RTBFPasser au contenu

Medias

"A perdre la raison" de Joachim Lafosse bouleverse La Croisette

Joachim Lafosse sur une terrasse de La Croisette à Cannes
22 mai 2012 à 21:24 - mise à jour 23 mai 2012 à 04:503 min
Par Céline Biourge

Applaudi à deux reprises lors de la projection de presse, ce long métrage, qui s'inspire directement de l'affaire Lhermitte, n'a laissé personne indifférent. Progressivement et intelligemment, Joachim Lafosse parvient à nous embarquer dans cette histoire d'infanticide qui a marqué la Belgique en 2007.

Il nous livre, sans jugement et tout en restant sobre, quelques pistes pour tenter de comprendre l'inimaginable. Une réussite que le réalisateur doit en grande partie à Emilie Dequenne. La "Rosetta" des frères Dardenne y est littéralement époustouflante.

Un film pour sortir du traumatisme

C'est à peine deux heures après la projection que nous rencontrons Joachim Lafosse sur une terrasse de La Croisette. D'entrée de jeu, il revient sur ce qui l'a poussé à se lancer dans l'aventure.

"J'étais au volant de ma voiture et j'ai entendu cette histoire dont je me suis inspiré et j'ai été bouleversé. J'étais dans l'effroi, cela m'a presque fait peur, je ne comprenais pas. Puis j'en ai parlé avec mes copains, ma femme et le mot qui revenait tout le temps était incompréhensible, impensable".

Il en a donc parlé avec ses deux co-scénaristes, Matthieu Reynaert et Thomas Bidegain. "On s'est demandé s'il n'y avait pas moyen de faire un film pour essayer de rendre ça un peu plus compréhensible, un peu plus imaginable (...) et finalement, pendant 4 ans, on a essayé d'inventer, d'écrire, de faire vivre des personnages qui permettraient au public d'être ému et de peut-être comprendre un peu". En d'autres termes, il voulait "faire réfléchir sur ce qui peut pousser une mère de famille à perdre la tête".

Pour Joachim Lafosse, "c'est très important d'oser regarder les actes monstrueux de face. Sans quoi, on risquerait de les voir se reproduire. Malheureusement, il y a eu des infanticides avant l'affaire Lhermitte, il y en aura après, c'est terrible, mais peut-être que le cinéma peut permettre à travers le sens qui se dégage de sortir du traumatisme. Parce que rien que d'imaginer qu'une maman peut tuer ses enfants est déjà un traumatisme en soi. Donc si le cinéma peut faire penser, réfléchir à ça , c'est peut-être pas une si mauvaise chose que ça".

Une histoire d'amour avant tout

"Comme dans toutes les tragédies", dit-il, "c'est avant tout une histoire d'amour". "Tous les personnages ont des bonnes intentions, ils n'ont pas envie que cela se termine comme ça. Ils sont plutôt aimant, ils sont très généreux, voire trop généreux et c'est par cette succession de limites dépassées, de refus de la distance, de cadeaux trop grands, de petites transgressions, que le drame, petit à petit s'instaure et en fait cela les dépasse et moi cela m'intéresse de filmer ça".

Le choix d'Emilie Dequenne, "une évidence"

Le choix d'Emilie Dequenne pour incarner la maman infanticide lui a paru comme une évidence. "Ce que je ne savais pas, c'est qu'elle allait s'emparer du personnage comme ça (...) Là j'ai été bouleversé, j'ai été spectateur de mon film".

Un avis partagé par Tahar Rahim, le mari de Murielle (Emilie Dequenne) à l'écran. Pour l'acteur français, doublement césarisé pour son rôle dans "Un Prophète" de Jacques Audiard,  Emilie Dequenne "est superbe dans le film. Ce qu'elle a fait, c'est très très fort. J'en m'en étais rendu compte au tournage mais encore plus en découvrant le film. Et non seulement, elle est l'actrice qu'elle est, superbe comme je vous l'ai dit, mais aussi quelqu'un de très très bien humainement. C'est une superbe camarade de jeu plus une superbe camarade de plateau".

Un Joachim Lafosse soulagé

Travailler sur ce film a coûté deux ans et demi d'écriture à Joachim Lafosse et ses co-scénaristes, sans compter le reste. Aujourd'hui, c'est donc pour lui un "soulagement de voir que le film bouleverse le public, qu'il a du souffle, que les gens le voient comme un vrai film de cinéma. C'est sûr que cela a été une période de ma vie intense et je m'en souviendrai. Voilà, on ne peut pas faire un film comme ça pendant 4 ans sans être en psychanalyse, cela aide", conclut-il.

 

C. Biourge

Cannes : présentation et réaction au film de Joachim Lafosse, "A perdre la raison"

Pour voir ce contenu, connectez-vous gratuitement

Sur le même sujet

17 déc. 2012 à 19:33
1 min
03 nov. 2012 à 16:30
2 min

Articles recommandés pour vous