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[A LIRE] Nathacha Appanah : C'est beau, parfois dur et souvent triste, mais toujours beau

[A LIRE] Nathacha Appanah : C'est beau, parfois dur et souvent triste, mais toujours beau
08 nov. 2021 à 06:402 min
Par Myriam Leroy

En attendant le 10 novembre 21h et le coup d’envoi de la 5ième Nuit des écrivains, Myriam Leroy nous brosse le portrait des 6 invité.e.s qui partageront avec nous et avec vous 4 heures en public au 140 et en direct sur La Première. Aujourd'hui : Nathacha Appanah.

 

C'est une écrivaine aussi discrète que remarquée. Elle ne fait aucun tapage et pourtant à chaque sortie de livre, elle est acclamée.

Il y a une petite musique très singulière dans les romans de Nathacha Appanah, un flow, un flux, ça coule comme l'eau d'une rivière, alternant les grondements et les gazouillis. Il y a une lumière dans ses textes, c'est difficile à expliquer, c'est une sorte d'atmosphère, toujours à la lisière du merveilleux, du fantastique, de l'onirique, mais, et allez comprendre comment elle fait ça, toujours réaliste.

Nathacha Appanah est une styliste. Ses phrases ont l'équilibre parfait des tableaux de maître : comme elle vient de l'île Maurice et qu'elle situe quelquefois ses histoires sous des latitudes plus luxuriantes que les nôtres, on serait tenté d'y voir du Douanier Rousseau, mais un Douanier Rousseau qui aurait absorbé les figures tourmentées d'un Jérôme Bosch.

Disons-le un peu platement pour faire simple, ce que Nathacha Appanah écrit, c'est beau. Parfois dur et souvent triste, mais toujours beau.

La preuve par ses mots, issus de son nouveau roman, Rien ne t'appartient, où, quand s'explique enfin le titre, le lecteur sent dans son ventre s'envoler des centaines de papillons noirs.

Voici comment elle écrit l'amour, Nathacha Appanah :

Le garçon s’approche, son visage s’éclaire quand il passe sous le halo de l’ampoule, des ombres traversent ses traits, je ne sais pas ce qu’elles signifient ni d’où elles viennent mais elles ne me font pas peur.

Il vient s’asseoir à côté de moi et je sens son odeur de propre, ses vêtements ont été lavés il n’y a pas longtemps, son corps a connu un savon au citron, ses cheveux sont doux et fins comme la pointe d’un millier d’herbes folles sous le vent.

Il me tend sa main et je ne savais pas que j’avais une si grande faim. C’est une danse peut-être qui, telle la BARATANA THIAM, ne peut être réellement exécutée qu’à partir du moment où tous les adavus sont maîtrisés mais ici, je ne sais qui est le professeur qui est l’élève, je ne sais si le jour fait naître des variations et la nuit des désirs. Lui aussi me suce les doigts mais préfère mes lèvres.

Moi, qui suis sans voix depuis des mois, découvre que ma langue est, dans sa bouche, avide de parler, de raconter et d’apprendre d’autres langages.

Nathacha Appanah a frôlé le Goncourt en 2016 avec Tropiques de la violence, et à la place, elle a eu des tas d'autres prix, le Fémina des Lycéens, entre autre, pour ce livre racontant l'enfer derrière la carte postale, à Mayotte, une île où elle a vécu 2 ans. Nathacha Appanah est aussi journaliste et chroniqueuse pour la presse écrite, et si elle fait du beau, elle fait aussi et surtout du vrai.

 

 

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