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Patrimoine

100 ans de Bozar : retour sur la construction du Palais des Beaux-Arts par Victor Horta

Chantier de construction du Palais des Beaux-Arts, 1924

Il y a cent ans jour pour jour, le 4 avril 1922, à l’hôtel de ville de Bruxelles, un document est signé pour acter la création d’une toute nouvelle "maison des Arts" : le Palais des Beaux-Arts. Projet ambitieux, sa réalisation est confiée au maître ultime de l’architecture du pays : Victor Horta. Retour sur l’édification d’un bâtiment emblématique de la capitale.

Toutes et tous, en arpentant les rues de Bruxelles, nous sommes déjà passés devant. Le Palais des Beaux-Arts, depuis rebaptisé Bozar, s’étend le long de la rue Ravenstein, aux pieds de la place des Palais d’où il est à peine visible. Sa façade en pierre bleue, aux allures de galerie commerçante, est devenue l’un des symboles de la vie culturelle de la capitale. Comme l’avaient souhaité le roi Albert et la reine Elisabeth, dont on connaît l’amour pour les Arts, il y a cent ans de cela.

Le Palais des Beaux-Arts
Le Palais des Beaux-Arts © BELGAIMAGE

Le projet date littéralement d’avant-guerre. Déjà avant le conflit mondial de 14-18, l'idée est évoquée de bâtir un lieu qui permettrait d’abriter toutes les expressions artistiques nobles, de la musique à la peinture en passant par le chant et la sculpture. Un tel lieu manque alors dans la capitale, et les artistes doivent se débrouiller avec le peu d’infrastructures existantes. Mais bien sûr, la guerre passant par là, le projet est mis au placard durant plusieurs années.

L’histoire retiendra que le Palais des Beaux-Arts (à ne pas confondre avec le Musée royal des Beaux-Arts, à quelques centaines de mètres de là, et qui est, comme son nom l’indique, un musée) renaît de ses cendres grâce à l’initiative de deux hommes, le bourgmestre bruxellois de l’époque, Adolphe Max, et le banquier mécène et mélomane Henry LeBœuf.

Le 4 avril 1922 donc, les choses sont lancées. L’association du Palais des Beaux-Arts est officiellement créée, sous la présidence de Max. Sa raison d’être est l’édification d’un centre qui pourra accueillir artistes et public durant des décennies, sur un site déjà choisi depuis longtemps. Ce dernier est symbolique, à côté du Palais royal et en face de l’Académie des Sciences. Les Arts revendiquent ainsi leurs lettres de noblesse.

Oui mais voilà, il va s’avérer que l’endroit n’est pas si idéal que cela. Tout d’abord, pas question de venir obscurcir la place des Palais avec un bâtiment à étages. L’entrée devra se faire depuis la rue Ravenstein, et la toiture ne pourra pas s’élever au-dessus de la place des Palais. Il faut préserver le panorama royal. L’emplacement abrupt, en plein dénivelé, s’avère aussi un défi pour le concepteur.

Mais qui de mieux placé pour relever des défis architecturaux que celui qui, dix ans plus tôt, a révolutionné l’habitat bruxellois avec ses demeures Art Nouveau ; Victor Horta ?

Victor Horta

Le célèbre architecte n’est alors pas dans une bonne passe. La guerre a mis un coup d’arrêt à son activité. Il a fui la Belgique, et n’est revenu qu’en 1919. L’Art Nouveau, lui, est déjà totalement passé de mode. C’est l’Art Déco et le Modernisme qui occupent la place. L’homme n’a pourtant pas tout perdu de son aura, et se bat pour obtenir de grands chantiers, comme la gare centrale de Bruxelles ou le musée des Beaux-Arts de Tournai.

En 1919, lorsque les tractations pour la création du Palais furent lancées, Horta avait déjà proposé des plans au gouvernement, mais il avait été poliment remercié, car en pleine reconstruction d’après-guerre, le projet fut jugé trop coûteux par le Sénat. Le second projet peut voir le jour en 1921, notamment grâce à l’intervention de LeBœuf, qui mit la main au portefeuille tant et si bien que la salle de concert du Palais portera son nom.

La construction est lancée en 1923. On n’utilise plus l’acier et la pierre comme au temps de l’Art Nouveau. L’heure est au béton, et toute la structure du bâtiment en sera composée. Le bâtiment sera donc empreint de Modernisme et d’Art Déco, quoiqu’un peu austère. La faute aux restrictions budgétaires qui ne permettent pas de folies décoratives.

Photo du chantier du Palais des Beaux-Arts de Bruxelles
Photo du chantier du Palais des Beaux-Arts de Bruxelles © Musée Horta

Comme a son habitude, Horta conçoit son plan autour d’une pièce centrale, la grande salle de concert ovoïdale (sur les plans d’origine, elle est en croix), dont la hauteur couvre les trois étages du bâtiment, et dont l’acoustique sera réputée mondialement. Tout le reste de l’immeuble se construit autour de cette salle principale, capable d’accueillir 2150 personnes.

Sur le toit, Horta prévoit une terrasse. Après tout, pourquoi les visiteurs et visiteuses du Palais ne pourraient pas également jouir de ce panorama si contraignant ? Cette terrasse ne sera cependant jamais concrétisée de son vivant. Il faut attendre 2021 pour qu’une nouvelle terrasse, conforme à ce qu’avait imaginé Horta, s’installe à la place des tristes toits plats.

Photo du chantier du Palais des Beaux-Arts de Bruxelles
Photo du chantier du Palais des Beaux-Arts de Bruxelles © Musée Horta

Une obligation imposée par la ville de Bruxelles contrarie l’architecte. Pour amortir le tournant que fait le terrain sur la rue Ravenstein, elle a imposé l’installation de magasins, et donc de vitrines, devant le Palais. Horta n’en est pas très heureux, mais il n’a pas le choix. Il s’efforce d’intégrer son bâtiment dans le reste de la rue. La rotonde qui sert d’entrée répond à celle du bâtiment de la banque voisine (abattu depuis), tandis que de l’autre côté la pose des pierres emprunte le rythme des briques du bâtiment gothique accolé. Les boutiques sont, aujourd’hui, toutes intégrées à Bozar.

Le chantier dure cinq ans. Le 4 mai 1928, l’inauguration du Palais des Beaux-Arts a lieu en présence du roi. Le travail d’Horta est salué, notamment la façon dont il a réussi à apporter la lumière pour mettre en valeur les œuvres exposées.

L’inauguration des salles d’exposition du Palais des Beaux-Arts par Adolphe Max, en présence du roi Albert Ier
L’inauguration des salles d’exposition du Palais des Beaux-Arts par Adolphe Max, en présence du roi Albert Ier © Bozar Archives

Bruxelles a désormais son temple dédié aux arts. À tous les arts, même au cinéma lorsque la Cinémathèque royale de Belgique rejoindra le complexe. Sur près d’un siècle, le Palais aura vu défiler les plus grandes stars de la musique et des arts plastiques, et aura vécu des tas rebondissements. Entre inondations et incendies, entre rénovations hasardeuses et nouveaux voisins jugés encombrants, la "Maison des Arts" signée Horta semble avoir survécu à tout.

Et une si longue vie, ça se fête. Bozar a concocté une programmation culturelle anniversaire, avec des expos, des concerts, des événements, et ce jusqu’au 21 juillet. Tout le programme est disponible sur le site internet de Bozar.

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Pour tout savoir sur la création et les premières années du Palais des Beaux-Arts, lisez l’article "Le Palais des Beaux-Arts de Bruxelles. Création d’un centre artistique dans l’entre deux-guerres" de Valérie Montens sur patrimoine.brussels.

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