Belgique

13.000 profs "grognons" manifestent à Namur

L'adjectif "grognons" fait évidemment référence au site du Grognon,  lieu emblématique de Namur et de la dislocation de la manifestation des enseignants

© Philippe Walkoviak

13 oct. 2022 à 10:33Temps de lecture3 min
Par Baudouin Remy

C’est la quatrième manifestation des enseignants, la quatrième fois que les profs font état des mêmes revendications. Une quatrième manifestation, à Namur cette fois, pour demander une limitation du nombre d’élèves par classe, la diminution de la surcharge administrative, une révision du système d’évaluation des profs et pour communiquer les inquiétudes concernant la réforme à venir dans l’enseignement qualifiant.

La mobilisation dans les rues de Namur gonfle avec 13.000 manifestants de source syndicale (8000 selon la police). Les journalistes de la rédaction de la RTBF sur place confirment l’évaluation de plus de 10.000 manifestants . La mobilisation se renforce donc puisqu’ils étaient 7000 environ lors de la dernière manifestation à Mons.

Puisque le cortège, coloré de rouge vert et bleu, se dirigeait vers le site dit du " Grognon ",  lieu emblématique de la ville de Namur au pied de la Citadelle, un calicot en tête de Cortège associait la grogne des profs au lieu namurois avec cette formule :  " Les personnels de l’Enseignement sont grognons ".

"Les enfants à besoins spécifiques réclament plus d’attention"

"La suppression de l’enseignement différencié a un impact"
"La suppression de l’enseignement différencié a un impact" © Baudouin Remy

Les témoignages recueillis vont tous dans le même sens. Selon le corps enseignant, la surpopulation dans les classes ne permet pas d’accorder toute l’attention requise aux élèves, en particulier à celles et ceux qui sont en difficulté. Certains profs affirment qu’il leur est devenu impossible d’enseigner correctement. Et d’autant plus dans l’enseignement fondamental par exemple, parce que l’enseignement spécialisé est en train de fermer et que les enfants à besoins spécifiques rejoignent des classes bondées de l'enseignement fondamental alors même que ces élèves réclament plus d’attention. Et cette attention,  en fonction du niveau et des difficultés de chaque élève, va devenir être très compliquée dans des classes de plus de 30 enfants.

 

La surcharge administrative et l’évaluation d’enseignants : à revoir !

"Le système d’évaluation des profs est à revoir "
"Le système d’évaluation des profs est à revoir " © Baudouin Remy

Au-delà du nombre d’élèves par classe, Il y a aussi la surcharge administrative qui accentue la grogne.

La surcharge administrative c’est quoi ? Le plan de pilotage qui est proposé aux écoles par exemple. Même si l’objectif est reconnu comme utile par les directions - ce plan de pilotage nécessite des réunions sur le temps de midi, des enquêtes, des questionnaires, rapports, formulaires, et ceci,  en plus ...des autres réunions pour la gestion au quotidien des écoles, voilà qui " surcharge la barque …."

L’évaluation des profs, passe mal également. Hier, la directrice de l’école Sainte Marguerite – une école de l’enseignement fondamental de Namur nous confiait " on peut comprendre qu’il soit nécessaire d’évaluer, d’orienter, et de permettre au professeur concerné de s’améliorer ; mais pas de sanctionner. Déjà qu’on manque d’enseignants ! Le système ne doit pas non plus faire fuir les profs. On est en train d’en perdre ! Quant à l’évaluation par les collègues, ça aussi c’est difficile. Imaginez des profs qui éventuellement ont moins d’affinités ou qui ne s’entendent pas. C’est un problème "

" des profs surchargés"
" des profs surchargés" © Baudouin Remy

Car la pénurie de profs est un fait ! Et c’est aussi un problème. Comment réduire le nombre d’élèves par classe quand on manque déjà de personnel d’encadrement ? C’est la quadrature du cercle.

Damien Dequesne, délégué syndical CSC et enseignant à l’école Saint-Joseph de Jambes précise " ce qui a été fait pour tenter de résoudre la pénurie de profs, ce sont des rustines qui ne règlent rien. Ça n’a pas marché et ça ne marchera pas " Et c’est aussi pour contester la gestion de la pénurie d'enseignants qu’il marche avec 13.000 collègues. 

La réforme dans l’enseignement qualifiant avec l’arrivée du tronc commun inquiète également les institutions concernées ! Comment répondre au mieux à la demande du marché du travail, via la formation,  aux métiers dans de telles conditions? Voilà déjà une préoccupation. L’autre crainte concerne l’arrivée du "tronc commun" et la disparition possible de certaines options dans le qualifiant, avec des pertes possibles d’emploi à la clé.

Cette manifestation se tient – de plus — dans un contexte de crise du pouvoir d’achat et d’augmentation des factures d’énergie… 

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