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Les Grenades

À quand un décathlon féminin pour un athlétisme égalitaire ?

À quand un décathlon féminin pour un athlétisme égalitaire ?
22 oct. 2019 à 08:18 - mise à jour 22 oct. 2019 à 08:18Temps de lecture3 min
Par July Robert

L’athlétisme est un sport aujourd’hui indistinctement pratiqué par les femmes et les hommes. Enfin, presque … Le décathlon, épreuve combinée de dix disciplines (sauts, courses et lancers) reste exclusivement réservé aux hommes. Tentative de décryptage.

L’athlétisme et les femmes

Il y a plus de 90 ans, aux Jeux Olympiques d’Amsterdam, le journaliste du Times écrivait " La finale du 800 mètres féminin a plutôt laissé l’impression que de telles courses ne devraient pas être organisées. La demi-douzaine de formes prostrées et manifestement épuisées ne justifierait peut-être pas une condamnation totale de l’athlétisme féminin, mais elles laissent certainement planer de désagréables possibilités. " Pourtant, les athlètes étaient simplement épuisées de leur course, la vainqueure ayant battu le record du monde. Mais le Comité Olympique International a décrété que le 800 mètres était une course bien trop dure pour les femmes et l’a immédiatement supprimée de son programme. La discipline n’est réapparue que 32 ans plus tard. D’autres épreuves ne se sont ouvertes aux femmes que bien plus tard : 1999 pour le lancer du marteau et le saut à la perche, 2005 pour le 3000m steeple et 2017 pour le 50 kilomètres marche.

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Le décathlon au centre de nombreux enjeux humains et financiers

Le décathlon reste la seule discipline exclusivement masculine en 2019. Les femmes, elles, disputent un heptathlon, équivalent d’un décathlon amputé du 400 mètres, du lancer du disque et du saut à la perche. Alors que l’IAAF a entériné la décision d’introduire un décathlon féminin en 2001, celui-ci reste une discipline mineure exclue de tous les grands championnats. Seules quelques passionnées s’y adonnent, mais elles restent très marginales. En Belgique, mention spéciale à Vincent Delcros, entraîneur à Huy qui tente de former ses filles au décathlon. Pour lui, il n’y a aucune raison qu’elles se contentent d’épreuves combinées non-abouties. Une de ses athlètes, Cassandre Evans a récemment battu le record de Belgique de la discipline avec un total de 6577 points ! 

L’argument historique de la prétendue faiblesse physique des femmes et de leur incapacité à fournir certains efforts n’est plus le seul obstacle à la généralisation de l’épreuve. Les instances sportives sont particulièrement réticentes pour des questions financières ainsi qu’organisationnelles. L’ajout de trois épreuves à l’heptathlon provoquerait un remaniement complet des plannings des compétitions avec tous les enjeux, notamment budgétaires et télévisuels, que cela impliquerait. Elles ne sont pas enclines à investir leur énergie dans ce changement, d’où le statu quo qui dure depuis près de vingt ans. Statu quo également (et malheureusement, aurait-on envie de dire) privilégié également par plusieurs heptathloniennes qui verraient d’un mauvais œil la transformation de leur discipline. L’introduction d’une épreuve telle que le saut à la perche, extrêmement technique, les contraindrait à tout reprendre à zéro. Et menacerait donc leur carrière. Qui dit introduction du décathlon dit disparition de l’heptathlon. Il n’est effectivement pas envisageable d’organiser trois épreuves combinées. L’apprentissage de trois nouvelles disciplines et leur introduction dans leur programme les forcerait à adapter leurs entraînements, leurs programmes et en handicaperait sûrement plus d’une. 

La championne olympique, championne d’Europe et championne tout court Nafissatou Thiam laisse la question ouverte, mais ne dit finalement pas autre chose : "L’heptathlon et le décathlon, ce sont deux épreuves différentes et ça me ferait un peu mal que l’on raye l’heptathlon comme ça. Ce serait tout un pan de l’histoire de l’athlétisme qu’on effacerait. Après, ajouter un décathlon pour les femmes, pourquoi pas ?"

Une chronique de July Robert, traductrice et autrice

"Les Grenades-RTBF" est un projet soutenu par Alter-Egales (Fédération Wallonie Bruxelles) qui propose des contenus d'actualité sous un prisme genre et féministe. Le projet a pour ambition de donner plus de voix aux femmes, sous-représentées dans les médias

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