Belgique

2003-2025 : 22 ans d’hésitations autour de la fermeture des centrales nucléaires belges

Nuclear power plant, Doel, Belgium.

© Peter-Braakmann

02 déc. 2021 à 11:22Temps de lecture3 min
Par Jean-François Noulet, avec B. Massart
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Sept réacteurs, près de la moitié de l’approvisionnement en électricité du pays

Plantons d’abord le décor. Le parc de centrales électriques nucléaires belges, ce sont sept réacteurs. Ils ont été mis en service entre 1975 et 1985.

En 1975, en bordure du port d’Anvers, le site de Doel accueille ses premiers réacteurs, Doel 1 et Doel 2. La même année, sur les bords de Meuse, Tihange connaît le démarrage de son premier réacteur, Tihange 1.

Doel 3 suit en 1982. Tihange 2 produit ses premiers Mégawats en 1983. Enfin en 1985, Doel 4 et Tihange 3 complètent le parc des centrales nucléaires belges.
Au total, les quatre réacteurs de Doel permettront de produire 3016 Mégawatts. Les trois réacteurs de Tihange fournissent 2911 MW, selon les chiffres communiqués par le Forum nucléaire. Les sept réacteurs sont en mesure de fournir à peu près 50% des besoins en électricité du pays.

2003 : le gouvernement s’entend pour fermer les centrales en 2015

En janvier 2003, alors que la Belgique est dirigée par le gouvernement "Arc-en-ciel" de Guy Verhofstadt, au sein duquel figure les Ecolos obtient, le Parlement vote la "Loi sur la sortie progressive de l’énergie nucléaire à des fins de production industrielle d’électricité". En d’autres termes, la Belgique décide de fermer ses centrales nucléaires. L’électricité devra être produite par d’autres moyens.

La fermeture est prévue dès 2015 pour les trois réacteurs les plus anciens, Doel 1, Doel 2 et Tihange 2. Les quatre autres réacteurs doivent, eux, fermer entre 2022 et 2025.

La loi de sortie du nucléaire votée, le débat sur la prolongation des réacteurs est relancé

Les années qui suivent le vote de cette loi sur la fermeture des réacteurs nucléaires sont émaillées de débats. A partir de juin 2003, les Ecologistes ne sont plus dans le gouvernement fédéral. Les différents partis au pouvoir discutent alors régulièrement de l’arrêt du nucléaire. Faut-il fermer les réacteurs comme prévu ? Ne devrait-on pas les prolonger ? Les questions autour de l’approvisionnement énergétique du pays alimentent les réflexions.

Finalement, en 2009, le gouvernement d’Herman Van Rompuy (CD&V) décide de prolonger la durée d’exploitation de certains réacteurs. Les trois réacteurs les plus anciens, Doel 1, Doel 2 et Tihange 1, pourront fonctionner pendant 50 ans. Eux qui devaient s’arrêter en 2015 pourront tourner jusqu’en 2025. Ce ne sera cependant qu’en juin 2015, in extremis, que le Parlement entérinera, par un vote, cette décision.

2012-2015 : incidents, microfissures. Des doutes sur la sécurité des réacteurs

En 2012, des questions sur la sécurité des réacteurs nucléaires viennent se glisser dans le débat sur l’avenir de ces moyens de production d’électricité. Au cours de l’été 2012, on découvre des indications de défauts sur la cuve du réacteur de Doel 3. Dans la foulée, en septembre 2012, c’est la cuve du réacteur de Tihange 2 qui suscite les mêmes inquiétudes.

Il faut attendre le printemps, en mai 2013, pour que l’autorité de contrôle, l’AFCN autorise le redémarrage de Doel 3 et Tihange 2.

En août 2014, un sabotage entraîne l’arrêt du réacteur de Doel 4. C’est une vanne de la conduite d’évacuation du réservoir d’huile qui a été ouverte, intentionnellement selon l’enquête. A ce jour, le responsable de cet acte n’a pas été identifié.

En mars 2014, de nouvelles investigations sont menées sur les cuves des réacteurs de Doel 3 et Tihange 2. La découverte de "microfissures" dans les cuves entraîne l’arrêt des deux réacteurs. L’autorité de contrôle, l’AFCN n’autorisera la reprise des activités de Doel 3 et Tihange 2 qu’en novembre 2015.

A partir de 2018, la fermeture des réacteurs entre 2022 et 2025 se précise

En mars 2018, le gouvernement fédéral (gouvernement Michel I) se met d’accord pour fermer le parc nucléaire belge entre 2022 et 2025. Cependant, il fixe des balises. La mise en œuvre de la stratégie de sortie du nucléaire devra répondre à quatre critères : la sécurité de l’approvisionnement énergétique, le respect des accords de Paris sur le climat, le maintien d’un prix abordable pour les ménages et les entreprises et, enfin, la sécurité des installations.

En septembre 2020, l’actuel gouvernement reconfirme la décision de sortie du nucléaire. La ministre de l’Energie, Tine Vanderstraeten (Groen) est chargée de se pencher sur la sécurité d’approvisionnement énergétique du pays en cas de fermeture des centrales nucléaires. Quelles conséquences la fermeture des centrales aura-t-elle sur l'approvisionnement en électricité?  Un cadre doit être mis en place pour permettre le développement de sources d’énergies alternatives. Il faut aussi mettre au point un "mécanisme de rémunération de capacité" (CRM), un système de subsides pour inciter les investisseurs à construire, entre autres, des centrales électriques au gaz qui viendront en appui des énergies renouvelables et fourniront l’électricité nécessaire une fois les réacteurs nucléaires à l’arrêt.  Il faut aussi calculer les conséquences de la fermeture des réacteurs nucléaires sur le prix de l'électricité. 

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