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Belgique

50.000 personnes à la manifestation pour un débat sur les mesures : "Il y a un doute qui s’insinue même chez les vaccinés"

Dossier de la rédaction

La manifestation anti-mesure à Bruxelles

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24 janv. 2022 à 09:05 - mise à jour 24 janv. 2022 à 09:233 min
Par Xavier Lambert sur base d'une séquence de François Heureux

Des dizaines de milliers de personnes ont défilé hier dans les rues de Bruxelles "pour un vrai débat public sur les mesures sanitaires au nom de la liberté et des valeurs démocratiques", à l’appel de l’ASBL Europeans United, mais aussi de toute une série d’autres associations, parfois d’extrême droite.

Pour Vincent Yzerbyt, professeur de psychologie sociale à l’UCLouvain, et à l’initiative du baromètre interuniversitaire de la motivation des Belges, au moins 50.000 personnes qui manifestent, même s’il n’y avait pas que des Belges, cela montre qu'"il y a certainement un doute qui s’insinue du côté de certaines personnes, en ce compris les vaccinés. C’est ce que montrent les chiffres".

Des hésitants qui n’étaient pas dans la rue mais sont en manque d’information

Ce que je le professeur déplore, c’est que la manifestation fasse un effet de loupe sur une série de personnes qui sont très opposées à la vaccination "mais il reste tout un pan de la population qui n’est pas vaccinée aujourd’hui, qui n’était pas dans les rues hier, qui hésite encore toujours et qui manque d’informations. Et cette population-là, on ne la retrouve pas dans les personnes qui contestent les mesures dans la rue. Mais malgré tout, c’est quelque chose de très important que de pouvoir toucher ces personnes pour les protéger utilement".

Il souligne que "deux tiers des personnes interrogées dans le dernier baromètre sont toujours motivées par les mesures, mais ce qui se passe, c’est qu’on a quand même une compréhension plus forte pour certains points de vue alternatifs et une mise en cause de la politique de gestion de la pandémie".

Des doutes sur l’efficacité

Cela s’explique notamment par le fait que même chez les personnes vaccinées, il y a une déception au sujet de l’efficacité : "Ça perturbe un peu les gens, je pense, de voir que cette efficacité n’est pas au rendez-vous. Et du coup, on voit que ce sont les mêmes qui disent que l’obligation vaccinale ou le pass vaccinal sont des stratégies qui ne sont pas très crédibles".

Le débat sur l’obligation vaccinale, qui débute cette semaine au Parlement arrive peut-être dans un mauvais timing : "ça n’est pas une grande surprise, regrette Vincent Yzerbyt. Depuis le début de cette crise, on a un peu le sentiment qu’on arrive comme les carabiniers d’Offenbach. On est un peu en retard chaque fois, et effectivement, ce débat aurait peut-être dû être tenu il y a quelques mois déjà. Les choses sont compliquées parce que l’Omicron est moins sévère dans ses effets, le vaccin ne semble pas complètement adapté, bien qu’il protège, mais la population est de ce fait un peu perplexe par rapport à la situation. On a de plus en plus l’idée qui s’insinue qu’on pourrait laisser les choses aller, que ça n’est pas si grave".

La faute à une communication pas toujours assez efficace : "On parle beaucoup des mesures, des différents conflits avec des secteurs, le gouvernement, mais on passe peu de temps à mettre en avant les atouts dans la lutte contre la pandémie, et notamment les effets très concrets du vaccin ou des mesures sanitaires qui doivent toujours être encouragées. Et là, on sent bien que la communication n’est malheureusement pas dédiée à cela, parce que pendant ce temps-là, d’autres prennent le devant de la scène et énoncent toute une série de contrevérités qui mettent un peu le doute dans la tête de la population".

"L’idée que la pandémie est maîtrisée est une illusion"

On a l’impression que tout va trop bien pour l’instant, alors que "les directeurs d’hôpitaux ont lancé un appel urgent la semaine passée par rapport à des situations de désaffection au niveau du personnel. L’idée qu’on se fait aujourd’hui dans une partie de la population que la pandémie est maîtrisée, est une illusion".

Vincent Yzerbyt fait partie des experts qui seront auditionnés par la Commission santé à la Chambre dans le débat sur l’obligation vaccinale : "Pour l’heure encore, la population, dans sa plus large proportion, soutient l’obligation vaccinale. Dans le dernier baromètre, nous avons quelque 39% qui s’opposent à l’obligation vaccinale, ce qui laisse une majorité en faveur".

 

 

 

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