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175 ans de libéralisme politique, sauce belge

Philippe Walkowiak
22 oct. 2021 à 12:192 min
Par Philippe Walkowiak

Mine de rien, les partis libéraux de Belgique détiennent un record européen, ou presque. Hors les partis libéraux et conservateurs britanniques, ils constitueraient bel et bien la plus ancienne formation politique sur le continent. Ou plutôt, le Mouvement Réformateur et les Open Vlaamse Liberalen et Democraten représentent les héritiers d’une même doctrine politique. Même si celle-ci a forcément, évolué dans le temps.

Liberté entre progrès et conservatisme

La Constitution belge de 1831 est à l’image de ses principaux instigateurs : libérale, la plus progressiste de l’époque. Grands bourgeois et nobles de l’époque jettent les bases d’un "État-nation libéral", certes, mais déjà fruit d’un compromis. "Le modèle protolibéral à mettre au point doit donc être ambivalent : plus libéral que le gouvernement du Royaume-Uni des Pays-Bas, mais suffisamment modéré pour que les conservateurs restent à bord". [1]

La création en 1846 d’un véritable parti libéral (siégeant seul à gauche pendant plusieurs décennies dans les hémicycles de la Chambre et du Sénat), va jeter les bases de plusieurs gouvernements libéraux, assez vite rattrapés par la réalité sociale du pays. Le parti libéral se divise dès ce moment, durablement, entre garant du progrès social et humain et défenseur des entreprises et du capital. Ce clivage perdure toujours dans l’idéologie libérale belge, comme aujourd’hui sur la question climatique, par exemple.

Un libéralisme soumis aux alliances

Le système institutionnel belge reste éminemment particratique et fondé sur des coalitions gouvernementales. Le libéralisme belge sera donc fluctuant, pouvant aussi bien s’allier aux communistes (1944-1947) qu’aux nationalistes flamingants (2014-2019) ou aux écologistes. Unique sans doute en Europe mais qui démontre un libéralisme adaptable aux circonstances, tantôt pourfendeur du Vatican, tantôt sensible aux conservateurs catholiques.

Depuis 1999, les libéraux participent au gouvernement fédéral, sans discontinuer. A part le Vlaams Belang ou le PTB, tout le monde aura été leur allié à un moment. Fonction longtemps dévolue aux sociaux-chrétiens, ils deviennent la force-pivot des coalitions, sans pour cela constituer la première force politique. Ainsi, si le Premier ministre est aujourd’hui libéral, il n’est jamais issu que du cinquième parti d’une coalition de sept. De quoi générer un libéralisme frustrant/frustré, aux ailes rognées.

De plus, nos deux partis libéraux évoluent dans des contextes sociopolitiques très différents. Au nord, le climat se veut plus conservateur, plus sensible à l’entrepreneuriat, où les thèses nationalistes et identitaires pèsent sur le débat. Miroir inversé au sud, où gauche et centre-gauche occupent un large espace, plaçant le MR entre extrême-droite populiste inexistante dans les assemblés mais potentielle dans l’opinion et socialisme/écologisme, pris dans un sens très large.

Privilégier l’un, c’est perdre l’autre.

En quelque sorte, 175 ans plus tard, la même quête d’identité. Qu’est-ce que le libéralisme ? Quelles sont ses frontières ?

 

@PhWalkowiak

 

[1] WITTE (Els), La Construction de la Belgique, coll. Nouvelle Histoire de Belgique (1828-1847), Bruxelles, 2010, p.101.

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