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20 mars 1992 : quand Pelé a débarqué à Schaerbeek pour jouer au football avec des jeunes

Pelé était à Schaerbeek en 1992 pour jouer au football avec des jeunes

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Pelé, le roi Pelé, est mort ce jeudi à l’âge de 82 ans. Un footballeur de génie qui en 1992, bien après avoir raccroché les crampons, multiplie les parrainages d’action à vocation sociale ou caritative. C’est dans ce contexte que celui qui vient de décéder débarque, cette année-là, à Schaerbeek. "Rien que d’en parler encore aujourd’hui, j’en ai la chair de poule", se remémore, auprès de la RTBF, Jean-Pierre Van Gorp, ancien échevin dans la cité des Anes, à l’initiative de cette visite du Roi Pelé.

Au tout début des années 90, Schaerbeek est une commune qui n’a pas toujours bonne presse. Roger Nols, bourgmestre populiste et xénophobe, ne dirige plus la commune mais son équipe est toujours au pouvoir. L’échevin de la Jeunesse, Jean-Pierre Van Gorp, est le moins docile et va réussir un coup : faire venir Pelé, celui qui a remporté trois coupes du monde de football, dans la cité des Ânes, auprès des ados, pour la plupart issus des immigrations marocaine et turque.

"Bouton blanc": lutter contre la drogue

Point de départ : 1989. Cette année-là, une association voit le jour, "Bouton blanc". Son objectif : lutter contre le trafic de drogues. Les jeunes schaerbeekois, à cette époque, sont des proies faciles pour les dealers. Pour marquer leur prise de conscience, les citoyens sont invités à arborer un bouton blanc sur leur veste.

Trois ans plus tard, l’action a déjà connu un grand succès quand survient l’épisode Pelé. Jean-Pierre Van Gorp nous raconte ce qui qu’il a déjà couché dans ses mémoires "Schaerbeek, de l’ombre vers la lumière" sortit en 2018. "L’Union belge de football fait venir Pelé, trois jours et demi, en Belgique, pour lancer une énorme campagne de sensibilisation contre la violence dans les stades", nous raconte Jean-Pierre Van Gorp. Durant ces trois jours, Pelé va aussi à la rencontre des acteurs de terrain du football belge, en Flandre, en Wallonie et à Bruxelles.

Pelé à gauche avec l’ancien ministre bruxellois Didier Gosuin. A droite, l’ancien échevin schaerbeekois Jean-Pierre Van Gorp.
Pelé à gauche avec l’ancien ministre bruxellois Didier Gosuin. A droite, l’ancien échevin schaerbeekois Jean-Pierre Van Gorp. © ARCHIVES JEAN-PIERRE VAN GORP

Son planning est cadenassé. A Bruxelles, Pelé doit visiter le très moderne complexe sportif d’Auderghem, qui compte pas moins de six terrains de football, à l’initiative du ministre régional des Sports Didier Gosuin. "Il se fait qu’à l’époque, je travaillais aussi dans son cabinet. C’est à ce titre que j’étais présent. A Auderghem, des centaines d’enfants sont présents. Pelé leur signe des autographes, discute avec eux. Puis me vient une idée. Je dis à Didier Gosuin que c’est beau de monter à Pelé des infrastructures modernes. Mais à Schaerbeek, il y a des jeunes qui jouent au football sur des terrains vagues. Ce serait intéressant de lui proposer de traverser la ville, d’aller à Schaerbeek, pour lui montrer que le quotidien des jeunes en Belgique n’est pas toujours rose."

S’ils ne viennent pas, les jeunes vont leur regretter toute leur vie

A Schaerbeek, le terrain vague, le plus connu, est celui de la plaine Renan, située en bordure du parc Josaphat. C’est là où, quotidiennement, les gamins du quartier tapent la balle.

Didier Gosuin en parle à Pelé. La star dit OK. "Contre toute attente, il accepte de revoir son programme de la matinée", malgré un agenda très strict. Il faut prévenir les éducateurs et les jeunes sur place, tout cela sans GSM. "J’appelle alors avec un téléphone fixe un riverain qui avait l’habitude de nous aider. Je lui dis de prévenir les éducateurs de toute urgence et que ceux-ci doivent ramener un maximum de jeunes à Renan. Et que s’ils ne viennent pas, ils vont le regretter toute leur vie."

A 11h15, Pelé et les officiels bruxellois montent dans cinq voitures. Direction Schaerbeek. Jean-Pierre Van Gorp s’installe dans celle du footballeur brésilien et lui explique, à l’aide d’un interprète, son action "Bouton blanc".

Didier Gosuin, Jean-Pierre Van Gorp et le roi Pelé.
Didier Gosuin, Jean-Pierre Van Gorp et le roi Pelé. © ARCHIVES JEAN-PIERRE VAN GORP

Sous leurs yeux ébahis : le roi Pelé

"Il se montre réceptif et, du coup, je me lance en lui demandant s’il accepterait de parrainer mon action "Oui au Sport, non à la Drogue". Il me sourit et accepte", poursuit, surpris, Jean-Pierre Van Gorp. "Je sors un bout de papier de ma poche ou un sous-verre de bière. Je ne me souviens plus. Et ensuite, j’écris en quelques lignes que le soussigné Pelé autorise 'Bouton blanc' à utiliser la photo que nous allons prendre ensemble dans le cadre de l’action, à titre gratuit. Je me devais de prendre des précautions juridiques. Il se fait expliquer ma demande et signe." Un parrainage inédit pour l’époque…

La route est rapidement avalée. Le convoi arrive à Schaerbeek, près de la plaine Renan. "Les jeunes s’arrêtent de jouer et sont un peu inquiets. Ils se demandent ce qu’il se passe. Ils me voient sortir. Puis, juste après moi, Pelé, qui tout sourire va vers eux. Les gosses croient rêver. Imaginez Pelé qui débarque, comme par enchantement, sur leur terrain de foot à Schaerbeek !"

Le Brésilien porte un costume sur un pull et des chaussures de ville. Il fait un peu froid dans la cité des Ânes. Peu importe : l’invité de marque prend un ballon. "Et il se met à jouer au football. Franchement, c’était un moment magique. Quand je repense à ce moment, c’est vrai, je me dis que c’était une autre époque, pas celle des grandes stars du football d’aujourd’hui. Je me dis que Pelé, au fond de lui-même, était un grand humaniste."

Un moment de grâce

La présence de Pelé ne dure que 30 minutes. Mais pour les personnes présentes, "c’est une éternité". Un moment suspendu sur cette pelouse de très piètre qualité avec ces goals aux filets troués, entourée de terrains de basket en béton transformés en carrés de mini-foot par les jeunes.

"Vingt-cinq ans plus tard, ce moment de grâce est toujours dans les mémoires des Schaerbeekois qui l’ont vécu", confie Jean-Pierre Van Gorp. "Trente ans plus tard, des jeunes que je rencontre aujourd’hui me rappellent ce moment."

A l’époque, pas de smartphone pour immortaliser et partager l’instant, magique. Pas de caméras de télévision. Mais quelques photos noir et blanc, que l’ancien échevin a soigneusement archivées.

"Aujourd’hui, aucune star du ballon rond ne ferait cela", réagit l’ancien échevin, encore sous l’émotion de cet événement unique dans l’histoire de la commune bruxelloise. "Cette publicité inespérée de Pelé va booster l’opération 'Bouton blanc'."

L’article de la DH évoquant la venue de Pelé à Schaerbeek le 20 mars 1992.
L’article de la DH évoquant la venue de Pelé à Schaerbeek le 20 mars 1992. © DH

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