A l'ombre de Publifin, d'autres intercommunales énergétiques wallonnes alimentent la nébuleuse

A l'ombre de Publifin, d'autres intercommunales énergétiques wallonnes alimentent la nébuleuse

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Publifin, Publifin, Publifin... On pourrait presque s'étonner de n'entendre parler que de la région liégeoise depuis quelques semaines. Les autres provinces wallonnes possèdent pourtant aussi leurs intercommunales de distribution du gaz et d'électricité. Mais elles se sont développées sur un autre modèle. Le bras financier et industriel liégeois, Nethys, n'a pas d'équivalent dans le Brabant wallon, à Namur ou dans le Hainaut. Pas de trace non plus d'un bourgmestre qui serait payé un million d'euros par an pour assurer le management d'une entreprise de service public.

Par contre, à bien y regarder, on trouve aussi dans les autres provinces wallonnes une nébuleuse d'intercommunales dans lesquelles siègent une pléthore de mandataires publics, qui tirent parfois des revenus disproportionnés d'une activité qui parait pourtant être le prolongement naturel de leur mandat électif.

Un Ores peut en cacher un autre...

Première subtilité de la galaxie énergétique wallonne : l'intercommunale qui gère le réseau wallon de distribution de gaz et d'électricité (hors Province de Liège), c'est Ores. Mais il n'y a pas un mais deux Ores !

Le premier Ores, c'est celui que tout le monde connaît grâce aux camionnettes qui sillonnent le territoire wallon pour entretenir et réparer le réseau. Cette grosse intercommunale emploie 2300 personnes, gère 50 000 kilomètres de réseaux d'électricité et 10 000 kilomètres de réseaux de gaz, et réalise un chiffre d'affaires d'un milliard d'euros. Bref, un boulot qui justifie amplement un conseil d'administration de 16 membres, un président (Didier Donfut PS) et deux vice-présidents (Christophe Dister MR et Anne Vereecke CdH) rémunérés.

La seconde intercommunale, Ores Assets, n'emploie personne. C'est un outil purement financier qui regroupait jusqu'il y a peu l'ensemble des 197 communes associées dans Ores et le partenaire privé Electrabel. "Mais sa principale raison d'être a disparu depuis que les communes ont racheté les 25% de parts d'Electrabel dans le réseau de distribution, explique un administrateur. Pour moi, cette intercommunale pourrait être supprimée. Elle ne sert plus à rien."

Nonante administrateurs

On comprend mieux pourquoi elle subsiste quand on déroule le menu "Composition des organes" sur le site internet d'Ores Assets. Le principal conseil d'administration est composé de vingt-cinq administrateurs rémunérés avec un forfait de 5400 euros brut par an, plus un jeton de 538 euros par conseil d'administration. Son président (Cyprien Devilers MR) touche 21 500 euros par an (plus 538 euros de jeton) et le vice-président (Danièle Staquet PS) 10 500 euros. Difficile pour les partis de renoncer à cette manne de mandats et aux rémunérations attachées.

Mais ce n'est pas tout. Comme Publifin, Ores Assets est subdivisé en comités de secteur, des espèces de sous-conseils d'administration représentant d'anciennes intercommunales locales qui se sont regroupées au sein d'Ores. Il y a en huit, en tout, avec chaque fois un président et deux vice-présidents rémunérés (respectivement 15 000 et 7500 euros), et un conseil d'administration composé de 5 à 12 membres rémunérés avec des jetons de présence (160 euros par séance). Total Ores : nonante administrateurs pour gérer la distribution du gaz et d'électricité sur le territoire wallon, Province de Liège exceptée !

"Il ne faut pas perdre de vue qu'ils étaient encore plus de 300 il y a dix ans, quand les intercommunales n'avaient pas encore  fusionné dans Ores", explique Karl De Vos, bourgmestre de Chapelle-lez-Herlaimont et président de l'Intercommunale pure de financement du Hainaut (IPFH).

"Historiquement ils sont là pour veiller aux intérêts de leur commune. Mais beaucoup ne connaissent rien au secteur énergétique et ne sont d'aucune utilité dans les délibérations", constate un administrateur d'Ores Assets, favorable à une refonte profonde des structures.

La nébuleuse bientôt éclaircie ?

La réflexion politique sur ces structures manifestement pléthoriques et obsolètes ne datent pas du mois dernier et du scandale Publifin. La suppression des comités de secteur a été décidée en 2015 par le Parlement wallon, mais elle avait été postposée jusqu'au premier juillet 2017.

"Les comités de secteur seront supprimés en juillet, promet Karl De Vos, qui a piloté un groupe politique composé des quatre partis traditionnels. Et nous proposons que les deux conseils d'administration d'Ores n'en fassent plus qu'un. Il ne s'agit pas d'une fusion à proprement parler, mais ce seront les mêmes administrateurs dans les deux conseils et ils ne seront payés qu'une seule fois." Pas de fusion juridique, donc, mais bien sur le plan du management. Reste à voir comment les partis se répartiront les postes-clés.

Supprimer des intercommunales

Et le travail de rationalisation des intercommunales énergétiques ne sera pas achevé pour autant... Les Provinces en effet ont conservé des intercommunales dite de "financement" pures (IPF), qui sont essentiellement destinées à réceptionner les dividendes de la distribution du gaz et d'électricité assurée par Ores, et à les redistribuer aux communes. Finest, Finimo, Sedifin, Idefin, Sofilux, IPFH, IEG et IFIGA. Soit huit conseils d'administration, huit comités de direction, huit présidents, seize vice-présidents et près de 200 administrateurs. Rémunérés.

Chez Idefin, par exemple, le président (Sébastien Humblet MR) touche 20 000 euros bruts par an, et les deux vice-présidents (Jean-Claude Nihoul cdH et François Seumois PS) 15 000 euros. Quant aux administrateurs, c'est 190 euros de jetons de présence, pour une petite dizaine de réunions par an.

"Il serait logique de fusionner toutes ces structures", glisse un administrateur d'Idefin. "Quand un mandataire public, un conseiller communal, s'intéresse au secteur de l'énergie, les différents cénacles sont redondants."

D'ailleurs, un premier pas en ce sens a été accompli avec la création d'un Groupement d'intérêts économiques (GIE) qui regroupe les présidents des huit intercommunales de financement. "Ce GIE s'est révélé très utile pour négocier des emprunts avec les banques, explique le président d'Idefin, Sébastien Humblet (MR). Nous pesons beaucoup plus lourds sur un plan financier et nous obtenons des taux d'intérêts plus favorables, comme pour l'opération de rachat des parts d'Electrabel par les communes."

En attendant, le GIE ajoute à la nébuleuse institutionnelle énergétique wallonne, et à l'ardoise des rémunérations : 590 euros brut par mois pour le président et les deux vice-présidents. Sans oublier les jetons de présence pour les administrateurs.

Sébastien Humblet, également vice-président du GIE, estime pour sa part que les intercommunales pures de financement ne doivent pas être supprimées. "Elles permettent aux 197 communes qui dépendent d'Ores pour la distribution du gaz et de l'électricité de rester bien informées sur l'évolution et les enjeux du secteur énergétique".

Mais à l'heure d'internet, on est tout de même en droit de se demander si la structure lourde et coûteuse d'une intercommunale n'est pas surdimensionnée pour faire circuler l'information entre Ores et les communes wallonnes. Le scandale Publifin, estiment un certain nombre d'administrateurs de ces intercommunales énergétiques, est l'occasion ou jamais de remettre tout à plat. Et d'éclaircir la nébuleuse ?

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