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La passion selon...

A l’origine de Blanche-Neige, le conte populaire russe Snégourotchka, mis en musique par Rimski-Korsakov

Snégourotchka, toile de Viktor Vasnetsov.
07 janv. 2022 à 13:593 min
Par Xavier Falques

L’hiver, plus que les autres saisons, offre une multitude d’interprétations et d’expressions artistiques allant du calme à l’agitation, de l’introspection à l’exploration, du noir au blanc… Xavier Falques remonte à l’origine du conte de Blanche-Neige, vers les légendes et contes populaires russes.

Lorsqu’on évoque Blanche-Neige, il nous est impossible de penser à autre chose qu’au premier long-métrage d’animation du studio aux grandes oreilles. Elle a été tant popularisée par Disney que cette jeune fille aux cheveux noirs accompagnés de ses sept nains nous apparaît à l’esprit comme une évidence. Mais si Xavier Falques nous parle de Blanche-Neige, il n’est pas question de reine aigrie, pas de nains émotifs, pas de sorcière à pustule, ni même de pomme empoisonnée. Il évoque plutôt la Blanche-Neige des légendes et des contes populaires russes importés en Francophonie par les traductions de Louis Léger au XIXe siècle. Mais qui est donc cette blanche neige ?

Métaphore de la mort de l’enfance ou héroïne du nationalisme artistique

Sous la plume de Léger, il s’agit d’une jeune fille de neige fabriquée par deux paysans n’arrivant pas à avoir d’enfants. À peine sculptée, la jeune fille prend vie et est accueillie comme un miracle par le couple. Elle grandit vite, de jour en jour, si bien qu’à la fin de l’hiver elle semble avoir 13 ans. Après avoir été prise d’une langueur inexplicable durant le printemps, elle est invitée, le jour de la Saint-Jean, à jouer dans les bois avec les autres filles du village. Au coucher du soleil, les villageoises allument un feu et s’amusent à sauter par-dessus, mais arrivé le tour de Blanche-Neige, celle-ci a disparu. Alertés, tous imaginent le pire… Mais il ne s’agit ni de fuite ni de bête sauvage. En réalité, quand Blanche-Neige s’est mise à courir avec ses compagnes, elle s’est tout à coup évanouie en une légère vapeur, en un nuage transparent, et elle s’est envolée vers les hauteurs célestes. Il s’agit chez Léger d’une métaphore, non pas du passage de l’hiver à l’été, mais plutôt de l’enfance à l’âge adulte.

Pourtant dans sa traduction, Léger laisse de côté tout un pan de la légende, celle que l’on connaît mieux sous le nom de Snégourotchka ou "la fille de l’hiver", jeune fille que l’on peut voir tout habillée de bleu aux côtés du Grand-Père Gel, l’équivalent, mutatis mutandis, de notre Père-Noël. Dans cette légende Snégourotchka n’est pas née uniquement de la neige. Elle serait plutôt le fruit de l’hiver et du printemps.

Snégourotchka de Rimski-Korsakov

Dans la seconde moitié du XIXe siècle, on trouve dans les arts russes une volonté de marquer un nationalisme artistique. En peinture, on le retrouve dans les sujets religieux, des sujets de la vie quotidienne ou encore des portraits de peintres et de musiciens. Mais comment mieux représenter son art national qu’en s’emparant du folklore.

Le peintre Viktor Vasnetsov, par exemple, se concentre sur des sujets légendaires et mythologiques, parmi lesquels évidemment celui de Snégourotchka. Il en fait un tableau célèbre, dans lequel on décèle plein de tension tant dans le regard de la jeune fille que dans le flou des arbres. Cette tension va être contrebalancée par une pose figée, comme si d’un coup la jeune fille s’était arrêtée de bouger, une tension qui est soutenue par le manteau de neige qui recouvre tout le premier plan. Ce même Vasnetsov va réaliser les décors et les costumes de Snegourotchka de Rimski Korsakov, opéra en quatre actes qui avait été mis en musique par Tchaïkovski quelques années auparavant.

L’opéra de Rimski-Kosrsakov sur un livret d’Ostrovsky se trouve à la croisée de la légende populaire et du conte rapporté en France par Léger. Il est surtout l’occasion de mettre sur le même plan une musique russe idéalisée et une musique russe franchement populaire, tout en gardant un aspect profondément descriptif.

Alors métaphore de la mort de l’enfance ou héroïne du nationalisme artistique, notre Blanche-Neige est bien loin de la princesse en fuite.

Les couleurs de l'hiver

Blanche-Neige et Snégourotchka de Rimski-Korsakov

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