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1841, Liszt fait découvrir aux Belges le récital, ce genre de concert totalement nouveau

De tous temps, nos territoires ont accueilli de grands artistes, ont stimulé la création de grandes œuvres, ont exporté un talent et un savoir-faire inégalé. Chaque semaine, Xavier Falques nous fera (re) découvrir certains des jalons de notre patrimoine culturel et musical en fouillant dans les trésors dont regorge le territoire belge qui n’est petit que par la taille.

"Le concert, c’est moi", ainsi écrivait Liszt en 1839 en reprenant, non sans une pointe d’ironie, la célèbre formule de Louis XIV, "L’État, c’est moi". Certains le savent peut-être, d’autres l’ignorent, Franz Liszt est l’inventeur du récital, un concert durant lequel il joue seul du début à la fin… Une petite révolution pour l’époque, puisque les concerts alternaient souvent plusieurs interprètes et plusieurs formations et comprenaient souvent musique instrumentale et musique vocale. Le premier récital public est donné à Paris en avril 1840, mais c’est à la presse londonienne que l’on doit le terme aujourd’hui bien connu.

Liszt arrive en Belgique au début de l’année 1841. Il était déjà passé par la Belgique, mais toujours en transit et n’y avait donc encore donné aucun concert. En l’espace d’un mois, il en donnera 14, à Bruxelles, Liège, Gand, Avers et Bruges. Et précisément, le 26 février 1841, Liszt donne un concert au Vauxhall de Bruxelles, situé dans le parc royal, à l’arrière du théâtre du Parc. Dans la salle, les 350 places forment un cercle, au centre duquel trône le piano. Le public installé, le concert commence, les premières notes résonnent, elles s’enchaîneront à un rythme effréné trois heures durant…

Les Bruxellois qui assistent à ce concert d’un genre nouveau sont conquis. Conquis par la forme, qui s’apparente à un salon, comme on peut le lire dans la presse, mais surtout conquis par le pianiste et surtout sa capacité à captiver l’audience par son seul jeu. "Liszt est peut-être le seul pianiste qui soit capable de sortir victorieux d’une pareille épreuve" peut-on lire dans l’éclair. Et le pianiste, lui-même, semble satisfait quand il écrit le lendemain : "J’ai donné mon second concert hier ici. J’avais choisi une petite salle et j’ai joué seul. Effet complet."

C’est ainsi que la Belgique succombera, elle aussi, à la Lisztomania.

Ecran de fin : Pour aller plus loin : Malou Haine, " La première tournée de concerts de Franz Liszt en Belgique en 1841 ", Revue belge de Musicologie, vol. LVI, 2002, p. 241-278

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