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A lire : Grégor Péan - La seconde vie d’Eva Braun

Eva Braun et Adolf Hitler au Berghof le 14 juin 1942
17 févr. 2022 à 05:55 - mise à jour 17 févr. 2022 à 05:55Temps de lecture3 min
Par RTBF La Première

Et si Eva Braun n’avait pas suivi Hitler dans son suicide ? C’est le point de départ du roman de Grégor Péan, qui pose aussi cette question : à quelle existence a-t-on droit quand on a partagé la vie de l’un des plus grands criminels de tous les temps ?

19 avril 1945. L’Armée rouge marche sur Berlin. Adolf Hitler et Eva Braun sont réfugiés dans leur bunker. La fin de règne approche.
Hitler a déjà planifié son suicide, mais pourquoi Eva, sa douce ingénue, devrait-elle subir le même sort ? Le Führer orchestre alors la fuite de sa maîtresse. Et rien ne se passera comme prévu…

Grégor Péan publie La seconde vie d’Eva Braun (Ed. Robert Laffont)

Le suicide comme échappatoire

Avec son père, le journaliste d’investigation Pierre Péan, disparu en 2019, Grégor Péan avait déjà travaillé sur la mécanique nazie, pour leur livre Comme ils vivaient, sur la disparition des Juifs de Lituanie.

Il a voulu se servir de ce matériau pour en faire une histoire, autour du thème du suicide de ceux qui ont été impliqués dans le crime nazi, une manière de fuir leurs responsabilités.

"Cette maîtresse, qui a joué les maîtresses de maison à Berchtesgaden, je me suis dit que ce n’était pas mal pour moi d’aller la chercher, de la sortir de son suicide, de cette facilité, pour dérouler cette histoire à ma façon."

"Tout pourrait être possible"

Pour être 'crédible', il était important de passer par un travail historique précis, de recherche et de cohérence. C’est sur cette base que Grégor Péan a bâti son histoire, depuis la rencontre, fin des années 20, entre cette vendeuse dans un magasin de photo et celui qui allait devenir le futur chancelier du IIIe Reich, jusqu’à l’arrivée de l’armée russe aux portes de Berlin, en avril 45. Et c’est là que le livre bascule.

Même si je lui fais vivre des choses non réelles, je pense que tout pourrait être possible. Et c’était ça l’enjeu du livre.

Et effectivement, tout ce qui arrive à Eva Braun, à partir de sa fuite rocambolesque orchestrée par Hitler, semble plausible.

Les paillettes du pouvoir

Eva Braun est une jeune fille de son époque, un peu midinette, fascinée par les paillettes et les films de Hollywood. Hitler va lui donner un ticket d’entrée vers un autre monde, de pouvoir, de luxe et peut-être d’accès au cinéma.

"Et soudain, un homme politique s’intéresse à elle, un homme qui a ses entrées partout, qui a du pouvoir, il va à l’opéra, et elle est fascinée par ce qui pourrait ressembler à ce monde de paillettes. Même si Hitler n’est pas du tout le représentant ni de Hollywood évidemment, ni des paillettes. Il se présente comme un ascète, il est contre cette culture de la décadence. Mais il flirte avec le pouvoir et cela séduit totalement Eva Braun."

Hitler et les femmes

Les relations qu’entretient Hitler avec les femmes sont marquées par une volonté extrême de possession. Il est obsessionnel, jaloux. Son histoire tragique avec sa nièce Geli Raubal, qui habitait chez lui et s’est donné la mort à 17 ans, pose toujours question.

Eva Braun comprendra au fil des années qu’il faut être sa chose, dire oui à tout, exécuter ses ordres, ne jamais parler politique, ne jamais succomber aux tentations. C’est ce qui lui offrira un terrain de grâce et lui permettra de tenir.

Elle fera une tentative de suicide pour s’assurer son attachement. Il y sera sensible, et même si elle est fort jeune, elle sera un port d’attache pour lui.

Quand le destin bascule

Grégor Péan a tendance, au départ, à présenter Eva Braun comme une petite idiote. Et en effet, l’Histoire montre qu’elle n’a rien compris à ce qui s’est passé. Elle est la maîtresse du plus grand meurtrier du 20e siècle et elle va tourner des films à Berchtesgaden, danser, faire des galipettes au bord du lac…

"Mon hypothèse de travail sur Eva Braun, c’était de partir de quelqu’un qui n’a pas grand-chose dans la tête, qui est aveuglée par le pouvoir. Et on va voir ce qui se passe une fois qu’on l’a dépouillée de ses oripeaux. Après la chute du IIIe Reich, l’idée de la faire vivre et de la dépecer de tout était une expérience presque intellectuelle. Qu’est-ce qui reste ? Est-elle toujours cette petite sotte qu’elle a été pendant 15 ans ? Va-t-elle se mettre à réfléchir ? C’était l’un des grands fils rouges du livre."

Grégor Péan ne la ménage pas, mais c’est pour mieux la considérer comme un être humain.

"On est tous des êtres humains et on peut être parfois aveuglés par le pouvoir, on peut être plus ou moins. Je voulais prolonger ce destin pour savoir ce qui se passerait après, sans rien, sans Hitler, sans les dignitaires nazis qui la flattent, sans Berchtesgaden, sans le pouvoir."

Le livre questionne notre humanité et notre rapport aux monstres. Doit-on s’acharner sur les monstres qui ont tout perdu ? Grégor Péan ne donne pas de réponse, parce qu’il n’a pas de réponse. Mais par ce livre, il humanise Eva Braun.

Ecoutez…

Le Mug d'ouverture

Grégor Péan pour son roman « La seconde vie d’Eva Braun »

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