Chanson française

5 ans après sa mort, Johnny Hallyday est toujours là : "Il fait partie du patrimoine culturel"

© 2009 Toni Anne Barson

01 déc. 2022 à 08:58 - mise à jour 05 déc. 2022 à 08:16Temps de lecture5 min
Par Aurélien David

Ce 5 décembre, il y a 5 ans que Johnny Hallyday nous a quittés. À cette occasion, La Une a diffusé le documentaire Souvenirs, souvenirs à revoir sur Auvio. Un hommage qui se poursuit en radio sur VivaCité. Pour préfacer l’événement, le journaliste musical Bruno Tummers retrace le parcours du rockeur.

En presque 60 ans de carrière, Johnny Hallyday est passé du statut d’idole des jeunes à celui de taulier. Qu’est-ce qui explique cette longévité au sommet ?

On a une vision de Johnny qui a toujours été au top, mais il y a quand même eu des gros creux dans sa carrière. Notamment au début des années 70, où il s’embarque dans une tournée qui s’appelle Johnny Circus et qui a été un four total. Au début des années 80 il a des albums qui ne fonctionnent pas très bien non plus. Ils se vendent, parce qu’il a un public fidèle, mais en fait il n’y a pas vraiment de chanson qui arrive vers le très grand public. Il faudra attendre d’avoir tout un repositionnement et des collaborations avec Michel Berger et Jean-Jacques Goldmann pour que la machine se relance.

A partir du milieu des années 80, tout un nouveau public va le découvrir. Même les gens qui le considéraient comme un peu ringard par le passé vont se mettre à adhérer. Si on a cette vision de Johnny au top pendant soixante ans, c’est parce qu’il a toujours eu un instinct incroyable. Et donc il savait très bien qu’il devait toujours changer d’équipe et toujours se renouveler, moderniser son répertoire. Il savait exactement ce qu’il devait faire pour que le public réaccroche. Et derrière chaque période de creux, arrive un immense succès.

À partir des années 90, il a commencé à fêter ses anniversaires dans des stades énormes. Il fait le Parc des Princes pour ses 50 ans, et le Stade de France quelques années plus tard à plusieurs reprises. Il a toujours réussi un renouvellement des générations dans ses salles. Lors des derniers concerts on trouvait des gens qui le suivent depuis les années 60, ces gens avaient eu des enfants, et ces enfants étaient là avec les petits-enfants.

Johnny est devenu culte avec les années. Et s’il est devenu culte et tellement patrimonial, c’est parce qu’il a 40 chansons que tout le monde connaît, même ceux qui ne l’aiment pas. Que je t’aime, Toute la musique que j’aime, L’envie font tellement partie du patrimoine culturel que même si on ne l’aime pas on a grandi avec.

 

Son nom de scène, sa musique, ses passions reflètent l’Amérique. Pour autant, est-ce qu’il a connu autant de succès en dehors des pays francophones ?

Dans les années 60 et 70, il arrivait aux chanteurs de l’époque d’enregistrer dans d’autres langues. Johnny, lui, a enregistré en espagnol, en allemand, en italien, il y a même des titres en japonais. Certaines chansons ont quand même marché en dehors de la France, la Belgique et la Suisse dans ces années-là, mais les Etats-Unis et Johnny Hallyday, ça n’a jamais fonctionné.

Pourtant c’était son rêve mais ça ne s’est jamais vraiment concrétisé. Sauf à la fin de sa carrière, où un manageur a décidé de lui offrir une tournée aux Etats-Unis. Il chante alors dans de toutes petites salles avec 500 personnes, en majorité des expats, des Français qui connaissaient Hallyday de nom.

Par contre il avait beaucoup d’amis dans le showbiz anglo-américain, tous les artistes connaissaient Johnny Hallyday puisqu’il était de son vivant le numéro un en France. Sting connaissait Johnny, Paul Mac Cartney voit très bien qui il est… Dans le métier il était connu, mais dans le fin fond de la Californie ou du Massachusetts non.

 

Comment se porte sa carrière musicale posthume depuis cinq ans ?

Depuis son décès il y a eu énormément de sorties, même des titres inédits, qui très honnêtement sont des fonds de tiroirs. Ce sont des chansons que l’artiste ou son entourage ont écartées parce qu’elles ne s’intégraient pas sur des albums, ou bien on considérait qu’elles étaient trop faibles dans la tonalité générale de l’album.

Pour le très grand public, la carrière de Johnny Hallyday s’est terminée en même temps que sa mort. Mais les fans purs et durs se ruent sur ces collectors. Donc ça continue à vendre, les maisons de disques sortent des coffrets pour Noël, mais ça ne vend plus autant qu’avant.

Et puis il ne faut pas se leurrer, les artistes disparaissent toujours. Aujourd’hui on peut citer Tino Rossi, Edith Piaf, Maurice Chevalier, Luis Mariano, qui ont été d’énormes stars dans les années 50 et 60 : plus personne n’écoute ces artistes aujourd’hui. Dans cinquante ans plus personne n’écoutera Johnny Hallyday. Peut-être qu’il y aura une ou deux chansons qui resteront et que Toute la musique que j’aime sera encore chantée dans 70 ou 100 ans. On aura peut-être même oublié qui est l’interprète de cette chanson, comme des expressions dont on a oublié l’origine. Il y a une chanson de Maurice Chevalier qui s’appelle Dans la vie faut pas s’en faire : c’est presque passé dans le langage courant mais plus personne ne sait que c’était une chanson de lui.

 

Est-ce qu’il a des héritiers ?

Dans le style non. Johnny était très représentatif d’un courant rock puisqu’il a importé ce que faisait Elvis aux USA sur le marché français à l’époque du mouvement yé-yé. Johnny chantait le rock, la folk et le blues, et ces courants ont un peu disparu dans la chanson actuelle. Des représentants du courant sont toujours vivants, mais la chanson actuelle ce n’est plus du tout le rock. C’est l’électro-pop synthétique d’Angèle et de Stromae, on est passé à un autre son.

Par contre dans la génération d’après Johnny, il y a deux gros héritiers. Vocalement c’est Florent Pagny qui met une claque à tout le monde. Sur scène, c’est un gars qui peut tenir la note comme la tenait Johnny Hallyday. Et Florent Pagny a une relation très particulière avec son public. Quoi qu’il propose, son public le suit toujours : un album en espagnol, un album de duos, un album baryton avec orchestre symphonique lyrique, le public va l’acheter. Son public fonctionne un peu comme celui de Johnny. Quoi qu’il faisait, le public suivait. L’autre successeur, maintenant c’est Patrick Bruel. Il remplit des salles, il a vingt tubes dans sa carrière, il n’a jamais eu vraiment de creux, et il y a un renouvellement de son public.

Maintenant, tous ceux qui font de la variété populaire aujourd’hui sont des héritiers de Johnny Hallyday. C’est depuis Johnny et les yé-yé dans les années 60 qu’un marketing s’est mis à cibler les jeunes et aujourd’hui la musique est toujours un marché et du business. Donc s’il y a un marché pour Kendji et Matt Pokora, ils le doivent en partie à Johnny Hallyday.

 

Pour les 5 ans de la disparition de Johnny, plusieurs émissions sont à découvrir :

- Le documentaire Souvenirs, souvenirs, à voir sur Auvio

- Dans l’émission Le 8/9, l’invité est Yarol Poupaud, le guitariste qui a accompagné Johnny les 10 dernières années sur scène.

- La nuit Johnny dès 19 heures sur Viva + le 5 décembre.

Inscrivez-vous aux newsletters de la RTBF

Info, sport, émissions, cinéma...Découvrez l'offre complète des newsletters de nos thématiques et restez informés de nos contenus

Articles recommandés pour vous