Belgique

Cinq ans après les attentats du 22 mars, Beatrice De Lavalette se prépare pour les JO de Tokyo

22 mars : Béatrice prépare les JO paralympiques

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21 mars 2021 à 06:15 - mise à jour 21 mars 2021 à 19:07Temps de lecture4 min
Par Melanie Joris & Marco Saccomanno

Beatrice De Lavalette n’avait que 17 ans lorsque les bombes ont explosé à l’aéroport de Bruxelles National. Elle devait rejoindre sa famille en Floride pour les vacances. Ce jour-là, ses blessures sont tellement graves que ses deux jambes doivent être amputées en dessous des genoux. Mais ses rêves et ses passions sont restés bien en vie. Aujourd’hui, elle s’entraîne pour les JO paralympiques de Tokyo avec son cheval Clarc. Rencontre en Floride, aux États-Unis.

La dernière fois que nous avions rencontré Beatrice, c’était en 2018. Elle se trouvait de l’autre côté des États-Unis, en Californie. Elle bénéficiait de soins dans un centre de revalidation du Pentagone pour blessés de guerre à San Diego.

Depuis, elle a retraversé les États-Unis pour être plus proche des lieux de compétition équestre. C’est à Wellington, en Floride, que nous la retrouvons. La jeune femme de 22 ans est concentrée à quelques minutes de se lancer dans sa dernière prestation au Global Dressage Festival. En ce moment, toutes les compétitions sont importantes. Il faut engranger des points pour décrocher le fameux billet pour les JO paralympiques de Tokyo.

En route vers Tokyo

Les parents et la grand-mère de Beatrice sont au bord de l’arène. Après une prestation maîtrisée, les applaudissements retentissent. L’émotion et le soulagement se lisent sur les visages. Il faut dire que Clarc, le cheval de Beatrice, lui donne du fil à recoudre. Il faut encore du temps pour que l’un et l’autre s’apprivoisent, cela ne fait que quatre mois qu’ils travaillent ensemble. La jeune athlète est ravie de terminer la compétition de cette manière : "La présentation que j’ai faite aujourd’hui était vraiment top. Le cheval était vraiment mieux que ces deux derniers jours. Et moi, je me sentais vraiment prête aujourd’hui. Donc c’était juste une belle journée !".

Michel Assouline est le directeur technique de l’équipe américaine. Cela fait 17 ans qu’il entraîne des athlètes en paradressage. Il est confiant. Avec le temps, les prestations vont s’affiner : "Beatrice a besoin de se perfectionner avec ce cheval-là pour qu’il y ait un rapport plus intime entre eux. Mais Beatrice a le tact équestre, la finesse. Il y a quelque chose qu’elle a naturellement donc ça aide beaucoup pour avoir un cheval qui travaille pour elle plutôt que contre elle", analyse le coach.

Lors de cette compétition, Beatrice est la seule à avoir perdu ses deux jambes. Cela rend ses prestations d’autant plus difficiles. Michel Assouline : "En dressage, on monte le cheval entre ses jambes et sa main. Beatrice a donc un handicap considérable. Elle doit trouver un autre moyen de communiquer avec son cheval".

Les JO, c’est dans ma tête depuis 5 ans. On s’en rapproche !

Plusieurs compétitions sont déjà au programme des prochains mois. Beatrice espère pouvoir représenter son pays, les États-Unis, aux jeux paralympiques. Un objectif qu’elle s’est fixé et auquel elle s’accroche : "Quand j’étais aux soins intensifs à l’UZ Leuven, j’ai décidé que je participerai aux Jeux. Pendant ces cinq dernières années, c’est toujours resté dans ma tête. On s’en rapproche !".

Entraînements physiques

Deux fois par semaine, Beatrice se rend chez son entraîneur sportif. Pendant une heure, elle passe d’un exercice à l’autre. Elle ferait rougir plus d’un sportif valide. Traction, poids, abdos, elle travaille principalement l’équilibre et la force sur le haut du corps. "Sans le physique, je ne peux pas monter à cheval donc c’est très important d’être en forme", explique-t-elle essoufflée.

Son entraîneur sportif, Matthew Oteio, prépare des exercices sur mesure. "Beatrice utilise les muscles qu’elle a. Si elle en avait plus, elle les utiliserait. On travaille beaucoup l’équilibre. Comme ça, quand elle est sur son cheval, ça vient naturellement".

Beatrice doit se muscler pour pouvoir monter à cheval, mais aussi pour garder de l’autonomie dans sa vie quotidienne. "Je veux pouvoir me mettre dans ma voiture moi-même, démonter ma chaise et la hisser à côté de moi sur le siège passager", ajoute-t-elle.

Bientôt pouvoir remarcher

Le 23 mars, Beatrice va recevoir un exosquelette électronique fait sur mesure pour elle. La date est symbolique, comme un clin d’œil à tout ce qu’elle a déjà traversé. Et grâce à ce bijou de technologie, Beatrice va pouvoir se relever et marcher. "Je vais pouvoir marcher, m’asseoir, me lever. Ça va beaucoup m’aider dans la vie. Je vais pouvoir, par exemple, mettre de l’essence dans ma voiture sans aide extérieure. J’ai très hâte". Et d’ajouter : "Ça va me donner une liberté que j’ai perdue depuis les attentats".

Aujourd’hui, Beatrice explique qu’elle doit encore digérer ce qu’il s’est passé le 22 mars 2016. "Psychologiquement et moralement, je suis toujours en train de travailler dessus, tous les jours. J’ai envie de dépasser tout ça pour avoir une vie heureuse".

Et cette jeune femme de 22 ans est en bonne voie vers cette vie heureuse. Elle foisonne de projets. Un de ses objectifs est de transformer le ranch qu’elle a récemment acheté en centre d’excellence pour les cavaliers avec un handicap. À plus long terme, elle veut aussi développer une marque d’équipements sportifs pour personne handicapée. Et au quotidien, elle communique avec d’autres blessés. "Après l’attentat, j’ai eu la chance d’avoir une personne qui est venue à l’hôpital pour répondre à mes questions, qui m’a dit ce par quoi j’allais passer. C’est le turning point de ma revalidation parce que je savais que je n’étais pas seule. Alors aujourd’hui, j’essaie aussi d’aider des personnes qui ont eu accident. Pouvoir les aider, c’est ce que je préfère".

Malgré les difficultés, Beatrice a tracé sa route. Elle n’a pas fini de nous impressionner.

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