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4 raisons d'aller voir "Rebel", le dernier film d’Adil et Bilall

© Adil et Bilall. Caviar.

05 oct. 2022 à 09:00Temps de lecture4 min
Par Johanna Bouquet
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"Rebel", c’est le nouveau film du duo de réalisateurs Adil et Bilall. Il sort en salle en Belgique ce 5 octobre et c’est définitivement un des événements cinématographiques de cette rentrée.

Le duo belgo-marocain sort ici un peu de la machine hollywoodienne à blockbusters sur laquelle ils se sont concentrés ces dernières années ("Bad boys for Life" ou encore la série "Miss Marvel"), pour revenir avec un sujet qui leur tient à cœur depuis 2013 : la radicalisation des jeunes partis rejoindre les rangs du califat de Daesh.

1. Un sujet par ceux qui l’ont vécu

Il faut dire que le sujet, ils le connaissent bien. Comme l’explique Bilall Fallah, en venant de Vilvorde "j’ai pu voir beaucoup de personnes, y compris des amis, des personnes que je connaissais vraiment. Et de voir qu’ils sont partis et qu'ils sont revenus pour faire des attaques en Belgique et en France, c’était choquant et douloureux. D’autant qu’ils ont le même profil que nous, des belgo-marocains musulmans. C’est donc une histoire importante que nous, on doit la raconter".

Pour les réalisateurs, il s’agit à la fois d’un sujet personnel mais aussi d’un sujet historique, l’un des faits qui a forgé la dernière décennie. D’ailleurs, le film commence en 2013, au début de leur réflexion et c’est important. Il s’agit historiquement du moment où l’utilisation des armes chimiques a été avérée, notamment lors du massacre de Ghouta. Il s’agissait pour les autorités occidentales d’une ligne rouge qui a été franchie, sans de plus amples conséquences.

Ce ne sont pas les seuls à avoir vécu de près les ravages d’une radicalisation. C’est le cas aussi de l’acteur principal, Aboubakr Bensaihi, qui avait également tenu le haut de l’affiche pour leur film "Black" sorti en 2015. Cette fois-ci il joue Kamal Wasaki, un jeune de Bruxelles qui, après un problème de drogue avec la police, décide de partir en Syrie, en espérant se racheter une conduite et aider les populations locales. Une erreur qui va le contraindre à rallier les rangs des terroristes de Daesh.

Comme Kamal, Aboubakr vient de Molenbeek et lui aussi en a vu des jeunes du quartier partir en Syrie et des familles endeuillées. Comme il nous l’a confié, dans le passé il a déjà refusé des rôles de "terroriste", notamment venant d’un certain Brian De Palma, réalisateur de Scarface. Mais cette fois c’était différent. "Je viens de Molenbeek, je suis touché de près par ces histoires. Ça aurait été lâche de ma part de m’enrichir en acceptant ce genre de rôle souvent mal écrit. Pour ce qui concerne "Rebel" c’est différent. Là je joue quelqu’un qui a une certaine conscience, une certaine bonté aussi. Je vois Kamal comme quelqu’un de perdu qui s’est encore plus perdu là-bas", explique l’acteur.

2. La prestation de Aboubakr Bensaihi

Avec ce rôle, le jeune Aboubakr Bensaihi, signe une prestation méga crédible. Cela faisait presque 7 ans qu’on n’avait pas vu Aboubakr Bensaihi alias Bakr sur grand écran. La dernière fois, c’était en 2015, également sous la direction du duo Adil et Bilall dans le film "Black". Si déjà sa prestation pouvait être saluée à l’époque (Magritte du meilleur acteur en 2017), ici l’évolution du jeu de l’acteur est impressionnante. Entre pudeur et sens du rythme, il livre l’humanité d’un jeune terroriste belge sans excès ni fioriture, c’est une humanité un point c’est tout.

Mais dans "Rebel", il n’est pas seulement rappeur. Aboubakr revêt également son costume du rappeur Bakr. En effet, il signe sur la BO du film (mais pas que…) plusieurs titres qui sont en quelque sorte les chapitres de ce conte un peu particulier. "Adil et Bilall m’ont donné carte blanche. Je n’ai jamais eu à modifier un seul texte, comme si dès que j’ai commencé ce projet, la chance était avec moi".

Ce n’est pas le seul dont la prestation est au rendez-vous. On soulignera également l’excellente interprétation de Lubna Azabal, "l’actrice préférée" des réalisateurs qui sublime le rôle de la mère Leila et qui s’est réellement emparée de la problématique des jeunes radicalisés du point des vues des parents. En effet, elle est partie à la rencontre de parents dont les enfants sont partis en Syrie et dont certains ont perdu la vie, elle s’est aussi confrontée à leur désarroi face à l’absence de solution.

3. Une plongée au cœur d’un conte arabe

Plus qu’un énième film sur la radicalisation, Adil et Bilall ont opté pour le genre de la "tragédie musicale". Selon Bakr, "la musique est réellement l’acteur principal du film". Et oui, parce que si ce parti pris ne fait pas forcément l’unanimité, c’est clairement une composante spécifique au film. Une composante du film qui aurait sans doute mérité d’être encore plus assumée, tant qu’à faire autant y aller franchement, mais qui, permet de vivre cette grande histoire du terrorisme et de la radicalisation autrement.

Et comme l’explique Adil El Arbi, ce genre permet aussi de se rapprocher dans l’expression scénique du conte arabe. L’ambition était aussi de "faire une autre version du conte des mille et une nuits, d’un conte arabe […] très séquencé, avec la musique et le chant. Des choses qui font partie de notre identité en tant que marocain musulman né en Belgique […]. Or, l’Etat islamique était contre la musique, contre la danse et le chant féminin. Donc si on fait un pamphlet contre l’Etat islamique, le genre de la tragédie musicale nous semblait le plus approprié".

4. Un esthétisme reconnaissable

"Filmer une tragédie musicale c’est plus difficile que de filmer un film de guerre". Ça, c’est ce qu’a dit Bilall. Car oui, pour avoir cette émotion qui monte au rythme de la musique et de la danse, "tout doit être chorégraphié, il n’y a pas de place à l’interprétation". C’est ce qui rend l’esthétisme de Rebel si particulier.

"Rebel", c’est aussi une carte postale. Et les images reflètent ça. On le sent dans l’intensité des images en bleues froid lorsqu’on est à Bruxelles, en couleurs chaudes dès qu’on est dans le désert syrien. Enfin, le souci des réalisateurs de donner une dimension historique à leur film impose un réalisme très poussé, parfois dérangeant, qui se ressent dans les images. Une patte spécifique où l’on reconnaît bien là le style à la fois beau mais surtout impactant du duo.

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