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On n'est pas des pigeons

5 mois après les inondations, beaucoup de sinistrés attendent encore leurs indemnisations

Inondations: les assureurs jouent-ils la montre?

On n'est pas des pigeons

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Les experts jouent-ils la montre pour tenter de réduire le montant de l’intervention malgré la promesse d’indemniser rapidement à 100% ? Nous avons mené l’enquête.

Nous sommes retournés en zone sinistrée. Une balade surréaliste au cœur de Pépinster, l’une des communes les plus impactées.

Tous les sinistrés n’ont pas encore été complètement indemnisés.

Façades arrachées, vitres éclatées, maisons dévastées… Le centre-ville ressemble toujours à une zone de guerre. De nombreuses habitations sont toujours comme à l’abandon, pas le moindre signe d’un début de chantier. Et pour cause… tous les sinistrés n’ont pas encore été complètement indemnisés. On espère que la moitié des dossiers seront clôturés pour la fin de l’année…

Réparation maison après inondation
Réparation maison après inondation Getty Images

Les experts pinaillent

Sur place, nous rencontrons un premier sinistré qui n’a pas encore pu commencer le gros de son chantier de réparation. J’attends justement l’expert aujourd’hui, explique-t-il, j’espère que son estimation sera bonne sinon il faudra contester et donc retarder d’autant le début des travaux ".

L’estimation était de 16 mille euros, l’expert l’a ramenée à 8 mille euros !

Un peu plus loin, un autre habitant sinistré, jeune retraité, nous explique que, chez lui, l’expert a tout accepté, tout… sauf le devis plafonnage. " L’estimation était de 16 mille euros, l’expert l’a ramenée à 8 mille euros, la moitié. Cela suffira-t-il ? Je ne pense pas, nous répond ce monsieur, je vais devoir prendre de l’argent d’autres postes pour le consacrer au plafonnage. Je vais devoir acheter une cuisine moins cher, un salon moins cher pour récupérer cet argent. "

Son voisin, lui, jeune entrepreneur, a le sentiment que son expert a pinaillé sur tous les postes.ça a commencé dès la porte d’entrée, raconte-t-il, elle était complètement voilée, l’expert estimait qu’il suffisait de placer une vis par ci, par là pour régler le problème, alors que, de toute évidence, il fallait remplacer cette porte. Par la suite, j’ai dû batailler ferme pour obtenir des estimations correctes pour le remplacement de ma cuisine, par exemple. Alors, indemniser à 100%, je me demande bien ce que cela veut dire… "

Une rue plus, nous tombons enfin sur un sinistré satisfait. " L’expertise était correcte, je suis pratiquement complètement indemnisé. "

Ils refusent de remplacer des escaliers qui ont pris l'eau !

Un avis qui tranche avec ce que nous raconte un entrepreneur à l’œuvre à quelques pâtés de maisons plus loin. " J’ai plusieurs chantiers de reconstruction chez des sinistrés de la région et pas un seul n’a pas dû faire appel à un contre-expert. Les experts chipotent sur tout, par exemple, ils refusent de remplacer des escaliers qui ont pris l’eau et qui ont gonflé. Ils disent que l’escalier va reprendre sa place, mais tout menuisier digne de ce nom sera d’accord pour dire qu’il faut remplacer ces escaliers. "

Notre interlocuteur se dit choqué par l’attitude de certains experts.Ils essayent de grapiller des sous sur de nombreux postes. Les sinistrés doivent se battre pour obtenir gain de cause, après ce qu’ils ont vécu, ils n’ont vraiment pas besoin de ça ! "

Réparation maison après inondation
Réparation maison après inondation Getty Images

La faute aussi à certains entrepreneurs

Alors, les assureurs jouent-ils la montre ?

Nous avons posé la question à un courtier bien informé. Selon lui, les experts ne tiennent pas toujours compte de l’explosion des prix des matériaux.Cela fait une énorme différence point de vue devis, explique-t-il, et puis, je pense que les compagnies se rendent compte qu’elles ont déjà débourser un paquet d’argent et je ne serai pas étonné qu’elles donnent des consignes pour réduire au maximum le montant des expertises. "

Pour en avoir le cœur net, nous sommes allés interroger Assuralia, le représentant du secteur de l’assurance. Selon son administrateur délégué, Hein Lannoy, les assureurs ne cherchent absolument pas à retarder la clôture des dossiers pour que, de guerre lasse, les sinistrés acceptent des expertises au rabais. " Bien au contraire, rétorque-t-il, les experts ont pour consigne de donner les estimations les plus justes et le plus rapidement possible. Ils n’ont vraiment pas intérêt à faire traîner les choses. D’ailleurs, pour accélérer les procédures, certains experts ont validé des devis un peu trop élevés. "

Certains entrepreneurs profiteraient de la situation en exagérant le montant de leur devis.

Il faut dire aussi qu’un autre phénomène pourrait expliquer le nombre de contre-expertises nécessaires. Selon notre courtier, certains entrepreneurs profiteraient de la situation en exagérant le montant de leur devis. Ce qui aurait pour conséquence de retarder considérablement les procédures. Quand ces devis gonflés sont rejetés, il faut en passer par une contre-expertise, voire l’obtention d’autres devis avant, seulement, d’obtenir un feu vert et enfin commencer les travaux de restauration. A ce rythme-là, beaucoup de sinistrés ne sont pas près de réintégrer leurs pénates…


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