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[A LIRE] Daniel Pennac : l'auteur rêvé pour ceux qui aimeraient lire mais qui n'y arrivent pas

[A LIRE] Daniel Pennac : l'auteur rêvé pour ceux qui aimeraient lire mais qui n'y arrivent pas
09 nov. 2021 à 06:402 min
Par Myriam Leroy

En attendant le 10 novembre 21h et le coup d’envoi de la 5ième Nuit des écrivains, Myriam Leroy nous brosse le portrait des 6 invité.e.s qui partageront avec nous et avec vous 4 heures en public au 140 et en direct sur La Première. Aujourd'hui : Daniel Pennac.

Tout le monde a lu au moins un Pennac dans sa vie, il fait partie de ces auteurs que les professeurs distribuent à leurs classes depuis le début des années 80, de ces écrivains estimés par les amoureux de la langue et apprécié par ceux à qui celle-ci donne de la peine. Daniel Pennac aussi fut prof.

Daniel Pennac c'est un mélange de simplicité et d'exigence stylistique, de candeur et de gravité, d'humour et de précision, c'est l'auteur rêvé pour ceux qui aimeraient lire mais qui n'y arrivent pas.

Il leur a d'ailleurs consacré un de ses livres les plus lus, à ces lecteurs contrariés, à ces usagers du livre complexés, ceux que les parents et les enseignants ont puni de ne pas lire, à qui l'on promettait orthographe et culture si seulement il s'astreignaient à quelques pages quotidiennes. Ce livre s'appelle Comme un roman.

À l'école, Pennac fut un cancre, et c'est pour ça qu'il s'adresse si bien à ceux qui ne peuvent se prévaloir de ce curriculum invisible, comme on dit maintenant, cet ensemble d'aptitudes non-innées à décrypter l'implicite, cette capacité à se couler dans le moule scolaire. C'est un auteur authentiquement travaillé par une conscience sociale, qui estime que rêver, c'est vivre déjà.

Dans Comme un roman, il édicte LES DROITS IMPRESCRIPTIBLES DU LECTEUR, pour en finir avec les dogmes : Ils sont au nombre de dix, parmi lesquels, Le droit de ne pas lire, Le droit de ne pas finir un livre, Le droit de lire n’importe quoi.

Avec un précepte qui traverse toutes ces lois : ne pas forcer la curiosité.

Comme un roman a été écrit en 1992, à une époque où la principale gageure n'était pas le temps d'écran. Car aujourd'hui on lit, oui, tout le temps, mais rarement des romans.

La gloire de Pennac, c'est la saga Malaussene, inaugurée en 85 avec Au bonheur des ogres dans la série noire de Gallimard. Et de temps en temps, une incursion dans des genres plus osés, comme ce Journal d'un corps, en 2012, où il regarde vieillir son personnage, oserait-on dire son double.

" Cette petite tache de café sur le dos de ma main, pendant que j’écris. Un brun très dilué. Je la nettoie du bout de l’index. Elle résiste. J’y ajoute de la salive, elle tient bon. Une tache de peinture ? Non, l’eau et le savon n’y font rien. La brosse à ongles pas davantage. Je dois me résoudre à l’évidence : ce n’est pas une tache sur ma peau, c’est une production de ma peau elle-même. Une marque de vieillesse, remontée des profondeurs. De celles qui parsèment les vieilles figures et que Violette appelait des fleurs de cimetière. Depuis quand a-t-elle poussé là ? Que je signe des papiers au bureau, que je mange ou que j’écrive ici à ma table, le dos de ma main est presque constamment sous mes yeux et je n’ai jamais remarqué cette tache ! Ce genre de fleur ne pousse pourtant pas d’une seconde à l’autre ! Non, elle s’est immiscée dans mon intimité sans éveiller ma curiosité, elle a tranquillement fait surface et pendant des jours je l’ai vue sans la voir. Aujourd’hui, voilà qu’un état particulier de ma conscience me la montre vraiment. Beaucoup d’autres fleuriront en douce et bientôt je ne me souviendrai plus à quoi ressemblaient mes mains avant les fleurs de cimetière. "

En 2020, Daniel Pennac a publié La Loi du rêveur. Il a 76 ans.

 

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