A Nice, le risque que la peur envenime les tensions entre citoyens

A Nice, le risque que la peur envenime les tensions entre citoyens

© VALERY HACHE - AFP

30 oct. 2020 à 09:20 - mise à jour 30 oct. 2020 à 09:20Temps de lecture3 min
Par AFP

"Si les gens commencent à se braquer, on ne va pas s’en sortir": l’inquiétude tenaille de nombreux Niçois après l’attaque qui a fait trois morts, au cœur d’une ville comptant une forte communauté tunisienne, la nationalité du meurtrier présumé.

 Nice, la population musulmane est très importante, et beaucoup de gens font l’amalgame, c’est regrettable", explique Katia Albouy, 71 ans, ancienne joaillière, en confiant son "effroi" à l’AFP.

Sur fond de tension entre la France et une partie du monde musulman depuis la publication de caricatures du prophète et la décapitation d’un enseignant, elle craint que cette nouvelle attaque "créé des haines" dans une ville abritant une large diaspora tunisienne. Diaspora dont était issu l’auteur de l’attentat du 14 juillet 2016, avec ces 86 morts sur la Promenade des Anglais, mais aussi certaines de ses victimes.

Éviter les lieux religieux, dans l’immédiat

Élégante vieille dame, Mme Albouy se rendait parfois à Notre-Dame de l’Assomption, la basilique théâtre de l’attaque de jeudi, dans ce centre à la fois cosmopolite, commerçant et touristique. Maintenant, elle a "un peu peur" et prévoit d'"éviter les lieux religieux, dans l’immédiat".

Quand il a entendu les informations jeudi matin, le recteur de la grande mosquée ar-Rahma (La Miséricorde) de Nice a aussi eu peur : "Peur que ce soit quelqu’un qui ait fréquenté notre mosquée, peur que cela mette par terre 27 années de prêches. Mais Dieu merci, c’est quelqu’un qui était arrivé à Nice il y a quatre jours !"

"Avec pas loin de 100.000 musulmans, dont un tiers de Tunisiens", les Alpes-Maritimes hébergent une large communauté originaire des pays du Maghreb, explique Otmane Aissaoui, cet imam : "Mais aujourd’hui, je me sens chrétien, je me vois chrétien, parce qu’on a touché à l’intime conviction d’un homme, d’une femme".

Sauvegarder le vivre ensemble

Comme beaucoup de Niçois, Jean-Marie Deray, 58 ans, se hâtait jeudi pour faire ses emplettes avant le reconfinement. "Inquiet" certes, "face à cet ennemi invisible", il a entendu certains élus "parler de mettre fin à la paix, de partir en guerre". Et il s’interroge : "Oui, il faut qu’on soit protégé, mais on ne doit pas augmenter les fractures entre les communautés".

Pour Myriam D’Aleo, lycéenne de 18 ans, musulmane mais non pratiquante, "c’est sûr, les musulmans vont se faire lyncher sur les réseaux sociaux". Sa mère est Marocaine, son père Italien, elle est dans un lycée catholique : "Je ne me sens pas concernée, mais les personnes voilées vont vraiment le ressentir".

"À Nice, ça fait ressurgir des choses", commente une jeune femme de 25 ans, en préférant rester anonyme pour ne pas mettre en porte-à-faux son employeur : "Mais si les gens commencent à se braquer, on ne va pas s’en sortir".

Amalgames

"Ça rappelle 2016 et le 14 juillet, mais il faut être intelligent", renchérit Virginie, 37 ans, aide à domicile, qui se presse, accompagnée de son fils, et accepte seulement de donner son prénom.

"Les crispations identitaires sont hyperexacerbées. Et franchement je suis inquiète", plaide Feiza Ben Mohamed, fondatrice de la Plateforme des musulmans de Nice et correspondante locale de l’agence de presse turque Anadolu : "ça s’envenime et je ne vois pas d’issue, on a l’impression de revivre le cauchemar de 2015-2016, quand on pouvait s’attendre à un attentat à tout moment".

"J’ai l’impression qu’on rentre tous dans une logique de division pas rassurante", estime Me Sefen Guez Guez, avocat niçois intervenu à plusieurs reprises pour le Comité contre l’islamophobie en France (CCIF), association dans la ligne de mire du gouvernement et menacée de dissolution.

Jeudi soir, alors que quelques dizaines de bougies lançaient leurs petites lumières, face à la basilique, en hommage aux trois victimes, la tension était déjà là.

Vers 20h00, environ 200 manifestants identitaires, regroupés derrière un drapeau de "Nissa", ont largement affiché leur fierté d’être "Niçois, Français et Européens": "On est chez nous ! Niçois, réveillez-vous ! L’islam dehors !", ont-ils scandé, en parcourant les quelque 500 mètres entre la basilique et la place de la Libération.

 

Attentat de Nice : réactions et enquête

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