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800 vélos abandonnés en rue collectés chaque année à Bruxelles

800 vélos abandonnés en rue collectés chaque année à Bruxelles
03 sept. 2020 à 03:584 min
Par Bruno Schmitz

Le chiffre est impressionnant. Chaque année, environ 12.000 vélos sont volés à Bruxelles. Certains sont rapidement revendus. D'autres sont un peu utilisés par les voleurs, avant d'être abandonnés dans les rues. Et oui, vous avez certainement déjà vu ces épaves, sans roues (parfois), sans selle (souvent), attachés à un poteau et qui trainent depuis des mois, voire des années au même endroit.  

L'association Cyclo centralise aujourd'hui leur récolte en région bruxelloise et, si elle ne retrouve pas leur propriétaire, elle tente de leur donner une deuxième vie. Nous avons suivi leur travail. 

Une application qui s'occupe aussi des vélos abandonnés

Peu de Bruxellois sont au courant, mais il existe une manière toute simple de signaler un vélo abandonné dans la rue. Avec son smartphone et l'application "Fix my Street". Une application qu'on connait déjà pour signaler un trou dans une route, ou des pavés détachés par exemple. Mais elle peut donc servir aussi à signaler ces deux roues oubliés qui rouillent depuis parfois des années au même endroit.

Ce matin, Michaël de Borman, de l'ASBL Cyclo a sorti la farde avec l'ensemble des signalements qui lui sont parvenus via cette application ou par la police. Des dizaines de vélos qu'il faut aller voir et, souvent, enlever de la voie publique. Ce matin, c'est à Etterbeek qu'il concentre sa tournée, à bord d'un petit camion électrique. "En fait, une fois ces vélos signalés via l'application ou par la police, les communes doivent y faire poser un autocollant. Cet autocollant signale que le ou la propriétaire du vélo a trois semaines à partir d'une certaine date pour déplacer le deux roues. Sinon, il sera enlevé", explique Michaël. "Une fois ce délais passé, les communes envoient des agents pour vérifier sur le terrain et, si le vélo est toujours là, la fiche nous est transmise et à nous d'aller le collecter".    

Ce vélo rouge, accroché le long des rails de tram sur le Boulevard Général Jacques, a été retiré après avoir passé au moins un an sans bouger à cet endroit
Ce vélo rouge, accroché le long des rails de tram sur le Boulevard Général Jacques, a été retiré après avoir passé au moins un an sans bouger à cet endroit B. Schmitz - RTBF

Le premier arrêt du jour se fait sur le Boulevard Général Jacques. Le long des rails de tram, un petit vélo rouge, abandonné. "Il est là depuis un an selon la fiche que je possède", explique Michaël. "C'est une épave. Déjà, c'est un vélo très bon marché à la base. En plus, ici, la direction est abimée, les pignons aussi. Les roues sont crevées. On va le collecter, mais on aura du mal à récupérer quelque chose de réutilisable".

Reste encore la partie la plus délicate : retirer le cadenas qui accroche le vélo au grillage. "Par contre, je préfère qu'on ne dise pas comment on procède. Il vaut mieux éviter de donner des idées à d'éventuels voleurs de vélos qui pourraient utiliser la même technique à l'avenir". Une fois libérée, l'épave est alors embarquée à l'arrière du camion et un autocollant y est accroché, avec le code E368. "C'est le numéro d'enregistrement de ce vélo chez nous. Cela nous permettra de le retrouver dans le dépôt et dans notre base de donnée"

Quelques rues plus loin, le scénario se répète. Une autre épave, cette fois sans roue arrière, sans pignon de vitesses, chaîne cassée, sans selle, mais solidement attaché à un poteau en fer, est embarquée dans le camion. Et ainsi de suite de lieu en lieu. Parfois, les vélos ont déjà disparu. "En espérant que ce soient les propriétaires qui les aient récupéré. Sinon, cela peut aussi être des voleurs qui ont vu l'autocollant de la commune disant que le vélo était supposé abandonné et allait être retiré après trois semaines, et qui se sont servis avant notre passage".   

Au sein de l'ASBL Cyclo, on est fan de vélo jusque dans la clé de contact du camion, décorée avec… un bout de chaîne de vélo !
Au sein de l'ASBL Cyclo, on est fan de vélo jusque dans la clé de contact du camion, décorée avec… un bout de chaîne de vélo ! B. Schmitz - RTBF

Trois mois de recherche

A la fin de la tournée, le camion regagne le dépôt avec quelques vélos à l'arrière. "A mon avis, on en tirera pas grand chose. Ils sont dans un très mauvais état". Arrivé Chaussée de Louvain à Schaerbeek, c'est Eric Closter, le chef d'atelier et son équipe qui les prennent en charge. "Les vélos qui rentrent sont chacun photographiés. Ensuite, on tente de repérer tout éléments particulier qui pourrait rendre le vélo identifiable. Cela peut être un autocollant, le sticker du magasin qui l'a vendu ou, dans le meilleur des cas un numéro d'identification ou un sticker My Bike si le propriétaire avait fait enregistrer le vélo".  

Ces vélos, photographiés et décrits dans leurs particularités, sont alors affichés sur un site internet qui répertorie les vélos volés. "Bon, en ce moment, il est difficilement accessible parce qu'il est en train d'être mis à jour, j'en suis désolé", explique Eric. "Nous allons garder ces vélos pendant trois mois en dépôt sans y toucher. Trois mois, c'est en fait le délais pendant lequel les propriétaires peuvent se manifester. Si ce délais s'écoule sans nouvelles, ce qui arrive très souvent, surtout pour les vélos de très mauvaise qualité et retrouvés dans un état déplorable, la Région considère que nous en devenons propriétaire".   

 

Eric Closter, devant les dizaines de photos des vélos collectés qui sont actuellement stockés chez Cyclo
Eric Closter, devant les dizaines de photos des vélos collectés qui sont actuellement stockés chez Cyclo B. Schmitz - RTBF

Il y a alors deux options quant à l'avenir du deux roues. "Soit le vélo est exploitable. On récupère alors, au pire quelques pièces, au mieux on va le reconditionner pour lui donner une deuxième vie. Soit le vélo ne vaut pas la peine d'être réparé et il est alors envoyé au parc à conteneurs. "Si on choisit de reconditionner le vélo, il faut que sa valeur aujourd'hui dépasse encore celle du coût des pièces qu'il faudra pour le remettre en état. Sur les 800 vélos environ qu'on collecte chaque année dans les rues, on en reconditionne une centaine".

Ces vélos sont ensuite offerts ou presque à des écoles, des associations ou des collectivités qui en ont besoin. "Ils ne doivent payer que le coût des pièces qui ont été nécessaires à la réparation, soit presque rien", explique Eric. "C'est logique. Nous sommes une ASBL subsidiée par la Région, région qui trouve normal que ce qui a été trouvé dans l'espace publique retourne finalement au bénéfice du public. D'ailleurs, c'est génial de savoir que ce qui avait été considéré comme une épave par quelqu'un au point d'être abandonné ou laissé dans la rue, va finalement avoir une longue deuxième vie, souvent auprès d'enfants qui viennent les chercher des étoiles plein les yeux. Parce que, croyez-moi, quand nous réparons un vélo, il va pouvoir rouler à nouveau pendant longtemps".    

Michaël, Eric et Caroline, une partie de l'équipe de l'ASBL Cyclo devant une partie des vélos en "résidence" dans leur dépôt-atelier de Schaerbeek
Michaël, Eric et Caroline, une partie de l'équipe de l'ASBL Cyclo devant une partie des vélos en "résidence" dans leur dépôt-atelier de Schaerbeek B. Schmitz - RTBF

Alors, pour éviter qu'un vélo ne se retrouve abandonné ou volé, le conseil d'Eric est simple. "Faites-le enregistrer. Cela prend à peine quelques minutes en ligne sur le site My Bike, c'est gratuit et vous recevez un sticker à coller sur le vélo. Sticker qui est presque impossible à enlever. Les vélos qui en sont pourvus sont beaucoup plus faciles à identifier et cela permet aussi de pouvoir retrouver et prévenir rapidement et aisément le ou la propriétaire"

Archives JT du 21/03/2013 - Que deviennent les vélos abandonnés sur la voie publique ?

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