Belgique

2021, une année judiciaire riche : procès du 13 novembre, la traque de Jurgen Conings, le repenti Veljkovic

Jurgen Conings, Dejan Veljkovic, Salah Abdeslam

© RTBF

29 déc. 2021 à 06:00Temps de lecture5 min
Par Melanie Joris du service judiciaire

L’année 2021 a été riche en actualité judiciaire. Le procès des attentats du 13 novembre s’est ouvert devant la cour d’assises de Paris. Un procès qualifié d’historique avant même son ouverture. Toujours du côté des cours et tribunaux, l’affaire du Footgate a connu une nouvelle étape avec l’agent de joueur Dejan Veljkovic qui a obtenu son statut de repenti. La Belgique a aussi connu une chasse à l’homme inédite au printemps. Pendant un mois, le militaire Jurgen Conings est traqué par des centaines de policiers et de militaires dans le parc naturel de la Haute Campine dans le Limbourg. De vastes opérations ont aussi été menées dans les milieux de la drogue. Autant de thèmes que nous avons abordés avec Michaël Dantinne, criminologue à l’ULg et membre du Centre d’étude sur le terrorisme et la radicalisation.

La cocaïne en Belgique

Perquisition dans un laboratoire de drogue de la province de Liège
Perquisition dans un laboratoire de drogue de la province de Liège © RTBF

Cet automne, de nombreuses perquisitions ont eu lieu dans les milieux de la drogue. Ces opérations ont été rendues possibles notamment grâce au démantèlement du réseau Sky ECC. Ce réseau de communications cryptées était utilisé par les réseaux criminels à travers le monde. Après le démantèlement, place à l’analyse. Un travail titanesque pour les policiers fédéraux qui doivent se plonger dans des millions de conversations. Un travail qui porte ses fruits.

En province de Liège, le 18 octobre, vingt-trois perquisitions sont menées par près de trois cents policiers. Vingt-sept personnes sont interpellées au cours de l’opération. Le même scénario se répète une semaine plus tard en région bruxelloise. Cette fois-ci, 114 perquisitions sont menées simultanément pour aboutir à 64 arrestations. Des chimistes colombiens qui travaillaient dans des laboratoires clandestins figurent parmi les suspects dans ces opérations.

Ces perquisitions ont montré que la Belgique n’est plus uniquement un pays de transit. C’est aussi un pays où la drogue est produite dans des laboratoires clandestins. Michaël Dantinne : "Les criminels profitent d’entrepôts désaffectés en périphérie des villes ou de lieux dans des zones rurales peu surveillées. Ce sont des professionnels du crime qui cherchent les meilleures opportunités et n’hésitent pas à utiliser la violence".

Un phénomène qui en provoque d’autres comme le rappelle le criminologue de l’ULg, Michaël Dantinne : "corruption, blanchiment de capitaux, violence et intimidation ou encore trafic d’armes et d’êtres humains".

Le footgate

L’agent de joueur Dejan Veljkovic
L’agent de joueur Dejan Veljkovic © Tous droits réservés

Nouvelle étape dans le dossier du footgate. En cette fin d’année, l’ex-agent de joueur Dejan Veljkovic a obtenu son statut de repenti. Il est le premier justiciable à recevoir ce statut dans l’histoire judiciaire belge. Michaël Dantinne : "Ce statut permet, dans des phénomènes de criminalité particulièrement opaques, frappés par la loi du silence, d’avoir accès aux révélations d’un "insider", lui aussi auteur d’infractions, à qui on assure une remise de peine en échange des informations qu’il fournit".

Les informations de Veljkovic ont été vérifiées pendant de longs mois par les enquêteurs. Le parquet va, à présent, dévoiler les personnes qui seront renvoyées devant le tribunal correctionnel. Pour le criminologue liégeois, "la liste des personnes qui ne seront pas égratignées risque d’être moins longue que la liste des personnes qui seront mises en cause. Ça en dit long sur l’ampleur et la normalisation de comportements frauduleux", constate-t-il.

À la question de savoir si le football belge arrivera à se débarrasser de ses mauvaises habitudes, Michaël Dantinne n’est pas optimiste. "Les facteurs qui ont permis l’émergence de ces fraudes un peu généralisées, ce qu’on appelle les facteurs de "criminogité", sont toujours là. Il faudra donc déployer beaucoup d’énergie pour réussir à assainir le monde du football", conclut-il.

Le procès des attentats du 13 novembre

Salah Abdeslam au procès des attentats du 13 novembre devant la cour d’assises de Paris
Salah Abdeslam au procès des attentats du 13 novembre devant la cour d’assises de Paris © Palix

Six ans après les attentats du 13 novembre contre le Stade de France, les terrasses et le Bataclan, l’heure de la justice est arrivée. À l’ouverture du procès, une question flotte sur toutes les lèvres : Salah Abdeslam, le dernier membre encore en vie des commandos, s’exprimera-t-il ? Dès la première audience, la réponse est claire. Aux questions d’usage qui permettent de faire la carte d’identité des accusés, Salah Abdeslam répond et se positionne très clairement. Le président de la cour d’assises lui demande quelle était sa profession avant les attentats, il répond : "J’ai abandonné toute profession pour devenir un combattant de l’État islamique". Le ton est donné.

Le procès est rapidement entré dans le vif du sujet avec cinq semaines de témoignages des victimes et de leurs proches. Des témoignages forts en émotions qui n’ont laissé personne indifférent. La parole a ensuite été donnée à l’ensemble des accusés pour leur interrogatoire de personnalité. Un moment où Salah Abdeslam s’est montré doux comme un agneau répondant à toutes les questions de la cour et des avocats des parties civiles et de la défense.

Mi-décembre, les enquêteurs belges ont apporté leur éclairage sur ce dossier. Un moment particulièrement critiqué tant par la défense que par les parties civiles. Les enquêteurs, restés en Belgique, témoignent dans les locaux du parquet fédéral et sous un nom de code. Leurs réponses sont parfois peu précises, voire élusives. La police fédérale mettra un certain temps avant de répondre aux critiques.

Ce qui laisse un boulevard pour dévier les intentions de ce procès. Michaël Dantinne : "On se trompe de cible. C’est le procès des accusés dans le box, pas le procès des enquêteurs ou d’une enquête mal faite. On ne peut pas dire que ces personnes ont agi parce qu’on ne les a pas empêchées", recadre le criminologue.

En janvier, les interrogatoires des accusés reprendront pour évoquer, cette fois-ci, leur rapport à la religion. Mais aussi leur passage en Syrie pour certains d’entre eux. Le verdict est attendu pour la fin mai, début juin.

La traque de Jurgen Conings

Le militaire Jurgen Conings quitte son domicile le 17 mai 2021, son corps est retrouvé le 20 juin
Le militaire Jurgen Conings quitte son domicile le 17 mai 2021, son corps est retrouvé le 20 juin © AFP or licensors

Le 17 mai 2021, Jurgen Conings quitte son domicile, se rend à son travail, s’empare d’un véritable arsenal et disparaît dans la nature. C’est le début d’une traque qui dure plus d’un mois jusqu’à la découverte de son corps le 20 juin dans un bois de Dilsen-Stokkem.

Cette traque a coûté 650.000€ à la défense, mais plus important encore, elle a mis en lumière de nombreux dysfonctionnements au sein de l’armée belge et de son service de renseignement militaire, le SGRS. Car Jurgen Conings n’était pas un inconnu. L’homme apparaît pour la première fois dans les radars du renseignement en 2015.

En juin 2020, il envoie des menaces au virologue flamand Marc Van Ranst sur Facebook. En août de la même année, l’OCAM, l’organe de coordination et d’analyse de la menace, ouvre une pré-enquête à son encontre pour extrémisme. Début 2021, Jurgen Conings est suivi, mais l’opération est suspendue au bénéfice d’une autre considérée comme plus prioritaire. En février 2021, il est officiellement fiché par l’OCAM, comme extrémiste de droite potentiellement dangereux.

Mais qui était ce militaire ? Pour Michaël Dantinne, "son profil est très difficile à lire. Il y avait une dimension d’extrême droite, mais aussi une dimension anti-mesures covid. Et également une dimension complotiste marquée. Il a agi comme un révélateur de ce qui est en train de se passer dans notre société".

Et en 2022 ?

L’année 2021 aura été parsemée de nombreux évènements judiciaires ou liée au travail de la police. En 2022, d’autres dossiers sont attendus. La date d’ouverture du procès des attentats du 22 mars est fixée au 10 octobre 2022.

Mi-janvier, le tribunal correctionnel de Bruges rendra son jugement dans l’affaire des migrants vietnamiens morts dans un camion frigorifique en Angleterre.

Au printemps, l’artiste Jan Fabre sera jugé devant le tribunal correctionnel d’Anvers. Douze danseuses de sa compagnie l’accusent de harcèlement sexuel et d’attentat à la pudeur.

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