40 ans de l'Ancienne Belgique: retour sur l'histoire de cette salle mythique

L'Ancienne Belgique fête ses 40 ans : retour sur l'histoire d'une salle mythique

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18 sept. 2019 à 07:05Temps de lecture8 min
Par Alex Tabankia

C’est l’une des salles les plus emblématiques du Royaume. Nichée au cœur de Bruxelles, l’Ancienne Belgique, ou l’AB pour les intimes, soufflera cette année ses 40 bougies avec une programmation aux petits oignons.

L’occasion idéale pour revenir sur l’histoire de la salle ainsi que les anecdotes qui font la renommée internationale de ce lieu culturel majeur.

L'ancien directeur Georges Mathonet (tout à droite) pris en photo en 1969.
L'ancien directeur Georges Mathonet (tout à droite) pris en photo en 1969. ARCHIVES - BELGA

Les origines

C’est au 15e siècle que l’on retrace l’origine de l’édifice qui se tient aujourd’hui en lieu et place de l’Ancienne Belgique. A cette époque, une guilde de marchands d’Outre-Mer, les Meerslieden, construit un endroit pour traiter ses affaires mais aussi pour se réunir et accessoirement festoyer dans un endroit qui leur appartient.

Ce n’est que vers les années 1890 que le bâtiment se transforme progressivement en brasserie ou se produisent des orchestres. Au début des années 1920, la cave du bâtiment sert également de lieu de rassemblement aux auteurs flamands.

L’histoire de l’Ancienne Belgique débute véritablement dans les années 1930. C’est à la famille liégeoise Mathonet que l’on doit la reprise du bâtiment via le père Arthur, un riche entrepreneur qui possède déjà plusieurs établissements.


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Il rachète ce café dans le quartier de la Bourse dont l’appellation est successivement passée de "le Vieux Düsseldorf" (une brasserie-concert de 1500 places, entre 1906 et 1913) à "Bruxelles – Kermesse" (d’abord un cinéma puis un dancing vers 1913). Son fils Georges en reprend rapidement la gestion avant de racheter les bâtiments voisins puis d’agrandir l’édifice.

Avant que la salle ne devienne l’un des temples du rock et de la pop à Bruxelles, l’endroit connaît ses premières heures de gloire comme music-hall entre les deux guerres. A cette époque, le public vient y manger et boire pendant que se produisent imitateurs, acrobates et comiques puis vedettes francophones ou internationales plus renommées. L’établissement reste même ouvert pendant la Seconde guerre mondiale.

Age d’or et déclin

Après la Libération, ce sont des artistes comme Edith Piaf, Charles Trenet, Gilbert Bécaud ou encore Charles Aznavour qui foulent les planches de l’Ancienne Belgique. Jacques Brel y effectue même ses débuts aux environs de 1955. A cette période, il s’y produit en première partie du chanteur Bobbejaan Schoepen, le futur fondateur du parc d’attraction éponyme.

Pour l’anecdote, c’est également peu avant cette époque que Bruno Coquatrix, futur créateur de l’Olympia, effectue un stage au sein de l’Ancienne Belgique avant d’ouvrir son antre parisien du boulevard des Capucines en 1954. Les deux salles concluront rapidement un partenariat facilitant la venue de grands artistes français à Bruxelles et ainsi permettre l’essor chez nous des idoles yé-yé.

Les années passent et la salle gagne en renommée. Dans les années 60, c’est donc une autre génération d’artistes qui prend le relais à l’image de France Gall qui fait sa toute première scène sur les planches de l’AB en 1964, Johnny Halliday, qui s’y produit pour la première fois d’abord avec ses cousins en 1953 puis à de multiples reprises en solo. Claude François aura également l’occasion d’y jouer à plusieurs reprises dès 1963. C’est d’ailleurs dans les loges de l’Ancienne Belgique en 1969 que Cloclo recevra par recommandé le disque "My Way" (l’adaptation de son titre "Comme D’habitude") enregistré par son idole Frank Sinatra.

La famille Mathonet décide également d’ouvrir trois établissements similaires à Liège, Gand et Anvers. Raison pour laquelle les endroits seront parfois repris sous l’appellation "Les Anciennes Belgique". Ces établissements fermeront les uns après les autres, sauf celui de Bruxelles.

Suite à l’incendie du magasin Innovation en 1967, les règles de sécurité changent. Le bâtiment doit alors être mis aux normes en étant consolidé avec du béton. L’investissement est lourd, les travaux ne seront jamais terminés, faute de moyens, et c’est finalement en 1971 que l’Ancienne Belgique de Bruxelles est officiellement déclarée en faillite. Après 40 ans de gestion, Georges Mathonet meurt peu de temps après.

La secrétaire d'Etat de la Communauté flamande Rika Steyaert durant l’inauguration de l'AB en 1979.
La secrétaire d'Etat de la Communauté flamande Rika Steyaert durant l’inauguration de l'AB en 1979. - BELGAIMAGE

La renaissance

Laissée à l’abandon pendant de nombreuses années, l’AB est finalement reprise en 1977 par la Communauté flamande, tandis que la Communauté francophone récupère le Botanique. Elle est inaugurée deux plus ans tard par la secrétaire d'Etat Rika Steyart. "C’est une maison d’espoir", déclarera-t-elle à ce moment précis.

Et elle verra juste ! Dès la réouverture et dans le courant des années 80, la salle fait le pari de s’ouvrir à la scène rock britannique et aux nouveaux courants musicaux comme la new-wave ou le punk. Durant cette décennie, ce sont des artistes aussi influents que Lou Reed, Blondie, Siouxsie and The Banshees, The Stranglers, Iggy Pop, Scorpions, Madness, les Ramones ou encore Orchestral Manoeuvres In The Dark qui enchaînent les passages sur scène.

Pourtant, l’AB ferme à nouveau ses portes en 1981 pour rouvrir le 23 décembre 1984 après que de nouvelles rénovations ont été effectuées. C’est à ce moment-là que la couleur rouge prédominante et les balcons font leur apparition. Rebelote entre 1992 et 1996 où une nouvelle fermeture est ordonnée afin d’agrandir encore la salle et améliorer la sonorisation.

L’entrée auparavant située Rue des Pierres, où se trouve désormais le café, est déplacée sur le Boulevard Anspach. Durant cette période, les concerts sont quant à eux transférés au Luna Theater, la salle principale du Kaaitheater.

L’Ancienne Belgique qui a connu des moments difficiles, peut alors renaître de ses cendres et restera, enfin, dans sa forme actuelle. Les concerts se multiplient et en deux décennies, ce sont des dizaines et des dizaines d’enregistrement live qui seront effectués à l’Ancienne Belgique par des artistes aussi divers et variés qu’Iggy Pop, Indochine, K’s Choice, Róisín Murphy, Kings Of Leon, Sttellla, The Hives, Rachid Taha ou encore Channel Zero.

L'Ancienne Belgique en pleine rénovation durant l'année 1983.
L'Ancienne Belgique en pleine rénovation durant l'année 1983. - BELGAIMAGE

Aujourd’hui, l’institution de la Communauté flamande s’étend sur près de 10.000 m2 et six étages. Elle se compose de deux salles principales dont l’infrastructure est modulable.

On retrouve d’abord le "Main Hall", la plus emblématique salle de couleur rouge, déclinable en "AB Box", sans les gradins. D’une superficie de 442 m2, elle peut accueillir jusqu’à 2000 visiteurs. Avec ses 170 m2, l’AB Club permet également de recevoir entre 300 et 400 spectateurs pour des événements plus intimes.

Aujourd’hui, l’Ancienne Belgique, qui reçoit des subsides de la part de la communauté flamande à hauteur de 2 millions d’euros, assure près de 300 concerts par an. Son rapport annuel de 2018 indique que la salle a accueilli le nombre record de 341.621 visiteurs, soit 70.000 de plus qu’en 2015, avec un taux de remplissage de 86,5%.

Elle est tout simplement la salle de concert la plus fréquentée d’Europe en 2018 et reconnue depuis comme "premier club européen" par le magazine spécialisé Pollstar.

Le public de l'AB lors d'un concert du groupe Muse en 2015.
Le public de l'AB lors d'un concert du groupe Muse en 2015. VIRGINIE LEFOUR - BELGA

Diversification

En plus d’une pléthore de concerts et d’événements organisés pendant l’année, l’Ancienne Belgique diversifie ses activités. Dès 2003, la salle décide de lancer un festival gratuit en plein air, le "Feeërieën" qui propose des concerts dans le kiosque du Parc Royal, parallèlement à ceux des artistes néerlandophones qui se produisent au même moment pour le "Boterhammen in het Park", crée quant à lui en 1990 et également organisé par l’AB.

En 2006 est créé le festival ABBOTA, un événement collaboratif durant lequel les deux salles se partagent la programmation. Depuis 2016, le BRDCST accueille chaque année au printemps la fine fleur de la scène belge et internationale pour une série de concerts sous le signe de la découverte. L’année dernière, le festival a notamment rassemblé plus de 7000 personnes.

Parallèlement, l’AB a également rejoint la plateforme LiveEurope en 2014, un réseau de salles de concerts européennes soutenu par le programme "Creative Europe" de la Commission européenne. Le but du projet ? La découverte musicale et la promotion de jeunes talents grâce à un soutien financier conséquent.

Enfin, l’Ancienne Belgique, c’est aussi un service de streaming in-house, l’ABTV, qui permet de retransmettre en direct des sessions et autres concerts. La plateforme a comptabilisé plus de six millions de vues l’année dernière.

Photo du festival "Boterhammen in Het Park" organisé par l'AB.
Photo du festival "Boterhammen in Het Park" organisé par l'AB. HERWIG VERGULT - BELGA

Marquer le coup

À l’occasion de son 40e anniversaire, l’Ancienne Belgique veut donc frapper fort avec une série d’événements uniques distillés entre les mois de septembre et mai 2020. Ainsi, dès le 21 septembre, ce sont les frères Dewaele (2manyDJ’s, Soulwax) qui ouvriront les festivités avec une soirée dont ils assurent l'animation.

Dès le lendemain, des concerts seront organisés pour la première fois sur le piétonnier à l’occasion de la journée sans voiture et du festival annuel Global Street Sounds. Trois jours plus tard, l’Ancienne Belgique investira pour la troisième fois la splendide église Saint-Jean-Baptiste-au-Béguinage pour les concerts du pianiste allemand Martin Kohlstedt et l’hommage du Echo Collective au défunt compositeur islandais Jóhann Jóhannsson.

Quelques semaines plus tard, ce sera au tour de l’incontournable DJ belge Lefto de gérer la programmation avec une sélection d’artistes belges et internationaux de qualité.

Dans le même esprit, le festival Fifty Fifty Lab, dont c’est la première édition cette année, fera notamment halte à l’AB pour y présenter une partie de son vaste line-up. Parmi les artistes belges sélectionnés par une vingtaine de confrères festivals européens, on retrouvera Glauque, Kobo, Glass Museum, Miss Angel ou encore Martha Da'Ro. 

A noter qu’au mois de novembre, le collectif de jazz londonien Church of Sound se produira au centre artistique Les Brigitinnes tandis qu’en décembre, c’est le groupe belge Whispering Sons qui se verra remettre les clés de la programmation, suivi de près par une soirée sous le signe de la musique bulgare au sein de la Cathédrale Saints-Michel et Gudule.

Au-delà de la musique, c’est aussi une exposition autour du photographe Roger Ballen qui aura lieu du 1er novembre 2019 au 14 mars 2020 à la Centrale for Contemporary Art. Le photographe sud-africain, qui a notamment dessiné les pochettes de ses compatriotes Die Antwoord, sera au centre de l’exposition "The Theater of the Ballenesque".

Un retour sur sa propre histoire, c’est également ce que l’équipe de l’AB a prévu le 2 février 2020 lors de l’AB40 Belpop Bonanza, un événement qui se tiendra sous la direction de Jan Delvaux et Jimmy Dewit. Enfin, dès le mois de mai 2020, l’emblématique Mark Lanegan se produira en compagnie de ses invités lors de deux soirées exceptionnelles.

En plus de ces célébrations et de la rénovation des salles, d’autres projets sont à l’ordre du jour comme l’installation d’une terrasse dans un futur proche, ainsi qu’un nouvel espace VIP. Plus que jamais donc, l’Ancienne Belgique n’a pas fini de se renouveler, d’attirer les curieux et d’entretenir sa déjà très longue histoire.

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