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[A LIRE] Adeline Dieudonné : une fille du BéWé devenue une star

[A LIRE] Adeline Dieudonné : une fille du BéWé devenue une star
03 nov. 2021 à 06:403 min
Par Myriam Leroy

En attendant le 10 novembre 21h et le coup d’envoi de la 5ième Nuit des écrivains, Myriam Leroy nous brosse le portrait des 6 invité.e.s qui partageront avec nous et avec vous 4 heures en public au 140 et en direct sur La Première. Aujourd'hui : Adeline Dieudonné.

 

Parfois le train du succès prend son temps avant d'arriver en gare. Celui qu'a pris Adeline Dieudonné semble en tout cas parti à présent pour un voyage sans frontières.

C'était une comédienne ratée (c'est elle-même qui l'a dit), une comédienne qui cumulait petits boulots et grandes déconvenues, et qui à côté, écrivait, des formes courtes, des nouvelles. Il y avait des gens qui la lisaient, qui en disaient du bien. Certains venaient la voir jouer sur de toutes petites scènes bruxelloises, des textes personnels, et le bouche-à-oreille était plutôt bon, mais plutôt bruxellois.

Et puis deux fées se sont penchées sur son cas, un romancier, Thomas Gunzig, rencontré dans un café, qui est devenu son premier supporter, son sparring partner et agent improvisé. Et Stéphane Levens, qui travaillait comme attachée de presse dans le milieu de l'édition, avait ses entrées, et avait elle aussi été séduite par le premier jet d'un texte ambitieux de cette grande jeune femme nature, d'ascendance bourgeoise mais pas snob pour un sou, le genre à faire des cumulets dans les jardins plutôt qu'à boire le thé le petit doigt levé. Le genre engagé.

Ce texte, qui sera bientôt apporté à une petite et ambitieuse maison d'édition parisienne, L'iconoclaste, c'est La Vraie Vie. Tout le monde connaît la suite : l'adoubement par Amélie Nothomb, des prix littéraires comme s'il en pleuvait, des traductions dans plus de langues qu'il n'en existe dans le monde, des ventes à faire se rouler par terre Michelle Obama et l'amour des caméras : En 2018, instantanément, Adeline Dieudonné, fille du BéWé est devenue une star.

Car son premier roman est une bombe dans un genre qui ne se faisait pas beaucoup chez nous, le conte cruel, violent et merveilleux, entre candeur et horreur, fascinant les ados comme les adultes, luxuriant de personnages, de trouvailles, et surtout, de scènes.

C'est peut-être pour ça notamment qu'il n'a pas été inutile d'aborder l'écriture par le théâtre. Chez Adeline Dieudonné, les protagonistes se meuvent, avancent, courent, il y a des explosions, des désirs ardents et il y a une inoubliable, une éternelle chasse à l'homme, ou plutôt à la femme, à la jeune fille.

Toute la fin de la Vraie vie c'est Hunger Games, une course spectaculaire dans un univers évoquant à la fois le camp scout et Massacre à la tronçonneuse, sauf que l'héroïne, ici, ne crie pas, ou alors de rage, de colère, de force. C'est l'histoire d'une fille qui veut rendre le sourire à son petit frère, dans un univers dominé par la figure d'un père autoritaire.

Et c'est peu de dire qu'après ça, Adeline Dieudonné était attendue au tournant.

Ce printemps, elle a sorti son deuxième roman, Kerozène, récit morcelé autour d'une pompe à essence et de ses clients, comme un chapelet de nouvelles qui se rejoignent à la fin. Où l'autrice affirme un style qui convoque Stephen King et les frères Coen, et imprime une marque à base de situations dingues et de descriptions inventives, qui comme des chats qu'on lance en l'air, font trois tour sur elles-mêmes et retombent sur leurs pattes avec grâce.

Ainsi pour évoquer le désamour d'un de ses personnages pour son mari, qu'elle avait épousé bad boy sexy et qu'elle traîne désormais comme un boulet :

 

" Aujourd’hui, tout ce qu’il restait de MacGyver, c’était un gars un peu bedonnant qui gaspillait sa petite flaque d’énergie vitale à se plaindre de son travail. Le boulot de Nicolas se résumait à une source intarissable de frustrations, de vexations, de complots, de mesquineries et de coups bas.

Quand il avait commencé à se plaindre, Chelly s’était demandé pourquoi il ne changeait pas de métier, puis elle avait compris que Nicolas aimait ça, se plaindre. Elle l’avait décelé dans sa façon de raconter ses journées : il ménageait ses effets, se soulageait de ses ressentiments avec le plaisir béat d’un nourrisson qui remplit sa couche. "

 

 

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