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[A LIRE] Christine Aventin : "Elle n’est pas là pour être aimée, elle est là pour tout faire péter"

[A LIRE] Christine Aventin : "Elle n’est pas là pour être aimée, elle est là pour tout faire péter"
05 nov. 2021 à 06:403 min
Par Christian Rousseau

En attendant le 10 novembre 21 heures et le coup d’envoi de la 5e Nuit des écrivains, Myriam Leroy nous brosse le portrait des 6 invité.e.s qui partageront avec nous et avec vous 4 heures en public au 140 et en direct sur La Première. Aujourd’hui : Christine Aventin.

C’est difficile de décrire Christine Aventin parce que pour elle plus encore que pour les autres écrivains, les mots ont un sens, une importance, une incidence.

Elle réclame une extrême précision, un grand sérieux, elle réfute les clichés et les lieux communs, à l’image de l’exigence qu’elle se met elle-même dans le travail.

Alors essayons d’être exacts.

Christine Aventin est belge. En 1988, A 16 ans, elle habite Crisnée en région liégeoise, et devient du jour au lendemain la coqueluche des médias et du monde des lettres pour un roman dont elle n’aime pas qu’on lui reparle, Le cœur en Poche. Une histoire de prostitution, de milieux interlopes parisiens, qui rejoue en plus glauque le Bonjour Tristesse de Françoise Sagan.

A l’époque, on présente Christine Aventin comme la Sandra Kim des lettres.

Mais ce roman, c’est un coup monté, par son père essentiellement, et une prise d’otages, voilà la jeune Christine animal de foire, obligée de transformer l’essai.

Toute cette partie-là de sa vie, elle préfère l’oublier.

Et elle SE fait oublier, jusqu’à un retour en littérature où elle devient authentiquement elle, en 2001, avec Le désir demeuré, roman au cœur duquel siège une morte, Laurine, l’absente qui hante les solitudes. Un texte complexe, qui sera réédité quelques années plus tard, dans une version remaniée, simplifiée par l’autrice.

Mais c’est un statement, une profession de foi, l’annonce d’une radicalité, radicalité à la fois intellectuelle, artistique et politique. Christine Aventin est un personnage singulier dans notre paysage, en Belgique ils et elles ne sont pas nombreux comme elle, à écrire en dépit des dogmes, des goûts de l’époque, de la nécessité de vendre et de se vendre.

Sa démarche est d’une intégrité qui laissera des lecteurs sur le carreau et en attachera d’autres à jamais. Beaucoup lui vouent un culte discret.

Dans l’œuvre qui suivra, Aventin creusera avec beaucoup de cohérence son sillon, féministe, anticapitaliste, queer, révolutionnaire. Elle n’est pas là pour être aimée, elle est là pour tout faire péter.

En 2017, elle remporte le prix quinquennal de l’essai de la Fédération Wallonie-Bruxelles avec un livre consacré à la cinéaste Catherine Breillat, ou plutôt, consacré à ce que lui fait le cinéma de Catherine Breillat, qui s’obstine lui aussi à parler de sexualité.

Un passage de cet essai-fiction dit : " Dans ce mime quotidien de la mort par lapidation qu’est pour moi l’écriture d’un livre, je me mets seule en scène, telle est ma loyauté. Et je fais vœu de sincérité exhaustive, avec cette algophilie particulière qui consiste à penser que les aveux les plus difficiles contiennent une vérité qu’aucune autre histoire ne pourra rencontrer. Pourtant mon travail ne consiste pas en l’exhibition masochiste de mon être, mais bien au contraire en la destruction salutaire de ce qui se fait en moi passer pour moi. Je suis ce qui restera quand j’aurai tout écrit. "

Cette année Christine Aventin a sorti Féminispunk, aux prestigieuses éditions Zones. C’est un livre où elle affirme encore son regard sur le monde et sa nécessaire mise à sac à travers le personnage de Fifi Brindacier. C’est la puissance des filles qui explose dans Féminispunk.

Et à côté de ça, Christine Aventin scande aussi leur solitude et leur douleur avec Scalp, un recueil de poèmes qui évoquent la trépanation qu’elle a subie. Pendant qu’elle écrivait Féminispunk, à cause d’une otite, Christine Aventin a frôlé la mort. Chez elle, le corps, qu’il souffre ou qu’il jouisse, est toujours à la limite du point de fusion.

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