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Monde

8000 civils tués par la police de l'État de Rio ces dix dernières années

"Tirer dans la tête n'est pas un accident" , une femme proteste contre la mort d'un enfant de 10 ans, abattu par la police lors d'une confrontation avec des trafiquants de drogue.
09 juil. 2016 à 19:38Temps de lecture2 min
Par Florentin Franche

L'ONG "Human Rights Watch" (HRW) a publié un rapport de 109 pages intitulé “Good Cops Are Afraid : The Toll of Unchecked Police Violence in Rio de Janeiro" ou "Les bons policiers ont peur : Conséquences néfastes de la violence incontrôlée de la police à Rio de Janeiro".

Des morts comme s'il en pleuvait

8000 civils ont été tué par des policiers entre 2005 et 2015. On en compte 645 pour la seule année 2015, cela représente 3,9 meurtres pour 100 000 habitants. Un taux cinq fois supérieur à l'Afrique du Sud et presque dix fois supérieur à celui des États-Unis. Près de 25 civils sont morts par policier tué cette même année.

Entre 2013 et 2015, on dénombrait cinq fois plus de personnes tuées que blessées par la police. Les chiffres ont atteint un pic de 1300 tués en 2007 avant de diminuer jusqu'à environ 400 en 2013, les chiffres sont repartis à la hausse depuis.

L'ONG a étudié 64 dossiers qui représentaient 116 tués à eux seuls, dont 24 mineurs.

Des meurtres intentionnels

Parmi ces meurtres, nombreux sont dus à la défense légitime des policiers, la criminalité étant un grave problème à Rio, mais il y a également beaucoup de meurtres qui sont attribués à des exécutions.

HRW est allée à la rencontre d'une trentaine de ces policiers qui ont avoué avoir recours à une telle violence lors des altercations avec des criminels, deux d'entres eux ont reconnu avoir directement participé à ces exécutions. Un homme a même expliqué que l'un de ses collègues avait abattu un prétendu criminel qui gisait à terre, blessé.

Bien souvent, ils tentent de maquiller ces exécutions en plaçant de la drogue ou des armes dans les mains des victimes. Ils tirent à maintes reprises afin que les témoins croient à un long échange de coups de feu. 

Poussés à le faire

Les dossiers étudiés par HRW ont démontré que des échanges de coups de feus étaient déclarés. Cependant, l'autopsie montrait que vingt personnes avaient été abattus à bout portant.

Un policier témoigne : "Tuer des criminels était encouragé par mes supérieurs comme une manière de montrer un bon travail".

Un meurtre sera mieux vu et mieux récompensé qu'une simple arrestation. Les bons policiers ont peur comme l'indique le dossier de l'ONG. "On ne peut pas s’attendre non plus à ce que les policiers honnêtes exercent bien leurs fonctions s’ils vivent dans la crainte permanente de leurs collègues en plus de celle des membres des gangs" selon Maria Laura Canineu, directrice de HRW au Brésil.

Sur les 3441 meurtres qui ont eu lieu entre 2010 et 2015, seuls quinze ont reçu des accusations de la part de la Justice. Les autorités ont créé une cellule chargée de la poursuite d'abus de pouvoir au sein de la police, entre autres mesures. HRW estime que c'est encore insuffisant pour contrer le phénomène.

La méfiance est de mise

La sécurité dans l'État de Rio fait déjà largement défaut, cette situation tend à affaiblir encore le sentiment de sécurité. "Les exécutions illégales pratiquées par des collègues policiers rendent encore plus dangereux un travail qui l'est déjà" explique l'ONG.

"En n’enquêtant pas sur les meurtres commis par la police, les autorités se rendent non seulement coupables d’un déni de justice envers les familles des victimes mais nuisent grandement aux forces de police de Rio elles-mêmes" s'attriste Maria Laura Canineu.

Seul un tiers des civils de l'État de Rio fait encore confiance à la police, censée le protéger.