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14-18: il y a cent ans, la plaine de l'Yser se transformait en marécage

14-18: il y a cent ans, la plaine de l'Yser se transformait en marécage
28 oct. 2014 à 08:08 - mise à jour 28 oct. 2014 à 15:04Temps de lecture3 min
Par Jean-Claude Verset

Après l'arrivée des hauts représentants étrangers à Nieuport, le Roi a passé les troupes en revue, accompagné de la Musique royale des Guides.

Dans son discours, le chef de l'Etat a souligné que "de part et d'autre du front, tous les soldats (avaient vécu) la même misère. Ils (ont vécu) l'enfer dans les tranchées".

Il a appelé à se souvenir du sacrifice de ces centaines de milliers de femmes et d'hommes morts en Belgique pendant le conflit. "La Belgique reconnaissante entretiendra pieusement leur glorieux souvenir", a indiqué le Roi, récitant ainsi les mots que son arrière-grand-père le roi Albert a prononcés devant les Chambres réunies le 22 novembre 1918. "Cent ans plus tard, nous renouvellons la promesse du roi Albert. Et alors que retentissent ailleurs de nouveaux canons, nous saisissons le flambeau que nous tendent ceux qui nous ont précédés. C'est le flambeau du droit, de la dignité, et de la paix", a conclu le roi Philippe.

A Ypres, la chancelière allemande Angela Merkel a exprimé mardi sa reconnaissance envers la Belgique d'avoir été invitée aux commémorations marquant les cent ans de la bataille de l'Yser et de la première bataille. "En prenant en compte tout ce qu'il s'est passé, toutes les souffrances que les Allemands ont infligées aux Belges lors des deux Guerres mondiales, (...) cette invitation n'est pas quelque chose qui devait être considéré comme garantie", a fait observer la chancelière, dans son allocution prononcée au monument roi Albert Ier à Nieuport. Elle a dénoncé "la logique militaire inhumaine" ainsi que "la cruauté" qui ont caractérisé l'armée allemande lors de la Grande Guerre. "Les normes de civilisation ont été soudainement considérées comme nulles et non avenues. Le nationalisme a assombri tout jugement."

Faisant référence à la première utilisation dans l'histoire de gaz de combat lors de la seconde bataille d'Ypres en 1915, la chancelière a estimé que l'Allemagne avait alors "dépassé un nouveau seuil de cruauté". "Alors que nous commémorons ces événements tragiques aujourd'hui dans les champs des Flandres, nous ne pouvons qu'être reconnaissants pour tout ce qui a changé depuis lors", a déclaré Angela Merkel.

Le ministre français de la Défense Jean-Yves Le Drian était également à ces commémorations. Il a rendu hommage aux liens d'amitié unissant la France et la Belgique. "Depuis longtemps, nos deux nations poursuivent un chemin commun qui nous rend plus forts par-delà les épreuves", a-t-il déclaré.

Il a ensuite mis en exergue "le message de paix" que portent en elles ces commémorations. Elles ont vocation à "rassembler les belligérants de 1914 autour d'un idéal commun, celui de l'Europe unie, celui de la paix, qui n'est jamais acquise une fois pour toutes, comme l'actualité nous le rappelle avec gravité."

Un épisode historique

Cet épisode de l'inondation de 1914 depuis l'Yser a fait l'objet de l'une des émissions historiques de la série "De Sarajevo à Sarajevo" réalisée par Didier Delafontaine et Patrice Hardy, qui sera rediffusée ce mardi sur la Première à 17h30.

Dans les tranchées

En octobre 1914, la situation de l'armée belge est critique. Une armée réduite à 75 000 hommes seulement, incapable de stopper l'avance allemande, et repliée sur l'Yser, à l'extrême-ouest du pays, avec les Français et les Britanniques. Surgit alors une idée: inonder toute la plaine de l'Yser. En ouvrant les vannes des écluses de la région autour de Nieuport à marée haute et en fermant ensuite pour empêcher les eaux de redescendre. L'histoire a retenu les noms de Karel Cogge, maître-éclusier de Furnes, et du batelier Henri Geraert de Nieuport, l'un connaissait l'hydraulique, l'autre les lieux, les écluses, l'endroit où étaient cachées les manivelles. Patrick Van Leen, chargé des commémorations 14-18 à Nieuport nous fait revivre l’Histoire: "L’ingénieur Cogge supervisait le système hydraulique. Il en connaissait le moindre ruisseau, le plus petit fossé. Il savait où il fallait placer les barrages, indiquant où il fallait boucher les trous de façon à inonder la plaine du côté de l’ennemi."

La troisième tentative sera la bonne

Après 3 tentatives, menées entre le 26 et le 30 octobre, l'inondation de la dernière chance est accomplie. "Il faut s’imaginer de l’eau partout. Les allemands ne pouvaient s’y aventurer. Parfois on avait pied, parfois pas. Et avec 30 kg de barda, si on se fourvoyait là-dedans, on était foutu". Résultats: de l'eau partout, sur 2 à 3 km et avec une profondeur de 100 à 140 cm d’eau. L'armée allemande doit reculer pour échapper à la noyade. Ce no man's land créé en peu de temps restera infranchissable durant les 4 années de guerre. Le front ne bougera plus jusqu'en 1918...

RTBF, avec Belga

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