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À Liège, la coopérative Rayon9 se faufile à vélo

Lancée en 2016, la coopérative Rayon9, spécialisée dans les livraisons en vélo-cargo, met l'accent sur l'écologie et le social.

Vous les avez sans doute déjà croisés ces vélos de chargement qui circulent à travers les villes et s'arrêtent souvent pour quelques minutes devant les magasins. Baptisés vélos cargos, ils sont un moyen de transport prisé par quelques particuliers, mais surtout par des entreprises émergentes, qui les utilisent pour des livraisons en tout genre. Rayon9, une coopérative liégeoise est de celles-là.

Comme nous l'explique le gestionnaire opérationnel et co-fondateur de l'entreprise, Serge Mignonsin, il y a évidemment certaines préoccupations écologiques à l'origine de cette entreprise lancée en avril 2016. Les livraisons en voiture, en camion ou en camionnette, engendrent en effet énormément de pollution et d'embouteillages à Liège, comme dans d'autres grandes villes. Le vélo, qu'il soit cargo ou non, a l'avantage de polluer beaucoup moins, et de pouvoir se faufiler sur des routes que les véhicules à quatre roues ne peuvent pas emprunter, accélérant ainsi les transports citadins de marchandises. "Les 2/3 de notre activité, c'est du Last Mile", nous explique-t-il. En d'autres termes, la "dernière ligne droite" avant que le colis ou la marchandise arrivent à destination. "En logistique, le dernier kilomètre est le plus coûteux en matière économique et écologique" précise-t-il. Mais en complétant le transport au moyen d'un vélo cargo, Rayon9 permet de faire baisser ce coût. Les chiffres avancés sur leur site (à l'heure où sont écrites ces lignes) parlent d'eux-mêmes : 133736 kilomètres parcourus en vélo, 92816 transports à la force du pied et 26,7 tonnes de CO2 économisée.

© Michel Houet

Derrière ce projet attaché à l'écologie, il y a aussi des préoccupations sociales. Sensible au chômage des jeunes, l'équipe fondatrice a porté son attention sur eux. “Il y a d'abord un aspect pragmatique, nous explique Serge Mignonsin. Le métier de coursiers est un métier qui nécessite pas mal de compétences, notamment des compétences sportives, physiques. Plus on est jeune, plus c'est facile — en tout cas sur le papier — d'avoir la forme pour pratiquer ce métier. […] Au-delà ça, ce qui va nous animer, ce sont les jeunes qui se retrouvent désinsérés du marché du travail, au chômage de longue durée au début de leur carrière. Ça peut provoquer des dégâts relationnels, sociaux, d'images de soi, etc. assez importants. Il est nécessaire qu'on soit attentif à ce public plus fragile."

Le moteur de Rayon9, c'est l'équipe de coursiers

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La fierté qu'il a à l'égard du groupes qui s'est constitué au sein de Rayon9 au fil des années est évidente. "Le moteur de Rayon9, c'est l'équipe de coursiers. C'est en grande partie grâce à eux que le travail est bien fait. […] C'est une vraie activité professionnelle, ce n'est pas un truc d'étudiants qui roulent avec des vélos bricolés." Faire en sorte que les gens changent leur regard sur la cyclo-logistique était un des enjeux les importants pour l'entreprise. "Ça a été compliqué de faire comprendre à nos clients potentiels que nous sommes une société de livraison professionnelle, et pas des cowboys ! On est pas Deliveroo, on est pas Uber"Des mentalités qui d'après ses dires ont évolué  : "On a des clients qui nous sont devenus fidèles parce qu'ils sont forcés de constater qu'il y a moins de problèmes avec nous qu'avec leurs fournisseurs habituels."

Il attribue ce succès aussi à la forme de l'entreprise : dès son lancement, Rayon9 a adopté la structure et les contraintes d'une coopérative. "On installe des pratiques démocratiques, plus que dans une entreprise classique. On balise aussi la rémunération des actionnaires" précise le co-fondateur. Le lancement s'est accompagné de multiples obligations : il fallait que Rayon9 soit pérenne, bénéficiaire, construise sa notoriété, etc.

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Aujourd'hui 123 coopérateurs font partie de l'association. Certains donnent de temps à autre des coups de main. "On a un coopérateur retraité qui est venu faire des travaux d'aménagements de nos locaux, nous raconte-t-il. On a eu des coopérateurs qui se sont impliqués dans les collages du coursier parce qu'ils connaissaient bien le vélo, d'autres sur le volet mécanique ou administratif. Il y a quelques années, on a mis en place des groupes de travail parce que le lancement de notre activité ne donnait pas les résultats escomptés. On a mis en place des groupes de réflexion avec les coopérateurs. Et puis ce qui était important c'était de faire en sorte que nos coopérateurs soient des ambassadeurs de nos activités. Les photos officielles de Rayon9, dont certaines sont visibles dans cet article, ont d'ailleurs été réalisées par un membre de la coopérative, Michel Houet.

Effet imprévu de la crise sanitaire : l'entreprise a gagné en notoriété. L'augmentation des commandes via internet ces deux dernières années a évidemment eu une influence sur la gestion des livraisons. " On a travaillé pour la ville de Liège, on a fait des livraisons de masque, ce qui nous a amené pas mal de visibilité’ rajoute Serge Mignosin. Avec la crise économique, cette montée en puissance s'est quelque peu calmée, mais Rayon9 roule toujours à bonne allure à travers les rues de Liège.

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