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Musique - Pop-rock

2021, l’année où les musiciens ont vendu leur catalogue de chansons

Bruce Springsteen et Tina Turner font partie des musiciens à avoir récemment cédé les droits de leur catalogue de chansons.

Quel est le point commun entre Bruce Springsteen, Tina Turner et Calvin Harris ? Ils ont tous vendu leur catalogue de chansons ces derniers mois.

Ces transactions atteignent souvent des sommes faramineuses, témoignant d’un engouement de sociétés comme Hipgnosis Songs Fund pour le répertoire d’auteurs-compositeurs connus. Décryptage.

Hipgnosis Songs Fund s’est rapidement positionnée sur ce marché que Goldman Sachs estime à 131 milliards de dollars d’ici 2030. Cette société d’investissement dans la propriété intellectuelle et de gestion de chansons créée par Merck Mercuriadis, ancien manager de Beyoncé, Elton John, Morrissey ou les Guns N' Roses, détient les droits de 146 catalogues et de 65.413 chansons. Vingt d’entre elles figurent dans le classement de Billboard des 100 meilleurs morceaux de tous les temps et dix dans la liste des vidéos les plus vues sur YouTube.

Ces catalogues sont évalués à 2,55 milliards de dollars, selon la société britannique. Leurs revenus ont augmenté de 31% par rapport à 2020, atteignant 74,1 millions de dollars au cours du semestre se terminant le 30 septembre dernier. Les répertoires appartenant à des musiciens ayant déjà une longue carrière derrière eux ont particulièrement réussi à se démarquer cette année, grâce à l’engouement que les mélomanes manifestent pour les morceaux des précédentes décennies.

550 millions de dollars pour le répertoire du "Boss"

Si Hipgnosis Songs Fund a réussi à acquérir les droits patrimoniaux des catalogues convoités des Red Hot Chili Peppers et de Christine McVie du groupe Fleetwood Mac, le répertoire de Bruce Springsteen lui a échappé. Le "Boss" a récemment cédé ses droits musicaux au groupe Sony, maison mère de son label Columbia Records. Le montant de cette transaction avoisinerait les 550 millions de dollars, selon le New York Times et le magazine américain Billboard. Il surpasse amplement les 300 millions de dollars qu’a déboursés le groupe Universal Music pour acquérir le catalogue d’édition complet de Bob Dylan en décembre 2020.

Bruce Springsteen est la dernière star de la musique en date à avoir cédé son répertoire, dans le sillage de Tina Turner, Paul Simon, Mötley Crüe et Shakira pour une partie ou la totalité de leurs œuvres. Il faut dire que les marchés financiers sont particulièrement intéressés par l’acquisition de droits musicaux, ces actifs qui génèrent des flux de recettes stables. Leur détenteur touche des royalties à chaque utilisation d’une chanson, que ce soit dans un film, une série télévisée, un jeu vidéo ou une publicité.

 

Une option qui séduit les musiciens aguerris

Les catalogues musicaux bénéficient de l’essor du streaming payant à travers des plateformes comme Spotify, Apple Music et consorts qui mettent à disposition de leurs abonnés la discographie de millions d’artistes. Force est de constater que les morceaux et albums des musiciens les plus aguerris séduisent tout autant, voire plus, que les nouveautés. Parallèlement, les grands succès de ces dernières décennies comme "Dreams" de Fleetwood Mac et "Man ! I Feel Like A Woman" de Shania Twain vivent de plus en plus une seconde jeunesse sur les réseaux sociaux, et tout particulièrement TikTok.

Autrefois fortement déconseillé, vendre son catalogue de chansons est une option qui séduit de plus en plus d’auteurs-compositeurs vieillissants depuis le début de la pandémie. "Ils ont besoin de gérer leurs finances, d’autant qu’ils ne savent pas quand ils vont pouvoir reprendre la route des tournées pour générer du cash à cause de la crise sanitaire. Je leur propose de les aider à monétiser leurs actifs tout en les associant et respectant leurs aspirations artistiques", avait déclaré Merck Mercuriadis aux Échos en décembre 2020.

Céder les droits de son catalogue de chansons peut également être avantageux d’un point de vue fiscal. Comme le souligne le New York Times, les royalties sont imposables au même titre que n’importe quel revenu, tandis que la vente d’un répertoire musical peut être considérée comme une plus-value, dont les taux d’imposition sont généralement plus faibles. Autant d’arguments qui poussent de plus en plus d’artistes à sauter le pas. Dolly Parton, David Crosby et Sting seraient en pourparlers pour vendre leur répertoire. Que les enchères commencent.

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