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A Barcelone, les indépendantistes appellent à manifester ce dimanche en ordre dispersé

Militant pro indépendance en 2015

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11 sept. 2022 à 05:30Temps de lecture2 min
Par Henry de Laguérie à Barcelone

Comme chaque année à l’occasion de la fête nationale catalane, les indépendantistes appellent à manifester ce dimanche 11 septembre. Mais cinq ans après un référendum tumultueux et une déclaration d’indépendance sans lendemain, le mouvement est divisé et ne sait pas très bien où il va. "Il n’y a pas d’horizon pour faire l’indépendance à court terme de la part du gouvernement catalan" regrette Elisenda Paluzie, l’ancienne leader de l’Assemblea, le grand mouvement indépendantiste issu de la société civile. Les convictions de celle qui a été en première ligne pendant plusieurs années sont intactes mais elle ne cache pas son amertume. "Il y a cette impression de retour en arrière très clair. En septembre et octobre 2017, on n’était pas complètement convaincu, mais on croyait que l’indépendance était possible. Or aujourd’hui, on constate qu’il n’y a plus cette volonté claire d’atteindre cet objectif à court terme".

La manifestation réunira beaucoup de monde mais on n’assistera pas aux marées humaines de ces dernières années, entre 2012 et 2019 avant le Covid : le mouvement est divisé et semble gagné par une forme de découragement. Le président de la Catalogne Pere Aragones n’a pas le profil radical de Carles Puigdemont, qui vit toujours à Bruxelles. Il dialogue avec Madrid et se veut plus conciliant. Sur TV3, il a reconnu que la négociation pour un référendum n’avancerait pas avant 2024. "La situation s’est apaisée car Aragones ne croit plus dans la stratégie de la confrontation et du coup de force" analyse le politologue Marc Cases. "Et en face, il y a un gouvernement espagnol, de gauche, qui adopte un discours plus tranquille, qui cherche à trouver une solution au conflit politique, en évitant de passer par un référendum".

Mais cet esprit de modération de l’exécutif catalan est vécu comme une trahison par les plus déterminés qui n’hésitent plus à le critiquer publiquement. Pour éviter d’être sifflé ou pris à partie, Pere Aragones a annoncé qu’il ne participerait pas à la manifestation, une première pour un président catalan depuis 2016. "Son absence montre qu’il ne veut pas faire l’indépendance et qu’il refuse de rendre des comptes aux citoyens" a répondu Dolors Feliu, leader de l’Assemblea, l’entité qui convoque la manifestation.

"Il y a une désillusion dans le camp indépendantiste" note Marc Cases. La ferveur indépendantiste serait-elle en partie retombée ? Sans doute. "Avant 2017, je me souviens de dîners en famille où il y avait une partie indépendantiste et l’autre non. Ce n’était pas la guerre, mais c’était chaud. Aujourd’hui, il y a d’autres débats. Même si on continue à en parler il n’y a plus la confrontation qu’on a connue".

Madrid joue aussi la carte de l’apaisement sur le terrain judiciaire. Après la grâce accordée par le gouvernement Sanchez aux prisonniers catalans en juin 2021, un juge d’instruction a levé en début de semaine toutes les charges qui pesaient depuis trois ans contre 200 manifestants. Ils avaient occupé et coupé pendant plusieurs heures l’autoroute au Perthus, au niveau de la frontière franco-espagnole.

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