait s'en douter, mais on n'imaginait pas une nouvelle taxe sur une catégorie pour l'instant épargnée et qui bénéficie d'ailleurs d'avantages financier aussi bien en Flandre qu'en France. 

Bon, à l'heure où  ces lignes sont écrites, rien n'est gravé dans le marbre. La nouvelle taxation est toujours en cours de négociation et les décisions ne devrait pas être prises avant 2021. D'ici-là, on continuera à payer uniquement sur base de la cylindrée et de la puissance, quelle que soit son degré de modernité  ou son niveau de dépollution. D'ici deux mois, c'est le salon de l'auto. On souhaite dores et déjà une bonne réflexion à ceux qui comptent acheter à ce moment.

Archives : Journal télévisé du 05/03/18

Voiture électrique / Moins chère sur le long terme

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